10/01/2012 à 12h:21 Par Pascal Wanou
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Directeur du Festival international de théâtre du Bénin

Faisons une analyse simple. Le Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb) se déroule simultanément dans dix villes du pays. Pendant douze jours, plus de 400 artistes, nationaux et internationaux, vont à la rencontre des Béninois pour présenter leurs œuvres. À chaque étape de leur périple, ce sont autant d’hôteliers et de restaurateurs qui connaissent un pic d’activité.

La biennale du théâtre contribue à doper aussi bien l’activité économique du pays que l’indice du bonheur individuel de milliers de Béninois.

Tous les soirs, entre 500 et 5 000 personnes se rassemblent sur les lieux de représentation, salles municipales ou places de village. Ce qui suscite un regain d’activité pour les maquis, échoppes et boutiques dont les ventes dépendent du nombre de noctambules. Sans parler des zémidjans, nos célèbres motos-taxis, qui multiplient leur nombre de courses par deux, trois ou quatre. Et que dire des milliers de Béninois qui, le temps d’une soirée, oublient leurs soucis quotidiens ?

Ma conclusion est simple : en douze jours, la biennale du théâtre contribue à doper aussi bien l’activité économique du pays que l’indice du bonheur individuel de milliers de Béninois.

Comment se fait-il que le développement ne concerne que les indicatifs économiques ? Où place-t-il l’épanouissement humain ? Certains diront que la culture, dans la diversité de son expression – danse, chant, théâtre, sculpture, peinture… –, est l’opium du peuple. Pour nous, elle rend la vie, rassemble, nourrit, inspire, console… Ce que la charte culturelle du Bénin confirme en son article 50 : « La promotion artistique et culturelle contribue, au même titre que les autres secteurs du développement, à la création de la richesse nationale et requiert, à cet égard, une attention particulière ainsi que des investissements significatifs de la part des pouvoirs publics et des opérateurs économiques. »

Bien heureusement, les nouvelles autorités béninoises ont compris le rôle que la culture peut jouer dans notre recherche de développement. Ainsi le Fonds d’aide à la culture est-il passé à 1 milliard de F CFA (1,5 million d’euros) aujourd’hui, contre 350 millions de F CFA il y a quelques années. L’effort est énorme, certes, mais nous espérons plus. Le souhait et le combat de tous les acteurs culturels seraient que l’État consacre au moins 1 % du budget national au développement des arts et de la culture, et que le montant de sa subvention au Fonds d’aide à la culture soit multiplié au moins par trois.

Le Bénin est pauvre. Nous n’avons ni pétrole, ni minerais, ni aucune mine d’or auxquels nous raccrocher. Mais la richesse dans laquelle nous pouvons et nous devons puiser, c’est notre patrimoine culturel. Divers, foisonnant, source inépuisable d’inspiration pour les artistes de ce pays et même d’ailleurs. Par ces temps de crise où l’Afrique en général et le Bénin en particulier sont durement secoués, il est des valeurs auxquelles nous devons nous abreuver.

La onzième édition du Fitheb, qui se déroulera du 27 mars au 7 avril 2012, sera celle du renouveau, avec pour thème « L’économie du théâtre en Afrique ». L’occasion pour les professionnels et les amateurs du secteur d’échanger, de témoigner de l’évolution des politiques culturelles de leurs pays et – pourquoi pas ? – de proposer des solutions aux gouvernants pour faire du théâtre un aspect du développement. Une trentaine de troupes feront le déplacement d’Afrique, de Belgique, de France et de ses territoires d’outre-mer, de Suisse et d’Haïti. Cette année, pour la première fois, nous expérimenterons le off, en salle ou en plein air, afin de toucher plus de public, et nous ouvrirons le festival à une autre forme d’expression scénique, le conte. Autre innovation : l’agrandissement des villages du Fitheb, qui se déclineront désormais dans les trois plus grandes villes du Bénin : Cotonou, Porto-Novo et Parakou.

Lorsqu’en 1990, Antoine Dadélé, directeur de la recherche et des échanges culturels du Bénin, Tola Koukoui, metteur en scène, et Yves Bourguignon, directeur du Centre culturel français de Cotonou, ont mis sur pied cette manifestation, ils caressaient le désir de la voir se pérenniser et grandir, devenir un lieu de rencontre et de partage par excellence entre tous les francophones. « Enterré » à maintes reprises, le Fitheb est toujours là, plus déterminé que jamais à donner au théâtre la place qui lui revient dans la société béninoise et en Afrique. 

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