12/01/2012 à 12h:00 Par Abdelaziz Barrouhi
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali (g) avec son gouvernement le 26 décembre 2011. Le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali (g) avec son gouvernement le 26 décembre 2011. © AFP

Dominé par les islamistes, le nouveau gouvernement tunisien compte vingt-neuf ministres, dont sept indépendants. Il est le résultat d'un bel exercice d'équilibrisme. Analyse.

Pour former le premier gouvernement de l’Histoire issu d’élections démocratiques, le Premier ministre, Hamadi Jebali, a dû jouer les équilibristes afin de contenter à la fois son parti, Ennahdha, ses deux « alliés », le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol, et les indépendants. Il se sera écoulé deux mois entre les élections et la prise de fonctions du gouvernement, qui a reçu, le 22 décembre, la confiance de l’Assemblée nationale constituante (ANC).

Comme prévu, Ennahdha se taille la part du lion avec 14 des 29 ministères, dont 3 de souveraineté : la Justice, l’Intérieur et les Affaires étrangères. Deux postes clés échoient néanmoins à des indépendants : la Défense, à la tête de laquelle a été reconduit Abdelkrim Zbidi, et les Finances, dont le nouveau titulaire, Houcine Dimassi, a été proposé par Ettakatol. Les deux alliés d’Ennahdha totalisent 8 ministères : 4 pour Ettakatol et 4 pour le CPR. Outre les Finances et la Défense, les indépendants, presque tous des technocrates, se sont vu confier 5 départements ministériels et 7 des 11 secrétariats d’État (les 4 autres étant répartis entre les coalisés).

La composition du gouvernement traduit la volonté de la coalition de rompre avec le passé, sauf en ce qui concerne l’armée, qui s’est montrée républicaine en protégeant la révolution. C’est ce qui explique le maintien à la tête du ministère de la Défense d’un indépendant, Abdelkrim Zbidi, 61 ans, professeur de médecine hospitalo-universitaire, ancien ministre de la Santé et ami de l’Égyptien Mohamed el-Baradei, ancien patron de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), pour le compte de laquelle il avait assuré des missions d’expertise (applications médicales).

Le ministère de la Justice a été confié à Noureddine Bhiri, activiste modéré et avocat de renom, qui s’est consacré avec son épouse à la défense de la plupart des 30 000 membres et sympathisants d’Ennahdha arrêtés au cours des vingt dernières années.

Nouveautés

C’est un autre dirigeant historique du mouvement islamiste, Ali Larayedh, qui a pris la tête du ministère de l’Intérieur, dans les caves duquel cet ingénieur de 56 ans a été torturé pendant plusieurs mois lors de sa détention préventive, au début des années 1990, avant d’être condamné à quinze ans de prison. Jebali souhaitait nommer son prédécesseur, Habib Essid, conseiller pour la sécurité intérieure avec rang de ministre, mais le CPR s’y est opposé.

Attendu au tournant, Rafik Abdessalem, 46 ans, nouveau ministre des Affaires étrangères, devra faire la preuve qu’il est à la hauteur de la fonction, ses détracteurs estimant qu’il doit sa nomination à son lien de parenté avec Rached Ghannouchi, dont il est le gendre. Houcine Dimassi, professeur d’économie et indépendant, a été appelé à la dernière minute au ministère des Finances sur proposition d’Ettakatol, dont le candidat, Khayam Turki, un spécialiste de la finance qui a dirigé la campagne du parti, a fait défection. Dimassi, qui avait refusé de figurer dans le gouvernement de Mohamed Ghannouchi au lendemain de la révolution, est partisan de la remise à plat des finances publiques.

Plusieurs autres personnalités occupent des fonctions nouvellement créées ou seront chargées de réformes prioritaires. Parmi elles, le très médiatique Samir Dilou, porte-parole du gouvernement et à la tête d’un nouveau département des droits de l’homme et de la justice transitionnelle. Militant d’Ettakatol, Abderrahmane Ladgham, professeur de médecine et fils de feu Bahi Ladgham, grande figure du mouvement nationaliste et compagnon de Habib Bourguiba, a été chargé du dossier sensible de la lutte contre la corruption. Enfin, Mohamed Abbou, membre historique du CPR, s’est vu confier le ministère des Réformes administratives. 

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Tunisie

Tunisie : des groupes salafistes 'menacent les libertés' selon une ONG

Tunisie : des groupes salafistes "menacent les libertés" selon une ONG

Des groupes salafistes menacent les libertés en Tunisie, a estimé vendredi le président d'honneur de la Ligue tunisienne de la défense des droits de l'homme (Ltdh) l'avocat Mokhtar Trifi.[...]

Tennis : les Africains de Roland Garros

Le tennis n’est assurément pas le sport le plus pratiqué d’Afrique. Les joueurs du continent sont donc peu nombreux à participer, à partir de dimanche 27 mai, à la grand messe du[...]

France-Afrique : la révolution tunisienne a laissé des traces

Zyed Krichen est le directeur de la rédaction du quotidien tunisien "Le Maghreb".[...]

Droits de l'homme en Afrique : progrès incertains au Nord, attentes pour le Sud

Amnesty International a rendu public, jeudi 24 mai, son rapport annuel sur l’état des droits de l’homme dans le monde. En ce qui concerne le continent africain, l’année 2011 a été[...]

Tunisie : des fournisseurs dans la tourmente

Pilier de l'industrie automobile de Tunisie, le secteur du câblage a été secoué par la montée des revendications sociales. Crise mondiale oblige, il risque en outre de réduire la voilure[...]

Tunisie : la peine de mort requise contre Ben Ali, jugé par contumace

Le procureur du tribunal militaitre du Kef a requis la peine de mort, mercredi 23 mai, contre le dictateur tunisien déchu Zine el-Abidine Ben Ali, jugé par contumace. Une décision qui ne fait pas[...]

Tunisie : la société civile se montre

Dans un contexte politique aussi complexe que confus et un environnement socioéconomique encore instable, la société civile tunisienne émerge, prend des initiatives et montre qu'elle est capable de[...]

Libye : la Tunisie va extrader l'ancien Premier ministre de Kaddafi, Baghdadi Mahmoudi, vers Tripoli

Le président tunisien, Moncef Marzouki, a donné son accord pour extrader dans les "jours ou semaines" à venir l'ancien Premier ministre libyen de Mouammar Kaddafi, Baghdadi Mahmoudi, vers la Libye.[...]

La Berd se dote d'un fonds spécial pour encourager les démocraties arabes

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), créée en 1991 pour aider les ex-pays communistes à réformer leur économie, s'est dotée samedi d'un[...]

Tunisie : des mosquées appellent les jeunes à aller combattre en Syrie

Certaines mosquées tunisiennes aux mains d'islamistes radicaux appellent les jeunes à "aller au djihad" en Syrie contre le régime de Bachar al-Assad, a reconnu vendredi un responsable du[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers