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27/12/2011 à 15:55
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Des réfugiés illégaux dans un bâtiment réservé aux immigrants africains sans papiers. Des réfugiés illégaux dans un bâtiment réservé aux immigrants africains sans papiers. © AFP

Tel-Aviv adopte une série de mesures sans précédent pour mettre fin à l’infiltration de clandestins africains fuyant la guerre et la misère.

« Israël est un petit pays. Nous ne pouvons tolérer un flot d’immigration clandestine. C’est une menace pour l’économie, la société et la sécurité. » En désignant en ces termes le problème posé par la population subsaharienne réfugiée à l’intérieur des frontières de l’État hébreu, Benyamin Netanyahou a certainement brisé les espoirs de milliers d’hommes et de femmes qui rêvent toujours d’exil en Terre promise. Le 11 décembre, le Premier ministre israélien soumettait à son gouvernement un plan drastique visant à endiguer l’afflux d’immigrants illégaux, au nombre de 52 487 selon les dernières données officielles – dont 85 % seraient d’origines soudanaise et érythréenne. Sans surprise, le cabinet de Netanyahou a approuvé ce programme, dont le coût avoisine les 158 millions de dollars (120 millions d’euros) et qui, par ailleurs, vient d’être soumis à la commission des affaires intérieures de la Knesset. Au préalable, une coupe budgétaire de 2 % a été imposée à l’ensemble des ministères.

Dissuasion

Celui de la Défense sera le plus lourdement mis à contribution puisqu’il se verra amputé de 75 millions de dollars. Cette somme doit permettre d’accélérer la construction d’une barrière électronique le long des 240 km de frontière avec l’Égypte, une zone sujette également à la contrebande et aux infiltrations terroristes. Les travaux, entamés à la fin de l’année dernière, devraient théoriquement s’achever en septembre 2012, avec six mois d’avance. Autre mesure décidée : l’élargissement des structures d’accueil pour les réfugiés subsahariens, à commencer par le camp de Ketziot, dans la fournaise du Néguev, autrefois réservé aux prisonniers palestiniens. Tandis que sa capacité d’accueil doit passer de 2 000 à 5 400 places, un autre complexe pouvant abriter 10 000 personnes ouvrira prochainement ses portes. Conformément à la loi en vigueur, les demandeurs d’asile seront détenus pendant deux mois au lieu de quinze jours actuellement. C’est en général à l’issue de cette période qu’ils sont déversés par autobus entiers au cœur des grandes villes israéliennes. La plupart des réfugiés subsahariens sont alors livrés à eux-mêmes.

Mais le plan d’action de Netanyahou se veut aussi, et surtout, dissuasif. Pour décourager les futurs candidats à l’immigration clandestine, le gouvernement planche sur un projet de loi qui condamnerait à trois ans d’emprisonnement tout travailleur clandestin pris en flagrant délit. En toute logique, les sanctions visant les employeurs israéliens ont été alourdies. Désormais, ceux qui recrutent des immigrants subsahariens devront s’acquitter d’une amende de 20 000 dollars – contre 1 200 dollars jusqu’ici – et pourraient se voir imposer la fermeture de leur entreprise. L’an passé, la justice avait toutefois conditionné l’application d’une telle législation à l’établissement de centres d’accueil pour les réfugiés.

Manipulation

« Sans un plan pour s’attaquer aux travailleurs clandestins, nous finirons par en dénombrer 100 000 de plus chaque année », a estimé Netanyahou, qui entend s’appuyer sur la coopération de leurs pays d’origine. En février prochain, le chef du gouvernement effectuera une tournée sur le continent afin de négocier leur rapatriement progressif. Ces derniers mois, la question des réfugiés subsahariens est apparue comme une priorité nationale pour les autorités, qui redoutent d’être submergées par un afflux migratoire. On a, il est vrai, enregistré un nouveau record en novembre avec l’entrée de 2 676 clandestins, soit un total de 13 581 depuis le début de l’année. Netanyahou a martelé à l’envi que ce phénomène, remontant à 2005, « mettait en danger le caractère juif et démocratique d’Israël ». À l’évidence, cet élément explique le fait qu’aucun demandeur d’asile subsaharien ne soit parvenu, jusqu’ici, à obtenir le statut de réfugié.

Même si ses contours avaient été une première fois énoncés par le ministre de l’Intérieur, Eli Yishaï, très impliqué dans ce dossier, le plan gouvernemental prend de court de nombreuses ONG israéliennes, qui dénoncent une manipulation. « Le gouvernement nous ment, proteste ainsi Rehoute Michaeli, présidente de l’Association de soutien aux travailleurs étrangers. On nous raconte que ce sont des clandestins, alors qu’il s’agit de réfugiés. Personne ne nous dit la vérité et ne prête attention aux motifs de leur demande d’asile. » Désormais, la marge de manœuvre des ressortissants subsahariens paraît bien réduite. Ils semblent, une fois de plus, condamnés à l’exil. 

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