Extension Factory Builder
23/11/2011 à 09:52
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
L'hôtel de l'Amitié à Bamako. L'hôtel de l'Amitié à Bamako. © D.R

Environ 35 milliards de dollars. C’est le montant estimé des investissements réalisés sous Kadhafi sur le continent. Autant d’actifs qui devraient être soldés, à terme, pour financer l’économie libyenne. État des lieux.

« La Libye est un pays riche habité par des gens pauvres ! » s’exclamait le 11 octobre Ali Tarhouni, chargé des questions financières et pétrolières au sein du Conseil national de transition (CNT). Après leurs premières investigations, les nouvelles autorités estimaient à cette date la valeur des avoirs étatiques libyens autour de 140 milliards de dollars (environ 100 milliards d’euros), investis dans le capital de sociétés, dans des obligations, ou disponibles sur des comptes bancaires dans le monde entier… Sur cette somme pharaonique, 65 milliards de dollars d’actifs étaient gérés par la Libyan Investment Authority (LIA), le fonds souverain lancé en 2006 par le défunt régime pour investir dans l’économie mondiale après la levée des sanctions à son encontre.

D’après le CNT, le Libyan African Investment Portfolio (LAP), filiale de la LIA destinée à l’Afrique, pesait mi-octobre 5 milliards de dollars, répartis entre le portefeuille de son fonds Laico (Libyan African Investment Company), la compagnie aérienne Afriqiyah Airways et le groupe pétrolier Libya Oil Holding. Mais le « gâteau africain » des Libyens pourrait être plus gros : Guma el-Gamaty, porte-parole du CNT à Londres, évoque des avoirs africains – financés en dehors du canal de la LIA – dans l’hôtellerie, l’agriculture et l’industrie… d’une valeur de 35 milliards de dollars. Ce chiffre est sans doute exagéré, mais il montre l’ampleur du travail qui reste à faire pour y voir clair.

Si les avoirs étatiques libyens ne sont pas encore tous identifiés, notamment en Afrique, un consensus se dessine peu à peu au sein du CNT sur leur gestion : il s’agit, dans un premier temps, d’éviter la désorganisation et de gérer au mieux les investissements, puis, à moyen terme, une fois un pouvoir démocratiquement élu, de rapatrier la majorité des fonds placés à l’étranger pour doper l’économie nationale et la rendre moins dépendante du pétrole.

Carte : les principaux investissements libyens en Afrique (source : The Africa Report)

Cliquez sur la carte pour l'aggrandir

Pour suivre cette stratégie, le CNT a placé ses hommes aux commandes. Le financier Rafik el-Nayed, proche d’Ali Tarhouni, a ainsi été nommé directeur général de la LIA en septembre. Le technocrate Mahmoud Badi a quant à lui été désigné pour superviser spécifiquement les avoirs placés à l’étranger. Les nouvelles autorités ont opté pour la méthode douce : elles se sont gardées de limoger les anciens cadres de la LIA qui n’avaient pas démissionné, pour éviter une désorganisation complète et une fuite de capitaux. Un phénomène qu’avait connu l’Irak dans l’immédiat après-guerre.

Montages complexes

Si le désengagement paraît simple en Europe, avec une revente progressive d’une partie des actions ou obligations détenues quand elles seront dégelées, il en va autrement au sud du Sahara, où désinvestir devrait s’avérer particulièrement ardu. Les avoirs libyens y sont essentiellement des parts de firmes non cotées, souvent en coentreprise avec un État ou une société publique, avec des montages financiers complexes. Sous Kadhafi, certains investissements ont été réalisés par Laico (dont la création remonte aux années 1970), quelques-uns ont été financés directement par son holding LAP (créé en 2006), d’autres par des partenariats entre plusieurs sociétés libyennes, elles-mêmes filiales de Laico, LAP ou LIA (Libya Oil Holding, Libyan Foreign Bank… lire p. 89).

Pour Tripoli, il sera difficile de se désengager d’Afrique subsaharienne sans y laisser des plumes. Les négociations avec ses partenaires devraient s’avérer difficiles, mais une sortie en douceur sur une très longue période – dix ans ? – pourrait préserver au mieux les intérêts de la Libye comme ceux des pays africains concernés. Compte tenu des besoins financiers au sortir de la guerre, pas sûr que les Libyens soient si patients.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Libye

Méditerranée : ce que l'on sait des circonstances du naufrage qui a fait plus de 800 morts

Méditerranée : ce que l'on sait des circonstances du naufrage qui a fait plus de 800 morts

Le parquet de Catane, en Italie, qui s'est vu confier l'enquête préliminaire sur le naufrage d'un bateau de migrants qui a fait plus de 800 morts en Méditerranée, a livré ses premières conc[...]

Méditerranée : le bilan du naufrage de dimanche s'élève à 800 morts, l'Europe se réunit jeudi

L'Union européenne doit tenir jeudi un sommet extraordinaire dans le but de mettre un place un plan d'action pour répondre au drame des migrants en Méditerranée.[...]

Dans une vidéo, l'EI assassine 28 hommes présentés comme des chrétiens éthiopiens

Le groupe terroriste État islamique (EI) a diffusé dimanche une nouvelle vidéo de propagande de 29 minutes se terminant par l'exécution d'au moins 28 hommes, présentés comme des[...]

L'Europe et l'Afrique face aux drames de l'immigration en Méditerranée

Après le naufrage d'un bateau de migrants en Méditerranée dans la nuit de samedi à dimanche qui aurait fait près de 700 morts, l'Union européenne envisage prochainement un sommet[...]

Naufrage de migrants en Méditerranée : hécatombe de 700 morts redoutée

Le naufrage d'un chalutier chargé de migrants au large de la Libye dans la nuit de samedi à dimanche fait redouter une véritable "hécatombe" en Méditerranée avec quelque 700[...]

Libye : une vidéo de l'EI montre des exécutions d'une trentaine de chrétiens éthiopiens

Le groupe Etat islamique (EI) a publié dimanche une vidéo montrant l'exécution d'une trentaine d'hommes, présentés comme des chrétiens éthiopiens, par des jihadistes en Libye.[...]

Jusqu'à 700 morts redoutés après le naufrage d'un bateau de migrants en Méditerranée

Le naufrage d'un chalutier chargé de migrants au large des côtes libyennes pourrait avoir fait jusqu'à 700 morts, a annoncé dimanche le Haut-commissariat aux Nations unies pour les[...]

Libye : au moins 21 morts dans des combats près de Tripoli

Au moins 21 personnes ont été tuées dans des combats près de Tripoli vendredi, ont indiqué des sources militaires, tandis que les délégations des deux parlements rivaux libyens[...]

Immigration clandestine : Obama et Renzi insistent sur une solution en Libye

La crise tragique de l'immigration clandestine en Méditerranée ne pourra être résolue sans stabilisation de la situation en Libye, ont martelé jeudi Matteo Renzi et Barack Obama, soulignant que[...]

Libye : des raids près de Tripoli en dépit des négociations pour un cessez-le-feu

Le cessez-le-feu n'est pas encore d'actualité en Libye. Mercredi, l'aviation du gouvernement reconnu par la communauté internationale a bombardé un camp militaire contrôlé par la coalition Fajr[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2653p088-089.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2653p088-089.xml0 from 172.16.0.100