Extension Factory Builder
05/12/2011 à 10:45
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

L’année 2011 aura été son année, avec en point d’orgue le triomphe attendu des Frères musulmans aux élections égyptiennes. Il aura été partout, au cœur de tout, tirant les ficelles de Benghazi au Caire et de Sanaa à Damas, cet émir dont Kadhafi raillait la corpulence. À commencer justement par la Libye, où les ex-rebelles, mais aussi l’Otan, doivent beaucoup à sa force de frappe financière et où il fut, pour le clan du « Guide » égaré, le nerf de la chute. C’est lui qui est derrière le brusque raidissement de la Ligue arabe contre le régime syrien, lui qu’Assad le petit soupçonne d’alimenter son opposition armée, lui dont la chaîne de télévision la plus regardée au monde arabe a joué le rôle que l’on sait dans les soulèvements de la place Al-Tahrir, de l’avenue Bourguiba et de la rue Az-Zubayri, lui enfin qui héberge, tous frais payés dans les hôtels de luxe de sa capitale climatisée, toute une smala pittoresque de dirigeants du Hamas et de mollahs du Hezbollah, de chefs talibans et d’opposants soudanais, d’imams radicaux et de généraux américains, d’agents israéliens et d’émissaires iraniens. Le Qatar est le centre du monde arabe, et Hamad Ibn Khalifa Al Thani, 59 ans, est son Napoléon – le complexe avec.

Car jamais si petit État, dont la population pourrait à peine remplir un quartier du Caire, aura vu aussi grand. Richissime et malin, celui qui parvint au pouvoir il y a seize ans en écartant son propre père par une révolution de palais a perçu qu’il y avait, au tournant de la première décennie de ce siècle, une place à prendre dans la région : celle du leader. L’affaissement de l’Égypte, la frilosité des Saoudiens, le retrait des États-Unis d’Obama avaient créé un vide que son rêve de grandeur n’allait pas tarder à remplir.

Cet émir cathodique, dont Al-Jazira est le formidable outil d’influence, a aussi senti avant tout le monde que les islamistes allaient émerger comme la force dominante de cet univers refaçonné, à la fois plus démocratique, plus religieux et plus instable. Las d’être considéré comme un simple et inépuisable bailleur de fonds tout juste bon à empiler les buildings et les investissements, à l’étroit dans son micro-État coincé entre les deux puissants rivaux du Golfe – l’Arabie saoudite et l’Iran –, l’époux de la très glamour Cheikha Mozah a conclu de ce qui précède qu’il lui revenait d’enfiler un costume bien plus prestigieux : celui de grand médiateur entre l’Occident et le nouvel Orient.

On le dit certes philo-islamiste. À tort : il est pragmatique et dénué de toute idéologie. On pointe ses contradictions : comment peut-il s’ériger en défenseur du Printemps arabe, lui qui a soutenu l’intervention saoudienne chez ses voisins de Manama ? On ajoute enfin qu’il prône à l’extérieur une démocratie quasi inexistante chez lui. Mais sur ce point, l’émir a une réponse toute prête : ses 225 000 sujets, qui jouissent du revenu par tête et du taux de croissance les plus élevés de la planète, ne lui en ont jamais fait la demande. Et le plus extraordinaire, c’est qu’il n’a pas tort…

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

Ton divertissement, ma réalité

C'est une anecdote qu'on m'a racontée à Bruxelles la semaine dernière, qui n'est pas d'une importance planétaire, certes, mais que je tiens à partager avec vous car elle semble dire quelq[...]

Législatives tunisiennes : Nida Tounes remporte le scrutin avec 85 sièges à l'Assemblée

Les résultats officiels des législatives tunisiennes sont tombés dans la nuit de mardi à mercredi. Ils donnent Nida Tounes vainqueur du scrutin.[...]

Maroc : la femme du jihadiste arrêté à Casablanca veut récupérer la garde de ses deux filles

Nabil Rhaba, un Marocain résidant en France avait été interpellé le 15 octobre à l'aéroport Mohammed-V de Casablanca alors qu'il cherchait à embarquer pour Istanbul en compagnie[...]

Les législatives tunisiennes décryptées 3/3 : une élection de BCE au premier tour de la présidentielle ?

Pour conclure une série de trois entretiens, Karim Guellaty et Cyril Grislain Karray, spécialistes en communication politique, évoquent, à la suite de la victoire de Nida Tounes aux[...]

Tunisie : résultats attendus ce soir, Nida Tounes annoncé vainqueur

À quelques heures de la publication mercredi soir des résultats officiels des législatives tunisiennes, Nida Tounes a déjà fait état de sa victoire et Ennahdha a reconnu sa[...]

Mohamed Dayri : "La priorité doit être donnée à l'édification d'un État fort en Libye"

Le ministre des Affaires étrangères libyen, Mohamed Dayri, prône le dialogue avec les islamistes et les kadhafistes. Interview.[...]

Libye : l'ambassade du Niger assiégée, Niamey dénonce un "incident gravissime"

Des miliciens ont assiégé de lundi à mardi au petit matin l'ambassade du Niger en Libye. Un "incident" qualifié de "gravissime" par les autorités nigériennes.[...]

Les législatives tunisiennes décryptées 2/3 : bipolarisation sur fond de désenchantement démocratique

Karim Guellaty et Cyril Grislain Karray, spécialistes en communication politique, commentent pour "Jeune Afrique", dans un second entretien d'une série de trois, la bipolarisation du paysage politique,[...]

Questions simples sur l'Orient compliqué

La pensée unique a toujours accompagné la bataille, comme un poisson parasite sur le dos d'une baleine. Dans le contexte actuel de guerre ouverte entre l'Occident et l'hydre jihadiste, les interrogations - [...]

Les législatives tunisiennes décryptées 1/3 : victoire de Nida Tounes, vote sanction ou plébiscite ?

Karim Guellaty et Cyril Grislain Karray, spécialistes en communication politique, décryptent pour "Jeune Afrique", dans un premier entretien d'une série de trois, la victoire de Nida Tounes aux[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers