08/12/2011 à 14h:59 Par Georges Dougueli
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Des constructions 'anarchiques' détruites le 8 novembre 2011 dans une banlieue de Libreville. Des constructions "anarchiques" détruites le 8 novembre 2011 dans une banlieue de Libreville. © AFP

En matière d'urbanisme et d'habitat, l'État gabonais a décidé de faire table rase du passé. Repartir de zéro : une solution radicale qui prétend répondre à l'urgence de la crise du logement, notamment à Libreville.

Il n’y a pas un chat au ministère de l’Habitat. Fait inédit dans l’histoire gabonaise, depuis le 1er juin, du chef de bureau au directeur, tous les responsables de ce département ont été congédiés par décret présidentiel. Cinq mois après ce limogeage collectif, le personnel n’a toujours pas été remplacé. Au bout d’un dédale de couloirs sombres, un signe de vie : c’est le cabinet du ministre, Blaise Louembé, lequel a échappé au couperet présidentiel et expédie les affaires courantes. Il a pu conserver son directeur de cabinet et une demi-douzaine de collaborateurs, « qui, soupire-t-il, [lui] donnent un coup de main ». Rien à voir avec l’effervescence d’antan, où régnait la mafia du titre foncier trafiqué, des régies parallèles… Les baronnies ont fait fortune en tirant profit de l’extrême complexité de la procédure d’obtention du titre foncier (nécessitant plus de cent signatures !).

« Des terrains, vierges sur le papier, sont aujourd’hui occupés sur la base de titres provisoires signés par des cadres corrompus », relate le ministre. Bref, le décret présidentiel a tranché dans le vif et les enquêtes se poursuivent. La solution est radicale.

Tout urgente fût-elle, la situation nécessitait-elle d’aller aussi loin ? « On veut repenser les choses, simplifier les procédures », explique Blaise Louembé. Dans cette logique, l’administration va se doter d’un outil informatique destiné à rationaliser la gestion du patrimoine foncier. Les gens disposeront d’un délai de deux ans pour la mise en valeur des terrains attribués. Reste à mettre en place des mécanismes efficaces d’accès à la propriété, notamment sur la question du financement, un logement social coûtant en moyenne à l’achat quelque 30 millions de F CFA (environ 45 700 euros).

Bulldozers

L’urgence est là. Le Gabon a besoin de 200 000 logements, dont 160 000 rien que pour Libreville, qui accueille plus de 600 000 Gabonais, soit 40 % de la population du pays. Et comme 85 % de celle-ci vit en milieu urbain, la mise en œuvre d’une politique de la ville adaptée est indispensable. « Nous nous inscrivons dans une nouvelle optique d’urbanisme, qui rompt avec les installations désordonnées pour laisser la place à des espaces planifiés, aménagés, organisés et valorisés », explique le président gabonais, Ali Bongo Ondimba.

Premier défi : parvenir à faire sortir de terre 5 000 habitations par an. Pour atteindre cet objectif, jamais le ministère fantôme n’aura été aussi présent sur le terrain. Plusieurs programmes de logements sont menés dans la capitale, notamment la construction de 150 maisons sur 150 ha à la Mondah. Les bulldozers sont également passés à l’action ces derniers jours dans les quartiers Mveng Ayong, Glass, Lalala, Nomba… Les îlots construits en dehors du cadre prévu par le plan d’aménagement urbain sont purement et simplement rasés. « C’est pour cette raison que des zones de relogement sont préparées sur les sites d’Angondjé et d’Avorbam, au nord de la capitale, et de Bikélé, à 15 km à l’est. Il faut décongestionner Libreville, encourager les gens à s’installer dans la périphérie et réorganiser la ville intra-muros », indique le ministre de l’Habitat. Suivant les grandes lignes du plan directeur, le gouvernement prévoit le développement de la capitale en direction de Ntoum, à 40 km à l’est.

200 000 logements de plus sont nécessaires, dont 160 000 dans la capitale.

Élaboré conformément aux conclusions d’une étude réalisée par le cabinet américain Bechtel, le projet de villes nouvelles est en pleine réalisation. Ses concepteurs l’ont imaginé comme un contre-exemple des cités-dortoirs construites dans les années 1970 dans la zone des Charbonnages, de la Cité Mébiame et de Nzeng-Ayong, et à l’inverse aussi des « PK », ces quartiers spontanés de l’Est librevillois qui se sont développés dans les années 1980 en accueillant les populations venues de la campagne. La ville gabonaise du futur ne sera pas verticale et faite de tours mais donnera la priorité à un espace urbain étendu, fluide et aménagé selon les habitudes de ses usagers. Il prendra en compte les notions de loisir, de confort, de plaisir et de mixité sociale. « La femme de ménage devrait habiter dans le même quartier que son employeur », pense-t-on.

Autonomie

Mixité fonctionnelle aussi, puisque Angondjé comme Bikélé devront être des cités autonomes, dotées de services publics (hôpitaux, écoles, police, poste…) et d’équipements structurants (stations d’épuration, stades, etc.). Il est même prévu un système de collecte des eaux usées qui permettra de diriger les effluents vers les stations de traitement par « effet de succion ». Objectif : faire en sorte que les habitants aient accès à tout ce dont ils ont besoin à proximité, sans avoir à se rendre dans le centre. L’entreprise chinoise qui a remporté le marché de la construction de Bikélé envisage même d’y aménager un parc animalier.

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