Extension Factory Builder
15/12/2011 à 07:43
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
L'ex-président Laurent Gbagbo en résidence surveillée, à Korhogo, le 2 mai 2011. L'ex-président Laurent Gbagbo en résidence surveillée, à Korhogo, le 2 mai 2011. © Sia Kambou/AFP

La remise par les autorités ivoirienne de l’ancien chef de l’État, Laurent Gbagbo, à la Cour pénale internationale (CPI) a été savamment orchestrée et rondement menée. Récit exclusif.

Les images des portes du pénitencier de Scheveningen se refermant derrière le véhicule transportant Laurent Gbagbo ont fait le tour du monde. Comme un clap de fin. Elles marquent l’épilogue d’une folle semaine où les avocats du désormais prisonnier le plus célèbre du monde n’ont pu empêcher son transfert à la Cour pénale internationale (CPI). Le scénario, écrit dans le plus grand secret – notamment lors d’une rencontre à Paris le 26 novembre – par le président ivoirien Alassane Ouattara et le procureur argentin Luis Moreno-Ocampo, a parfaitement fonctionné. « Ils nous ont pris de vitesse pour nous empêcher de déposer des recours », confie, un brin amer, Me Emmanuel Altit, l’avocat français de l’ancien chef d’État. Autre son de cloche du côté d’Abidjan. « Nous avons respecté toutes les procédures légales », affirme Me Jean-Paul Benoit, avocat de l’État ivoirien.

D'Abidjan à Scheveningen

11 avril - Laurent Gbagbo est arrêté dans sa résidence présidentielle, à Abidjan.

13 avril - Il est transféré à Korhogo, dans le nord du pays.

25 mai Amnesty - International accuse toutes les parties d’exactions après l’élection présidentielle du 28 novembre.

10 juin - Une commission d’enquête de l’ONU met en cause les forces armées de Gbagbo (FDS) et celles de Ouattara (FRCI).

23 juin - Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, demande l’ouverture d’une enquête sur de possibles crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

29 juin - La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) soutien la procédure.

18 août - La justice ivoirienne inculpe Gbagbo pour crimes économiques.

3 octobre - La CPI décide l’ouverture d’une enquête.

5 octobre - Human Rights Watch (HRW) met en cause 13 dirigeants civils et militaires dans les violences, dont l’ex-chef de l’État.

15 octobre - Visite de Moreno-Ocampo à Abidjan.

25 octobre - Le procureur demande la délivrance d’un mandat d’arrêt à l’encontre de Gbagbo.

23 novembre - Ce mandat d’arrêt est rédigé et signé par les juges de la CPI.

26 novembre - Rencontre à Paris entre Alassane Ouattara et Moreno-Ocampo.

29 novembre - Le mandat d’arrêt est signifié à Gbagbo à Korhogo, il est transféré dans la nuit à la prison de Scheveningen, près de La Haye, où sont placés les détenus de la CPI.

Vendredi 25 novembre

Branle-bas de combat

Vers midi, les défenseurs de Laurent Gbagbo sont informés par le palais de justice d’Abidjan que leur client doit être entendu, le 28 novembre, par un juge ivoirien dans le cadre de l’enquête ouverte sur les crimes économiques commis durant la période postélectorale, entre novembre 2010 et avril 2011. Branle-bas de combat au sein du collectif des avocats. Il faut rejoindre, au plus vite, Korhogo, à plus de 600 km, où se tiendra l’audience. Agathe Baroan, Serge Gbougnon et Toussaint Dako prennent rapidement la route pour la cité du Poro, où est détenu l’ancien président.

Samedi 26 et dimanche 27 novembre

« Sarko m’a tuer »

Leur consœur franco-camerounaise, Lucie Bourthoumieux, a également fait le voyage. Conseil stratégique de Laurent Gbagbo, elle travaille avec les ténors du barreau français, Mes Roland Dumas et Jacques Vergès. Dans la matinée du samedi, elle rend visite à l’ex-chef de l’État, dans la villa du gouverneur de Korhogo, où il est détenu. Au cours de cet entretien en tête à tête sont abordées les questions politiques à l’approche des élections législatives du 11 décembre et les actions de lobbying. Les défenseurs ivoiriens les rejoignent ensuite pour une séance de travail visant à préparer l’audience du lundi. Leur client a le moral et se montre combatif. Reclus depuis plus de sept mois, il consacre son temps à la lecture, aux prières, et regarde aussi la télévision.

