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19/12/2011 à 20:12
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Philippe Verdon, le 6 janvier 2004 à Moroni aux Comores. Philippe Verdon, le 6 janvier 2004 à Moroni aux Comores. © AFP

Il avait côtoyé Bob Denard et connu la prison au Sud-Soudan, aux Comores ou à Madagascar… Le Français Philippe Verdon a été enlevé le 24 novembre à Hombori au Mali. Le profil de cet homme présenté comme un géoloque intrigue.

De deux choses l’une : soit Philippe Verdon, l’un des deux Français enlevés le 24 novembre à Hombori, au Mali, est une « barbouze » (un agent des services de renseignements français), mais il est alors permis de penser qu’il ne répond pas à certains des critères (discrétion, efficacité) qu’une telle fonction exige ; soit il s’agit d’un aventurier prêt à tout pour vivre sa vie telle qu’il la rêvait, et on peut alors dire qu’il a le don de s’attirer des ennuis.

"Embrouilles"

Si la première hypothèse séduit bon nombre de commentateurs africains, c’est la seconde qu’il faut semble-t-il privilégier. Verdon ? « Ce n’est pas un agent français », jurent différentes sources officielles. C’est un « électron libre qui n’a peur de rien » et « ne sait même pas se servir d’une arme », assurent des amis.

Cet homme, que ceux qui l’ont croisé disent « très intelligent » mais « un peu trop bavard », accumule les embrouilles en terre africaine. Avant de se faire kidnapper dans un hôtel malien en compagnie d’un autre Français au parcours trouble (Serge Lazarevic, un ex-militaire reconverti dans la sécurité), Verdon avait déjà pas mal grenouillé…

Les premiers ennuis remontent à 1991. Verdon est alors à la tête d’une petite compagnie aérienne basée dans le nord de Madagascar. Lors d’un voyage à bord d’un avion léger qu’il pilote, il est contraint d’atterrir dans une région du Sud-Soudan contrôlée par l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA). Lui et ses deux passagers ne sont libérés que quatre mois plus tard.

En 2003, il goûte aux geôles comoriennes. Entre-temps, Verdon a joué le conseiller de Didier Ratsiraka, l’ex-­président malgache, qu’il a rencontré durant son premier exil parisien (1993-1996), et a fait la connaissance d’un certain Bob Denard – lequel prenait Verdon pour « un homme d’affaires ». Un détail sur lequel l’intéressé ne s’attardait pas lorsqu’il se vantait, à Antananarivo, d’avoir été « un des lieutenants » de Bob Denard aux Comores. Il n’a en réalité jamais fait partie des « affreux » qui ont terrorisé l’archipel entre 1978 et 1989.

"Zigoto"

La première fois qu’il s’y fait remarquer, c’est en septembre 2003. À peine arrivé dans les bagages de l’opposant franco-comorien Saïd Larifou, il contacte le colonel Combo Ayouba, un officier qui a collaboré dans le passé avec Bob Denard, et lui expose leur plan pour renverser le colonel Azali. Verdon laisse entendre qu’il a le soutien de la France. Or, à cette époque, Paris et Moroni vivent une véritable lune de miel. Quelques jours après, lui et ses compagnons sont arrêtés. « C’est un fou ! » lâche un diplomate français.

Des années plus tard, ce sont les cellules malgaches qu’il visite. Après le transport aérien, Verdon s’est lancé dans le béryl et l’émeraude. Dans le Sud, il se fait surnommer « le colonel ». À l’ambassade de France, on le qualifie de « zigoto ». Mais sa relation avec Alain Moyon, un Français proche du président Marc Ravalomanana, se gâte vite. Début 2008, il est expulsé.

Quand Monja Roindefo devient Premier ministre, en mars 2009, à la faveur de la prise du pouvoir par Andry Rajoelina, Verdon tente de récupérer ses mines. « Il m’a demandé de l’aider à revenir. C’est un grand humaniste un peu furieux », explique Roindefo. Mais lorsque ce dernier se fâche avec Rajoelina fin 2009, Verdon perd de nouveau la main. Un an plus tard, il est accusé de fomenter un coup d’État. La presse parle d’un « mercenaire » à la solde de Roindefo. Pure invention. Après plusieurs jours de détention, Verdon est de nouveau expulsé.

Comment s’est-il retrouvé au Mali ? Sa famille a assuré, lors d'une conférence de de presse jeudi 14 décembre, qu'il était en voyage d'affaires. Il travaillait en compagnie de son ami Serge Lazarevic sur un projet de cimenterie, ont expliqué Jean-Pierre Verdon, 81 ans, et Clément Verdon, 24 ans, le père et le fils de cet homme au profil intriguant. Une source fiable assure cependant qu’en avril 2011 Verdon aurait été aperçu aux côtés d’un général israélien en quête de mercenaires pour la Libye.

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