Le 7 décembre, le vice-Premier ministre israélien, Silvan Shalom, a enjoint aux Juifs tunisiens d’émigrer dans l’État hébreu. Mais ceux-ci ne l’entendent pas forcément de cette oreille…
Silvan Shalom, le vice-Premier ministre israélien (natif de Gabès, en Tunisie), a lancé un sacré pavé dans la mare. « J’appelle les Juifs vivant en Tunisie à venir s’installer en Israël le plus rapidement possible », a-t-il déclaré le 7 décembre. Réaction cinglante du mouvement islamiste Ennahdha, principale force de la coalition portée au pouvoir en Tunisie à l’issue des élections du 23 octobre : ces propos sont « irresponsables et irrationnels », fait-il savoir dans un communiqué où il rappelle que « les membres de la communauté juive de Tunisie sont des citoyens disposant de la plénitude de leurs droits ». « La Tunisie, poursuit le communiqué, est et restera un État démocratique qui respecte ses citoyens et veille sur eux quelle que soit leur religion. »
Bonne intelligence. « L’appel de Shalom n’a aucun sens, ce sont des bêtises, estime de son côté Roger Bismuth, le chef de la communauté juive de Tunisie, dans un entretien téléphonique avec Jeune Afrique. Les Juifs de Tunisie ne veulent pas partir, laissons-les tranquilles. » D’après Bismuth, le cri de Shalom ne sera pas entendu. « Dans la communauté, personne n’a l’intention de partir. Moi-même, je suis chez moi ici, j’ai participé à la lutte nationale comme tous les Tunisiens. J’ai 85 ans, je travaille depuis soixante et onze ans en bonne intelligence avec tout le monde. Et je continuerai à le faire dans n’importe quelles circonstances. » Et de conclure, catégorique : « Téléphonez à M. Shalom pour qu’il cesse de raconter des balivernes ! J’en ai assez d’entendre disserter sur la religion des gens. En Tunisie, il y a des Tunisiens, un point c’est tout. »
Rencontre discrète
Au cours de ces derniers mois, Bismuth a rencontré les deux principaux dirigeants d’Ennahdha, Rached Ghannouchi et Hamadi Jebali, avant et après le scrutin du 23 octobre. Certes, Israël a de tout temps incité les Juifs du monde entier à émigrer dans l’État hébreu. Mais ce qui est nouveau, c’est que ses dirigeants s’inquiètent désormais de l’accession au pouvoir des islamistes dans les pays du Printemps arabe. Selon The Economist, Ghannouchi aurait « discrètement rencontré » des responsables israéliens lors de son voyage à Washington, à la fin de novembre, et les aurait notamment assurés qu’aucune clause évoquant Israël ou le sionisme ne figurerait dans la future Constitution tunisienne. Les propos rapportés par l’hebdomadaire britannique sont exacts, mais ils ont tout simplement été tenus en public, lors d’une conférence donnée par Ghannouchi au Washington Institute for Near East Policy, le 30 novembre

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