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16/12/2011 à 11:30
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Décomptes des bulletins de vote le 28 novembre 2011 à Goma. Décomptes des bulletins de vote le 28 novembre 2011 à Goma. © AFP

La Cour suprême de justice doit proclamer officiellement le vainqueur de l'élection présidentielle congolaise samedi 17 décembre. Retour sur un scrutin marqué une nouvelle fois par de multiples défaillances et fraudes, qui met la RDC au bord de l’abîme.

À 16 heures, ce 9 décembre, au rez-de-chaussée de l’immeuble de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), sur le boulevard du 30-Juin à Kinshasa, le pasteur Ngoy Mulunda a pris un ton solennel pour annoncer devant les ambassadeurs et les centaines de journalistes réunis dans la « salle du 28 novembre » : « Le candidat Joseph Kabila est déclaré vainqueur de l’élection présidentielle. » Aussitôt, depuis son domicile du quartier Limete, Étienne Tshisekedi a réagi : « Cette déclaration est une véritable provocation. En conséquence, je me considère dès aujourd’hui comme président élu de la République démocratique du Congo »… Bref, c’est l’impasse.

Officiellement, Joseph Kabila obtient 48,95 % des voix et Étienne Tshisekedi 32,33 %, avec un taux de participation de 58,81 %. Mais d’où viennent ces chiffres ? Pourquoi est-il impossible de vérifier si l’addition des résultats des quelque 63 000 procès-verbaux de bureaux de vote coïncide avec les totaux du procès-verbal de la Ceni ? Tout le problème est là. Quelques jours plus tôt, un évêque catholique, Mgr Nicolas Djomo, avait lancé : « Ces élections, c’est un train allant droit dans le mur. » Pas de chiffres fiables sur le taux de participation, ni sur les scores de Kabila et Tshisekedi… Dans les jours à venir, les faits risquent de donner raison au prélat.

Défaillances ou fraude ? Les deux. Le Congo est un pays où le chaos est programmé, et où le tricheur en profite habilement. Exemple : la pénurie des bulletins de vote. Le jour des élections, le 28 novembre, des milliers de bureaux de vote – sur les quelque 63 000 du pays – n’ont pu ouvrir faute de ces précieux papiers. Imprimés en Afrique du Sud, les bulletins manquants ont été acheminés par avion le 28, le 29 et même le 30 novembre ! De bonne source, le 29 et le 30, deux avions gros-porteurs en provenance de Johannesburg se sont posés à Lubumbashi avec, à leur bord, des conteneurs de bulletins pesant au total entre dix et vingt tonnes… « Ce qui représente plusieurs millions de bulletins sur les quelque 64 millions qui étaient prévus – moitié pour la présidentielle, moitié pour les législatives », précise un observateur international. L’un des deux avions a même poursuivi sa route jusqu’à Kinshasa avec une partie de sa cargaison.

Résultats compilés à la foire de Kinshasa

Que sont devenus ces bulletins ? Ont-ils été distribués dans les bureaux de vote en souffrance ou ont-ils été détournés et cochés par des mains malveillantes au bénéfice du président-candidat ? C’est la question très embarrassante que le représentant spécial de l’ONU au Congo, l’Américain Roger Meece, a fini par se poser. Le 28 et le 29, il a mis les avions, les hélicoptères et les camions de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RD Congo (Monusco) à la disposition de la Ceni pour faciliter l’acheminement de ce matériel de vote jusqu’aux chefs-lieux de province et de territoire. Mais le matin du 30, il s’est ravisé et a dit stop. Sa gêne était manifeste… Les fraudeurs avaient-ils anticipé ces arrivées tardives de bulletins pour mieux les détourner ? « Pas nécessairement, répond notre observateur, mais l’occasion a fait le larron. »

Au sein de la Ceni, deux représentants de l'opposition ont tenté de faire de la résistance.

Autre phase du processus où le chaos a facilité la tâche des tricheurs : la compilation des résultats. Dans la capitale, par exemple, le centre de compilation était installé sur le site de la Foire internationale de Kinshasa, la Fikin. Faute d’abris en nombre suffisant, plusieurs sacs remplis de procès-verbaux de vote sont restés des heures sous la pluie. Plus grave, des sacs ont été emportés par des policiers vers une destination inconnue. Plusieurs journalistes peuvent en témoigner. Au centre de compilation de Lubumbashi, dans le Katanga, la Monusco a constaté elle-même un « désordre indescriptible ». À celui de Malemba Nkulu, toujours dans le Katanga, un candidat de la majorité aux législatives, Shadrak Mulunda – frère cadet de Daniel Ngoy Mulunda, le président de la Ceni – a fait chasser les témoins des partis politiques.

Ici ou là, un miracle s’est quand même produit. Ainsi au centre de compilation de Mbandaka, dans la province de l’Équateur. Officiellement pour maintenir l’ordre, le gouverneur et le chef de la police ont voulu en interdire l’accès aux témoins des partis. Jacques Djoli, le vice-président de la Ceni, a demandé à la Monusco d’intervenir. Finalement, tout s’est arrangé. Mais Mbandaka n’était que l’un des 169 centres de compilation du pays. Il n’est pas sûr que la majorité d’entre eux ait échappé aux manipulations et aux pressions…

La Ceni… À la fin, bien sûr, c’est là que tout s’est joué. Beaucoup de Congolais sont persuadés que la Commission électorale est aux ordres du pouvoir. Mais ce n’est pas si simple. Certes, son président, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, est un ancien conseiller politique de Joseph Kabila. Quatre autres de ses membres sont acquis à la cause du président sortant. Mais, à la surprise générale, dans les heures qui ont précédé la proclamation des résultats, deux représentants de l’opposition, Jacques Djoli et Laurent Ndaye, ont tenté de faire de la résistance.

Trois petits tours

Au cinquième étage de l’immeuble de la Ceni, la nuit du 8 au 9 décembre a été chaude. Dès le soir du 8, Ngoy Mulunda voulait proclamer les résultats nationaux de la présidentielle sans attendre l’arrivée des résultats de la totalité des 169 centres de compilation. Courageusement, et à deux contre cinq, Djoli et Ndaye ont fait savoir que, dans ce cas, ils ne signeraient pas le procès-verbal de l’élection. Ngoy Mulunda a accepté alors de renvoyer la proclamation au lendemain. Le matin du 9, après une nuit blanche, l’un des deux « résistants » nous a confié : « Pour moi, la loi doit être en conformité avec ma conscience. » Mais quelques heures plus tard, à 16 heures, il a dû mettre sa conscience dans sa poche…

Malgré les offres de médiation, chacun se dit certain de sa victoire et refuse tout compromis.

Le drame pour la conscience de ces deux hommes, c’est qu’ils sont totalement isolés. Trois petits tours et puis s’en vont… Les quelques dizaines d’observateurs de l’Union africaine, de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), de l’Union européenne et de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ne sont venus que la veille du scrutin et sont repartis entre le 1er et le 4 décembre, c’est-à-dire au moment précis où il fallait rester et se déployer dans les 169 centres de compilation. Mieux, la plupart d’entre eux ont jugé que les élections s’étaient globalement bien passées. Commentaire de l’ONG International Crisis Group : « Puisque peu d’entre eux se sont aventurés en dehors des villes principales, les observateurs internationaux, y compris ceux de l’Union européenne et du Centre Carter, ont probablement manqué les abus les plus grossiers. »

Navettes

Côté diplomatique, quelques hommes ont tenté d’empêcher le train « d’aller droit dans le mur ». Une troïka formée de Roger Meece, de l’ambassadeur du Gabon – le doyen du corps diplomatique – et de l’ambassadeur de Russie – le pays qui préside ce mois-ci le Conseil de sécurité – a fait plusieurs navettes entre le Palais de la nation, où travaille Joseph Kabila, et le quartier Limete, où réside Étienne Tshisekedi. En vain. Chacun s’est dit certain de sa victoire et a refusé tout compromis. Sur les conseils du Comité national de médiation, Rupiah Banda, l’ex-président zambien, a été sollicité pour faire médiation. Il a accepté. Tshisekedi aussi. Le 7, un jet de la Monusco était prêt à décoller de Kinshasa pour aller le chercher à Lusaka. Mais au dernier moment, Joseph Kabila s’y est opposé.

En fait, dans ces élections opportunément chaotiques, la communauté internationale s’est largement défaussée. Même le Centre Carter est resté très discret. Seule, peut-être, l’Église catholique congolaise a vraiment tenté d’arrêter le train avant la collision. Dans un quart des bureaux de vote, elle avait prépositionné 30 000 observateurs qui devaient transmettre leurs résultats par SMS. Comme par hasard, à partir du 2 décembre, tous les textos ont été interdits sur le territoire congolais. L’Église a dû renoncer à faire des estimations sérieuses, mais a tenu à se distinguer de la Ceni. « Ce qui compte, ce sont les résultats affichés devant les bureaux de vote », a-t-elle déclaré. Sous-entendu : les compilations ne sont pas fiables. Au lendemain de la réélection de Joseph Kabila, quelle est la légitimité de son pouvoir ? Dans ce pays ravagé par les guerres civiles, la question est lourde de sens…

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