Enquête sur ces Touaregs qui, anciens rebelles ou ex-kaddafistes, entretiennent des liens avec la nébuleuse islamiste d'Aqmi dans le Nord du Mali.
À Bamako, le chef de l’État malien ne décolère pas. Ces derniers mois, Amadou Toumani Touré (ATT) avait multiplié les offensives diplomatiques pour rassurer les Occidentaux sur la situation sécuritaire dans son pays, et voici que deux rapts viennent saboter ses efforts. Le 24 novembre d’abord : deux Français (officiellement, des géologues) sont kidnappés dans leur hôtel de Hombori, dans l’Est. Le lendemain, trois touristes (néerlandais, suédois et sud-africain) attablés dans une auberge de Tombouctou (Centre) sont enlevés, un quatrième (allemand) est abattu.
Tous les regards se tournent vers Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui a fait du kidnapping d’Occidentaux un fonds de commerce très lucratif, même s’il est probable que l’opération en elle-même ait été menée par un groupe de bandits, dont certains parlaient tamasheq. Les soupçons se portent donc vers les Touaregs, et notamment vers les ex-combattants de Mouammar Kaddafi, revenus lourdement armés dans le nord du Mali, via l’Algérie ou le Niger, après la chute de leur mentor. Ils seraient 2 000, selon des sources diplomatiques bamakoises, mais le chiffre réel pourrait se situer plus près de 4 000, et ils ambitionneraient d’y former une vaste zone autonome.
Difficile d’y voir beaucoup plus clair. Au Nord-Mali, les alliances se font et se défont entre des personnages troubles, mi-trafiquants de drogue, mi-rebelles, parfois islamistes, souvent opportunistes. Dans la région de l’Azawad, trois noms reviennent régulièrement : ceux de Mohamed Najim, d’Iyad Ag Aghaly et d’Abdel Karim Targui.
Retour de Libye
Le premier, Mohamed Najim, est un ancien colonel de l’armée libyenne. Lui et ses hommes ont combattu pour Kaddafi. Ils sont revenus de Libye avec des armes automatiques, des missiles sol-sol et sol-air, et peut-être même des lance-roquettes multiples (LRM). Ils se sont établis, sans que les autorités maliennes cherchent vraiment à les en empêcher, dans les collines de Tin-Assalak, au nord de Kidal, aux côtés d’ex-miliciens d’un autre rebelle touareg malien, Ibrahim Ag Bahanga, décédé en août dernier et connu notamment pour avoir pris en otages des militaires maliens en 2008. Les deux groupes ont fusionné pour créer le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), qui réclame l’autodétermination de cette zone désertique, oubliée de Bamako.
Le deuxième, Iyad Ag Aghaly, est un ancien conseiller culturel de l’ambassade du Mali en Arabie saoudite. Militaire de formation, il a créé le Mouvement islamique pour la libération de l’Azawad (Mila). Il fut l’un des meneurs de la première rébellion touarègue dans les années 1990, avant de servir d’éminence grise à ATT auprès des tribus du Nord, puis de négociateur pour la libération du Français Pierre Camatte, début 2010. Écarté de Koulouba en raison de ses sympathies pro-Aqmi, il est retourné dans sa région d’origine accompagné du colonel M’Bah Ag Moussa, déserteur de l’armée malienne, et de plusieurs de ses hommes. Iyad Ag Aghaly est aussi un cousin d’Abdel Karim Targui, émir d’Aqmi de la région – le troisième homme dont le nom est régulièrement cité. Ag Aghaly est lui aussi tenté par la perspective d’un État indépendant de l’Azawad… et par quelques rapts pour se renflouer.
À Koulouba, on redoute la montée des tensions avec ce peuple ombrageux, mais aussi, et surtout, de l’extension de la « zone rouge » (selon l’appellation du Quai d’Orsay) à toute la moitié nord du Mali. Le chef de l’État gère donc directement l’épineux dossier avec le colonel major Elhadji Gamou et Mohamed Ag Erlaf, deux Touaregs originaires de la région de Kidal. Mais, à Bamako, on s’inquiète de la proximité de l’élection présidentielle. Pourra-t-elle, si les conditions de sécurité venaient à se dégrader davantage encore, se tenir comme prévu en avril 2012 ? Certains commencent à émettre des doutes.
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Malika Groga-Bada, avec Baba Ahmed, à Bamako

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