Ni le président Français, ni son premier ministre ne se sont déplacés pour ses funérailles.
© Sipa
L’absence des plus hautes autorités françaises aux obsèques de l’ancien chef de l’État sénégalais, Léopold Sédar Senghor, restera comme une blessure dans les relations entre les deux pays.
Tous ceux qui ont assisté, ce 29 décembre 2001 à Dakar, aux obsèques officielles de Léopold Sédar Senghor ont noté l’absence d’un homme : Jacques Chirac, le président français. Et celle de son Premier ministre, Lionel Jospin. N’exagérons rien : Paris était quand même représenté par le président de l’Assemblée nationale, Raymond Forni, et le ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie, Charles Josselin. C’est-à-dire, en termes politiques, pas grand-chose, vu le poids de Senghor, ami indéfectible de la France. Dans son recueil Hosties noires (1948), il écrivait : « Ah ! Seigneur, éloigne de ma mémoire la France qui n’est pas la France, / ce masque de petitesse et de haine sur le visage de la France / […] Car j’ai une grande faiblesse pour la France. / […] Bénis ce peuple qui m’a apporté Ta Bonne Nouvelle, Seigneur, et ouvert mes paupières lourdes à la lumière de la foi. / Il a ouvert mon cœur à la connaissance du monde, me montrant l’arc-en-ciel des visages neufs de mes frères. »
Senghor était habité par la France, comme il l’était par l’Afrique. Il exaltait la France et chantait l’Afrique, ses deux passions. Le jeune Sérère, tout en assimilant la culture française – sans renier la sienne, il faut le préciser –, devint un orfèvre de la langue de Voltaire. Naturalisé en 1933, il prit part à la Seconde Guerre mondiale pour défendre la France occupée. Personnalité importante de la IVe République, il sera secrétaire d’État, avant de devenir président du Sénégal.
Chantre de la négritude, il prônera le dialogue des cultures, militera pour l’émergence de la francophonie et sera élu à l’Académie française. Mais voilà que, froid dans son cercueil ce 29 décembre 2001, il est superbement ignoré par la France, ingrate au sommet de l’État. Chirac a-t-il voulu lui faire payer son absence aux obsèques du général de Gaulle, en 1970 ? L’intéressé ne s’est jamais exprimé sur ses motifs. Mais si Senghor, lui, ne s’est pas rendu aux funérailles de De Gaulle, c’était, comme il l’écrira à sa veuve, pour respecter la volonté du général, qui souhaitait des obsèques familiales.
Dans sa tombe, le poète se souvenait de ces vers écrits en 1948 : « Oui Seigneur, pardonne à la France qui dit bien la voie droite et chemine par les sentiers obliques / Qui m’invite à sa table et me dit d’apporter mon pain, / qui me donne de la main droite et de la main gauche enlève la moitié / Oui Seigneur, pardonne à la France qui hait les occupants et m’impose l’occupation gravement / Qui ouvre des voies triomphales aux héros et traite ses Sénégalais en mercenaires, faisant d’eux les dogues noirs de l’Empire. » Ainsi soit-il !

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