Peu connu du grand public, le nouveau ministre tunisien des Affaires étrangères, Rafik Abdessalem, est décidé à rompre avec certaines pratiques passées.
Depuis quelques semaines, l’homme multipliait les interventions sur des sujets de politique étrangère. Ancien chef du département des recherches au centre d’études d’Al-Jazira, à Doha, Rafik Abdessalem, 43 ans, a hérité du portefeuille des Affaires étrangères dans le nouveau gouvernement tunisien. Docteur en sciences politiques de l’Université de Westminster, à Londres, proche de la direction d’Ennahdha, l’élégant Abdessalem est originaire d’El-Hamma, comme Rached Ghannouchi, dont il a épousé l’une des filles, Intissar, qu’il a rencontrée à Londres et avec laquelle il a eu deux enfants.
Défendre les intérêts de la Tunisie
Militant au sein de l’UGTE, le syndicat islamiste étudiant, il avait dû quitter la Tunisie pour le Maroc, avant de se réfugier, en 1993, à Londres. Au passage, il a troqué son patronyme, Bouchleka (« celui qui porte la savate », en tunisien), contre celui d’Abdessalem, prénom de son père. Aujourd’hui, il porte le projet de relations internationales d’Ennahdha, quitte parfois à contredire le nouveau Premier ministre. En effet, alors que Hamadi Jebali soutient que « les relations avec l’Arabie saoudite sont plus importantes que l’extradition de Ben Ali », Abdessalem déclare vouloir « mettre en œuvre tous les recours pour l’extradition de Ben Ali et de sa famille ». Sa vision de la diplomatie tunisienne donne la priorité au partenariat avec l’Union européenne et aux relations avec l’Algérie et la Libye.
Conformément à la ligne directrice imprimée par les nouvelles autorités – le président, Moncef Marzouki, a qualifié les chancelleries tunisiennes sous l’ère Ben Ali de « ministères de l’Intérieur à l’étranger » –, Rafik Abdessalem a réaffirmé que la politique étrangère n’est pas la promotion d’un parti mais la défense des intérêts de la Tunisie, qui a des traditions assez anciennes en la matière : « On ne peut se soustraire à notre environnement géopolitique immédiat, mais nous devons nous attacher à renforcer nos liens avec les pays arabes et effectuer une ouverture sur l’Afrique et sur des pays émergents comme le Brésil et l’Inde. […] Aujourd’hui, nous voulons aller de l’avant, rattraper le temps perdu et mettre la diplomatie tunisienne au service des ambitions nées de la révolution. »

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