Extension Factory Builder
17/11/2011 à 06:40
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Anthropologue des religions, traducteur du Coran chez Fayard

Dans la récente affaire de Charlie Hebdo, on est souvent tombés de Charybde en Scylla. En effet, quand un hebdomadaire satirique consacre un dossier au Prophète au nom de la liberté d’expression, ce pilier régalien de la République, il considère que l’islam a la même maturité que le catholicisme ou le judaïsme, le même degré de sécularisation et la même teneur sociologique. Erreur ! L’islam en France en est encore aux balbutiements. Il y a certes des musulmans instruits, qui ont voyagé, qui arrivent à se détacher de la foi elle-même et, plus encore, du dogme. Mais il y en a d’autres, la majorité, qui estiment que le blasphème est une injure aux croyants et un mauvais coup porté à l’islam lui-même, puisque le Prophète a partie liée avec le Coran et avec Allah. Cette trilogie Allah-Coran-Prophète est indissociable. L’islam en France, et notamment celui des banlieues, échappe à peine à l’emprise des prédicateurs salafistes et djihadistes, qui l’ont pris en charge et instrumentalisé durant deux décennies. D’un côté, les tourbillons de la provocation, c’est Charybde ; de l’autre, la violence, c’est Scylla.

Au moment où j’écris, nous ne savons pas encore quelles mains criminelles ont jeté des cocktails Molotov dans les locaux du journal. Il faut donc se méfier des manipulations et des surenchères. Mais ce que nous savons d’ores et déjà, c’est la manière dont le venin de la division est inoculé et à quelles doses. Alors que les musulmans français étaient sur le point de réussir leur mutation, à travers notamment leur intégration économique, des oiseaux de mauvais augure sont venus, tard dans la nuit, leur rappeler leurs pratiques exogènes qui ne cadrent pas avec le moule dans lequel ils sont censés se fondre.

À l’inverse, on peut dire que l’illusion de la « pureté » de l’un a entraîné mécaniquement une souillure et une « impureté » de l’autre, deux monstres sacrés du religieux qui se combattent sans cesse et plus que jamais dans les confrontations homériques du périurbain. De fait, alors qu’on pensait que tout allait pour le mieux dans le pays des droits de l’homme, voilà que l’irruption du religieux dans la sphère publique est devenue visible et prégnante. L’erreur de tout cela est d’avoir volontairement amalgamé la pluralité des musulmans dans une seule et même identité religieuse, en faisant fi de leurs singularités étonnantes. Or, on le sait maintenant, il n’y a pas un musulman qui soit identique à un autre.

Certains musulmans ont fait la part des choses, et les caricatures les laissent de marbre ; d’autres sont mal à l’aise avec ces remises en question, qu’ils jugent brutales. Depuis dix ans, nous ressemblons à Sisyphe, ce roi grec de Corinthe qui, dans les Enfers, fut condamné à pousser sur une pente une grosse pierre qui retombe toujours avant d’atteindre le sommet et qu’il est obligé de faire rouler de nouveau sans jamais s’arrêter. De fait, on a beau expliquer quels sont les points de fracture de l’islam et ses points névralgiques, il y a encore des citoyens de ce pays qui voient en cette religion une négation de la laïcité, un dévoiement de la République et presque un kyste qu’il faut soigner. Sisyphe, que de chemin à parcourir encore avant d’atteindre le sommet de la montagne !

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

Brésil : Rousseff dans le piège Petrobras

Brésil : Rousseff dans le piège Petrobras

À six mois de la présidentielle, la sortante est engluée dans une sombre histoire de rachat d'une raffinerie au Texas en 2006. Elle est en baisse dans les sondages mais devrait quand même ê[...]

Chine : bébés en boîte

En Chine, où n'existent ni protection sociale ni accouchement sous X, des structures d'accueil pour enfants abandonnés - et souvent handicapés - sont mises en place.[...]

Une histoire du génocide rwandais (#4) : les écoutes bidons et le mythe de la guerre éclair du FPR

Dans ce quatrième billet consacré au déclenchement du génocide des Tutsis de 1994, Laurent Touchard* poursuit l'analyse des éléments brandis par les ex-partisans des Forces armées[...]

Mali : le Mujao annonce la mort de l'otage français Gilberto Rodrigues Leal

Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) a annoncé mardi la mort du Français Gilberto Rodrigues Leal, enlevé en novembre 2012 dans l'ouest du Mali. [...]

Inde : qui brisera la vague safran ?

Personne, sans doute. Face à un parti du Congrès à bout de souffle, les nationalistes hindous du BJP, qui ont choisi cette couleur pour emblème, ont toutes les chances de remporter les[...]

Le propos raciste qui fait du bien

Peut-on utiliser les clichés pour mieux les dynamiter ? Des étudiants français répètent les saillies caractéristiques du racisme ordinaire pour en souligner[...]

Justice : après Simbikangwa, qui ?

Patrick Baudouin est président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH).[...]

Birmanie: Win Tin, figure de la lutte pour la démocratie, est décédé

Win Tin, emprisonné pendant 19 ans pour son combat contre l'ancienne junte birmane, est décédé lundi à l'âge de 84 ans, a indiqué la Ligue nationale pour la démocratie[...]

Les quatre journalistes otages en Syrie sont de retour en France

Libérés le 19 avril, les quatre journalistes qui avaient été faits otages en Syrie dix mois auparavant ont regagné la France dimanche. Ils ont décrit des conditions de détention[...]

France : François Hollande accueille les quatre journalistes libérés en Syrie

Les quatre journalistes français libérés samedi après dix mois d'une éprouvante captivité en Syrie aux mains d'un groupe jihadiste lié à Al-Qaïda, sont arrivés en[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces