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05/12/2011 à 17:05
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L'Antonov à bord duquel se trouvait le prisonnier a été assailli par la foule à Zintan. L'Antonov à bord duquel se trouvait le prisonnier a été assailli par la foule à Zintan. © Sipa

L’arrestation de Seif el-Islam Kadhafi - cueilli à une cinquantaine kilomètres à l'ouest d'Obari, dans la nuit du 18 au 19 novembre, après avoir été trahi par un Touareg - ouvre la voie au procès de quarante-deux ans de dictature. Une perspective qui n’est pas pour rassurer tous ceux – Occidentaux, Arabes et Africains – qui en ont été les complices et les bénéficiaires.  

Dans la nuit du 22 au 23 août, alors que Tripoli tombe, quartier par quartier, entre les mains des rebelles libyens, on annonce la capture de Seif el-Islam Kadhafi. Voire sa mort. Mais voilà qu’il apparaît devant les correspondants de presse rassemblés à l’hôtel Rixos, dans la banlieue de la capitale. Tee-shirt kaki, barbe touffue, il pose devant les caméras. Large sourire aux lèvres, il fait le signe de la victoire : « Je suis là pour démentir les mensonges. Kadhafi et toute la famille sont à Tripoli. » Trois mois plus tard, Kadhafi Jr ressurgit, drapé dans l’habit flottant des Touaregs, un turban autour de la tête (voir photo ci-dessous. Crédit : Sipa), mais le regard fixe derrière ses fameuses lunettes sans cadre. Seif el-Islam, 39 ans, est prisonnier, mais il fait le fier à bord du vieil Antonov qui le conduit à Zintan, le 19 novembre. La nuit précédente, le piège des combattants de cette ville du Djebel Nefoussa s’était refermé sur lui.

C’est son guide, un Touareg, qui l’aurait trahi, informant les rebelles de la présence de « l’ingénieur » et de son intention de fuir vers le Niger. Un guet-apens lui est tendu à quelques dizaines de kilomètres à l’ouest d’Obari, une oasis à équidistance de l’Algérie et du Niger, dans le Sud-Ouest libyen. Tirs de sommation, vaine tentative de fuite, la capture des occupants des deux 4x4 est presque un jeu d’enfant. « Zayf el-Ahlam » (« l’illusion des rêves »), le surnom que lui ont donné les révolutionnaires, tombe de haut. Cueilli après une course de quelques mètres, il tente de ruser : « Je m’appelle Abdessalem, je garde des chameaux. » A-t-il peur ? A-t-il vu les images du lynchage de son père ? En tout cas, il demande qu’on lui « colle une balle dans la tête ». Les rebelles lui refusent cette « faveur ». « Nous sommes les rats de Zintan, lui répondent-ils, et nous sommes venus te chercher. » Le lendemain, sur la piste d’atterrissage de Zintan, il demande qu’on fasse place nette avant sa descente du vieil Antonov. La foule cogne aux hublots et le menace, mais Jouili veut montrer qu’il tient ses hommes. Seif ne connaîtra pas le même sort que son père.

Réformateur

Aîné des fils de Mouammar et de sa deuxième épouse, Safia Farkash, « le glaive de l’islam » est né dans la clinique de Bab el-Aziziya en 1972, trois ans après la révolution. Rapidement, il s’impose comme le protégé de Mouammar. Exit Mohamed, fils d’un premier mariage, Seif et sa sœur, Aïcha, grandissent dans l’ombre du « Guide », qui les choie. De toute la fratrie, il est le plus politisé. Sans fonction gouvernementale officielle, l’aîné du clan fait tout comme son père, adoptant même son ton grandiloquent lors de la présentation de ses tableaux dans les grandes capitales occidentales. Car il est aussi peintre.

En 1997, il prend les rênes de la Fondation Kadhafi pour le développement et la bienfaisance. Ce sera le cheval de Troie de son ambition réformiste. Son credo : « Min Libya ath-Thawhra Ila Libya ad-Dawla » (« la Libye, de la révolution à l’État »). Kadhafi père laisse faire son chouchou, même quand il veut parfois aller trop vite dans son projet de modernisation à marche forcée – baptisé Libya Al-Ghad (« la Libye de demain ») – d’un pays potentiellement riche mais archaïque. Un proche résume la division du travail entre père et fils : « L’État, c’est Mouammar, la société civile, c’est Seif. » La nomination de Chokri Ghanem, qui fut son tuteur à Vienne, à la tête de la National Oil Company (NOC), c’est lui. Celle de Mahmoud Jibril au ministère de la Planification, c’est encore lui. Au départ, Libya Al-Ghad ne compte pas beaucoup de soutiens parmi la clique qui entoure Kadhafi. Mais son influence s’étend, sous la tutelle d’un homme : Abdallah Senoussi.

Négociateur

Depuis son rôle mystérieux dans la libération des otages de Jolo, en 2000, Seif intrigue. En réalité, c’est Rajab Azzarouk, ancien ambassadeur aux Philippines, qui a discrètement négocié avec les rebelles d’Abou Sayyaf. Ils recevront des millions de dollars de la Fondation Kadhafi. Seif jure pourtant qu’aucune rançon n’a été versée. Le monde découvre un jeune play-boy doué et souriant. Grande et belle gueule, il est le visage humain de Kadhafi et devient l’ambassadeur du retour de Tripoli sur la scène internationale, après des décennies de bannissement. Un rôle de négociateur dur en affaires, perfectionné au fil de ses études en Europe. À Vienne d’abord, il prépare un MBA dans une petite université privée. Il est amateur de félins, pas seulement les créatures de la nuit qu’il accroche à son tableau de chasse, à Vienne, à Londres ou à Saint-Tropez. Mais Paris refuse le visa d’entrée à ses deux tigres ; il n’ira pas à la Sorbonne comme sa sœur Aïcha.

Partout, Seif a des amis, surtout depuis qu’il a intégré la London School of Economics. Il y soutient une thèse de doctorat (sur le rôle de la société civile dans la démocratisation des institutions de la gouvernance globale) et donnera même 1,5 million de livres à la prestigieuse école londonienne. En 2007, Seif lance un appel pour une Constitution démocratique. Rapidement, un comité de juristes libyens et étrangers planche sur un texte… qui ne verra jamais le jour. Libya Al-Ghad se décline aussi dans les médias : deux journaux et une télévision locale deviennent le lieu de ralliement des libéraux. Porte-parole officiel du régime, accrédité par les services de renseignement de Senoussi, il négocie même avec les islamistes. Confronté à eux depuis les années 1990, Tripoli avait jusque-là privilégié la manière forte : torture, assassinats, détentions arbitraires. Seif prend langue avec Ali Sallabi, un théologien influent, et obtient l’autocritique des islamistes les plus radicaux. Une renonciation publique à la violence qui aboutit, en 2009, à la libération des djihadistes, dont Abdelhakim Belhaj.

Tirant parti de ses longs séjours en Europe, le fils du paria international fréquente la bonne société britannique. Sa maison de Hampstead Garden est très courue, et des amis prestigieux affluent : les politologues Benjamin Barber et Anthony Giddens travaillent pour lui. Seif a pour compagnons le prince Andrew, Nathaniel de Rothschild, Peter Mandelson, ministre de Tony Blair avec qui il met les dernières touches, en 2009, à l’accord de libération « pour raisons humanitaires » d’Abdelbasset el-Megrahi – condamné à perpétuité en Écosse pour l’attentat contre un avion de la Pan Am en 1988 à Lockerbie. Il est aussi à la manœuvre sur l’autre dossier qui empoisonne les relations entre Tripoli et l’Occident : l’attentat contre un DC-10 d’UTA en 1989. Le retour de Megrahi est un triomphe. Sur la passerelle de l’avion qui le rapatrie, Seif est tout sourire. Gilet traditionnel blanc, bonnet de laine, il signe un coup de com’ au moment où ses détracteurs soulignent l’ascension de son frère Moatassim, directeur de la sécurité nationale, appuyé par les faucons du régime.

Fidélité

Son procès, que les Libyens veulent organiser sur leur sol, ne sera pas une simple formalité. Seif devra s’expliquer sur son rôle dans la répression du soulèvement populaire de Benghazi. Luis Moreno-Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale (CPI), qui a émis des mandats d’arrêt contre Mouammar Kadhafi, son fils et Abdallah Senoussi, est convaincu que les trois hommes ont planifié l’étouffement de la contestation à Benghazi : « Seif el-Islam Kadhafi et Abdallah Senoussi ont supervisé personnellement le recrutement, le transport et la logistique des mercenaires. » Seif n’a donc pas basculé lors de cette fameuse allocution télévisée du 20 février, où il promettait « des rivières de sang » et mettait en garde contre la division de la Libye. « Nous ne perdrons pas la Libye », tonne-t-il, l’index menaçant. Improvisant pendant une bonne partie des trente-huit minutes du discours, Seif montre un visage terrifiant. Celui, implacable, de son père. Encore aujourd’hui, de nombreux Libyens disent leur stupeur, quand ils entendent le réformateur promettre de « résister jusqu’au dernier homme, jusqu’à la dernière balle ». Car ce que Seif dit, Seif le fait. 

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