Ce jour-là, il est en train de relire les Mémoires du général de Gaulle (Gallimard) après avoir avalé dernièrement Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique (Éditions La Découverte), Le Visage de Dieu (Grasset), Mémoires du chef des services secrets de la France libre (Odile Jacob). Et, surtout, Sarko m’a tuer (Stock), le livre au titre évocateur des deux journalistes français Gérard Davet et Fabrice Lhomme. On lui remet aussi Le Coup d’État (Duboiris), une enquête qui lui est totalement favorable, signée du journaliste camerounais Charles Onana. Il commande enfin à Me Bourthoumieux de nouveaux livres rares de Flavius Josèphe, historien du Ier siècle, sur les conflits entre Rome et Jérusalem. Au cours de cette visite, le Dr Christophe Blé, qui vit aux côtés de Gbagbo, est appelé pour examiner le général Bruno Dogbo Blé, l’ancien patron de la Garde républicaine, également détenu à Korhogo. Cette information, parvenue aux oreilles des partisans de l’ancien président, est à l’origine d’une rumeur qui va faire le tour de la blogo­sphère durant le week-end : « On retire à Gbagbo son médecin pour l’extrader. » Il n’en est rien. Le docteur est rapidement de retour. Gbagbo, avant de se séparer de ses avocats, demande encore à Me Bourthoumieux de porter des nouvelles rassurantes à sa mère, 88 ans, qui vit à Accra.

Lundi 28 novembre

Piège ou diversion ?

Laurent Gbagbo est informé, dans la matinée, que le président de la chambre d’accusation d’Abidjan viendra examiner, le lendemain, ses conditions de détention. Une bonne nouvelle. Depuis plusieurs mois, il demande à pouvoir sortir dans la cour de sa résidence pour faire de l’exercice. Enfermé sept jours sur sept, il souffre de problèmes d’arthrose aux poignets et à l’épaule. Vers 15 heures, il rejoint ses avocats au tribunal d’instance de Korhogo pour répondre aux questions de la doyenne des juges d’instruction, Delphine Makoueni Cissé, dans le cadre de l’enquête sur les crimes économiques. Depuis les premières lueurs du jour, le bâtiment est fortement gardé par des militaires. Sur la porte principale, une affiche indique « fermeture au public jusqu’au 30 novembre ». L’interrogatoire va durer près de quatre heures avant que l’ex-président regagne sa villa. « Il a accepté de répondre aux questions », explique Me Gbougnon sans plus de détails. Gbagbo a rendez-vous le lendemain matin pour la poursuite de l’audition. Il ne se doute pas encore qu’il passe alors sa dernière nuit en Côte d’Ivoire.

(Le 29 novembre, Laurent Gbagbo est emmené à l'aéroport de Korhogo, où l'attend un Grumman de l'État ivoirien)

Mardi 29 novembre

La nasse

À 7 heures du matin, le tribunal d’instance est bouclé par les hommes du commandant Fofié Kouakou, à la tête de la Compagnie territoriale de Korhogo (CTK). Le personnel est mis en congé jusqu’au lendemain. Les avocats de Gbagbo se rendent au palais de justice pour la poursuite de l’audience. Accompagné de magistrats ivoiriens et des greffiers de la CPI arrivés d’Abidjan, le procureur de la République, Simplice Koffi Kouadio, entre alors en scène. Il notifie à Gbagbo son mandat d’arrêt à 13 h 35, avant de procéder à la vérification de son identité et de transmettre aussitôt le dossier à la chambre d’accusation, qui doit statuer sur l’extradition. Les avocats veulent s’y opposer en déposant un recours pour « arrestation, détention et transfèrement illégaux ». Refus catégorique. Après des discussions animées, Gbagbo met fin aux débats. Pour lui, c’est une décision politique et il ne sert à rien de la retarder. « Il était préparé psychologiquement. Depuis le mois de mai, il explique que Ouattara ne peut gouverner tant qu’il réside sur le territoire national, explique Me Gbougnon. Cette nouvelle épreuve n’est pas la fin de sa carrière politique. Il nous répète souvent que la prison est un chemin pour aller à la présidence. »

Vêtu d’un pantalon de couleur kaki et d’une chemise blanche, l’ex-président quitte alors le tribunal vers 18 heures au milieu d’un cortège de voitures aux vitres teintées escortées par les militaires ivoiriens et les Casques bleus. Direction : l’aéroport de Korhogo, où l’attend un Grumman de l’État de Côte d’Ivoire. Le site est entièrement quadrillé et impossible d’accès.  À 18 h 21, l’avion décolle pour un vol à destination d’Abid­jan. Durant une brève escale, le temps de faire le plein de carburant, certains prétendent avoir vu Gbagbo menotté au salon d’honneur de l’aéroport. Une version démentie par les autorités ivoiriennes, qui assurent l’avoir traité « avec dignité ». Accompagné des greffiers et du personnel de sécurité de la CPI, et des représentants de l’État ivoirien, il remonte à bord du même Grumman. Sa prochaine destination : La Haye, aux Pays-Bas.

Mercredi 30 novembre

Premières formalités

Arrivé un peu après 4 heures du matin à l’aéroport de Rotterdam, Gbagbo est ensuite conduit à bord d’un van gris métallisé, escorté par une voiture de la police néerlandaise, au centre de détention de Scheveningen, dans la banlieue de La Haye. Le nouveau pensionnaire y prend ses quartiers. Dans la matinée, il subit un examen médical, se voit signifier le règlement intérieur et se prête aux formalités administratives. Son avocat français, Me Emmanuel Altit, saute alors dans le premier avion pour Rotterdam. Lui aussi passe sa journée à la CPI afin de régler les détails liés à la procédure judiciaire et aux visites. « La comparution initiale de Laurent Gbagbo est programmée pour le lundi 5 décembre à 14 heures », annonce la CPI dans un communiqué.

Ce qui attend gbagbo

Laurent Gbagbo a rendez-vous, le 5 décembre à 14 heures, avec la présidente de la 3e chambre préliminaire de la Cour pénale internationale (CPI), Silvia Fernández de Gurmendi, et ses deux assesseurs pour l’audience publique de comparution initiale. Les juges vérifieront son identité, lui signifieront ses droits et s’assureront qu’il a été informé des crimes dont il est soupçonné. Ce préambule sera suivi d’une audience de confirmation des charges dans quelques semaines, voire quelques mois. D’ici là, le procureur Luis Moreno-Ocampo et son équipe réuniront les preuves de l’accusation. Les avocats de l’État ivoirien, les Français Jean-Pierre Mignard et Jean-Paul Benoit, se rendront à la CPI, le 8 décembre, pour étudier les modalités de leur collaboration. De son côté, Gbagbo préparera sa défense avec ses avocats, dont il devra rapidement communiquer la liste. Il pourra alors s’entretenir librement et confidentiellement avec ses défenseurs. À l’issue de l’audience de confirmation des charges, les juges auront soixante jours pour rendre leur décision : abandonner ou poursuivre. S’ils poursuivent, le procès ne devrait pas avoir lieu avant plusieurs mois.

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Côte d'Ivoire

Côte d'Ivoire : les Guignols de l'info

Côte d'Ivoire : les Guignols de l'info

Imitant les chefs d'État africains, les trublions ivoiriens de la quotidienne L'Afterwork sur Radio Nostalgie passent en revue l'actualité du continent. Rendez-vous le 15 septembre pour la troisiè[...]

Côte d'Ivoire : Amara Essy, le recours du PDCI pour la présidentielle ?

Plusieurs dirigeants du PDCI cherchent un candidat de consensus dans leurs rangs pour éviter une candidature unique avec le RDR à la présidentielle de 2015. Leur choix s'est porté sur Amara Essy.[...]

Côte d'Ivoire : le japonais Mitsubishi investit dans un champ pétrolier offshore

La maison de commerce japonaise Mitsubishi Corporation a racheté plus d'un tiers (20 % du total) des parts détenues par l'américain Anadarko dans le champ pétrolifère offshore CI-103 au large des[...]

Du changement chez Bolloré en Côte d'Ivoire

Abidjan Terminal, société détenue en commun par le groupe Bolloré Africa Logistics (BAL, 60 %) et Maersk (40 %), a changé de direction. Décryptage.[...]

Côte d'Ivoire : le parti de Gbagbo se "retire" de la commission électorale

Le parti de l'ex-président Laurent Gbagbo a décidé samedi de "se retirer" de la nouvelle commission électorale chargée d'organiser la présidentielle de 2015 en Côte[...]

Côte d'Ivoire : Ouattara sur les terres de son allié avant la présidentielle de 2015

Le président Alassane Ouattara entame dimanche une tournée dans le centre de la Côte d'Ivoire, une visite stratégique sur les terres de son principal allié à 13 mois de la[...]

Côte d'Ivoire : Thierry Tanoh nommé secrétaire général adjoint de la présidence

 Six mois après son départ du poste de directeur général du groupe bancaire panafricain Ecobank, l'Ivoirien Thierry Tanoh a été nommé le 12 septembre aux côtés de[...]

Youssouf Bakayoko : en 2010, "les membres de la CEI n'ont pas tiré sur les Ivoiriens"

Les principaux partis de l'opposition ivoirienne ont décidé le 9 septembre de suspendre leur participation aux travaux de la Commission électorale indépendante (CEI), dénonçant la[...]

Côte d'Ivoire : le procès de Laurent Gbagbo à la CPI confirmé de manière définitive

La Cour pénale internationale a confirmé jeudi de manière définitive qu'elle jugera l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo pour crimes contre l'humanité. La date d'ouverture du futur[...]

CAN 2015 : le Cameroun écrase la Côte d'Ivoire, l'Algérie s'impose sur le fil

Large victoire pour le Cameroun mercredi, à Yaoundé, contre la Côte d’Ivoire (4-1) lors des éliminatoires de la CAN 2015. De son côté, l'Algérie s'est imposé 1 à[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex