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02/12/2011 à 11:55
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L'italien Mario Monti (à gauche) et le grec Lucas Papandemos (à droite). L'italien Mario Monti (à gauche) et le grec Lucas Papandemos (à droite). © AFP/Reuters

Victimes des marchés, Papandréou et Berlusconi ont passé la main en Grèce et en Italie. Monti et Papademos l’ont reprise. Et ça risque de faire très mal !

En s’effondrant inexorablement depuis deux semaines, les marchés ont fini par avoir la peau des chefs de gouvernement grec et italien, incapables de faire face à la crise de la dette, et imposé leur remplacement par des experts de l’économie.

Exit le sévère socialiste Georges Papandréou, remplacé par Lucas Papademos, ancien vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), dont le Parlement grec a adoubé le gouvernement de coalition le 16 novembre. Exit Silvio Berlusconi, le patron de la droite italienne et d’une constellation d’entreprises – par ailleurs grand amateur de « parties fines » –, remplacé le même jour par Mario Monti, un ancien commissaire européen à la Concurrence, qui prend la tête d’un gouvernement de techniciens. Au menu de l’un et de l’autre, un seul plat : la rigueur, la rigueur, la rigueur. C’est le seul moyen de retrouver la confiance perdue.

Tous deux semblent taillés pour la tâche. Ils ont à peu près le même âge (68 ans pour Monti, 64 ans pour Papademos), connaissent sur le bout des doigts les arcanes économiques européens, sont rigoureux, libéraux et peu politiques.

En prenant les rênes du pouvoir, ils ont tenu à peu près le même discours. Monti, qui s’est aussi adjugé le ministère de l’Économie, a reconnu que les Italiens devaient s’attendre « non à du sang ou à des larmes, mais à des sacrifices, peut-être ». Un plan d’économies de 30 milliards d’euros serait à l’étude. Quant à Papademos, il a appelé ses compatriotes à « poursuivre l’effort » qui leur est imposé depuis un an et demi et annoncé « un nouveau programme d’ajustement budgétaire ».

Raide comme un allemand

La ressemblance entre les deux hommes s’arrête là. À Bruxelles, de 1994 à 2004, l’Italien a fait montre d’une raideur toute germanique quand il s’est agi de contrer au nom de la libre concurrence les monopoles, fussent-ils General Electric ou Microsoft, et avec un tel entêtement, notamment contre Schneider Electric, que la Cour de justice européenne fut contrainte de censurer plusieurs de ses décisions. À l’inverse, le Grec est généralement décrit comme un universitaire social-libéral, proche de son prédécesseur socialiste, adepte du consensus et peu enclin à trancher dans le vif.

Les défis auxquels l’un et l’autre sont confrontés ne sont de toute façon pas comparables. Même si sa dette est tout bonnement colossale (1 900 milliards d’euros), l’Italie semble quand même mieux lotie que la Grèce, dont la dette n’excède pas 370 milliards. « Too big to fail », disent les Anglo-Saxons. L’Italie est trop grosse pour que l’Europe la laisse tomber, alors que, depuis quinze jours, de nombreuses voix suggèrent que la zone euro pourrait fort bien se passer du boulet grec. Le problème est que la taille de la troisième économie de la zone est telle qu’aucune institution multilatérale de sauvetage n’y résisterait. Et c’est justement cette menace qui affole les marchés, par ailleurs déjà résignés à l’idée d’un défaut partiel de la Grèce.

Vents contraires

L’un et l’autre vont affronter des vents politiques contraires. Monti a, en apparence, les coudées plus franches puisque aucun parti italien n’a accepté d’entrer dans son gouvernement de techniciens, préférant que celui-ci subisse seul les foudres d’un électorat exaspéré par la rigueur annoncée. Mais déjà la Ligue du Nord (droite) et le centre gauche appellent à des élections législatives anticipées, sans attendre le terme de la législature, au printemps 2013.

Quant à Papademos, il se trouve confronté à sa première crise, le parti conservateur d’Antonis Samaras refusant de s’engager par écrit à respecter le plan de sauvetage du 27 octobre et les sacrifices qu’il implique. Faute de cette garantie, l’Union européenne, la BCE et le FMI ne débloqueront pas la nouvelle tranche d’aide de 8 milliards d’euros. Or, à la mi-décembre, la Grèce n’aura plus d’argent en caisse. Le suspense continue.

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