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16/11/2011 à 13:49
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Paul Biya, le jour du vote à Yaoundé, le 9 octobre 2011. Paul Biya, le jour du vote à Yaoundé, le 9 octobre 2011. © AFP

Il n’y avait pas de suspense, il n’y a pas eu de surprise. La communauté internationale a eu beau dénoncer des irrégularités, le président sortant Paul Biya a été confortablement réélu, le 9 octobre, à la tête du Cameroun. Déjà divisée, l’opposition est désormais laminée.

C’est presque un raz-de-marée. À l’issue de la présidentielle du 9 octobre, Paul Biya, 78 ans, a été confortablement réélu pour un sixième mandat à la tête du Cameroun, avec 77,9 % des suffrages. Le scénario était bien huilé. Il a fonctionné sans accroc.

La prime au sortant n’aura pas été le moindre de ses avantages. Jusqu’au 30 août dernier, il était seul à savoir quand se tiendrait l’élection qu’il a officiellement fixée au 9 octobre ce jour-là, dans le secret de son cabinet. Dans ces conditions, il lui était facile d’avoir deux ou trois coups d’avance sur ses adversaires. De la même manière, c’est sans consulter les partis d’opposition qu’il avait décidé de l’étendue des prérogatives d’Elections Cameroon (Elecam), chargé d’organiser le scrutin, et nommé ses membres.

A-t-il profité des nombreux dysfonctionnements de cet organe, comme le prétendent ses adversaires ? C’est ce que laisse croire un communiqué de Robert P. Jackson, l’ambassadeur des États-Unis au Cameroun, qui a dénoncé avec une virulence inhabituelle des « irrégularités à tous les niveaux ». La France, qui avait d’abord estimé que le scrutin s’était déroulé dans des conditions acceptables, a finalement fait marche arrière en reconnaissant elle aussi des irrégularités.

Une campagne de chef d'État

Le suspense, pourtant, était quasi nul. Effectuée en trois étapes (à Maroua, Douala et Kribi), la campagne du candidat du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) a été menée avec les moyens dévolus au chef de l’État, services de sécurité et hélicoptères de la flotte présidentielle inclus. La compagnie aérienne nationale, Camair-Co, lui a même loué l’unique avion destiné aux lignes intérieures sans tenir compte de l’agenda des autres candidats, obligés de faire le pied de grue dans les aéroports. Ses équipes ont fait poser des affiches – d’un format supérieur aux recommandations d’Elecam – sur la quasi-totalité des espaces publicitaires disponibles… Jamais la figure du candidat ne s’était autant confondue avec celle du président. Ajoutons à cela le fait que, dans l’inconscient collectif, la longévité du « règne » de Paul Biya exerce un magistère et une fascination étonnants. « Beaucoup d’entre nous le considèrent à la fois comme un métronome et un repère politique temporel », explique un universitaire.

Sans surprise non plus, la réélection de Biya a été orchestrée par le RDPC. Le congrès du parti, qui s’est tenu les 15 et 16 septembre dernier, a montré toute la complexité de la machine à gagner du président-candidat : les grands commis de l’État y côtoyaient l’élite des affaires, les patrons camerounais des filiales de grands groupes étrangers y siégeaient avec des lamidos enturbannés, les héritiers des grandes familles fortunées s’affichaient avec des généraux et officiers supérieurs de l’armée en tenue d’apparat… Un immense réservoir d’énergies au service du champion : à chaque élection, il lui garantit une implantation sur l’ensemble du territoire, ainsi qu’un concours financier et logistique considérable. Et si l’argent n’est pas un problème, les dépenses de campagne sont un secret bien gardé. À en croire certaines indiscrétions, le parti aurait versé plus de 3 milliards de F CFA (4,6 millions d’euros) à une agence de communication parisienne et affecté une quinzaine de milliards de F CFA à l’achat de gadgets de campagne.

Pressés de donner des gages de fidélité et de remporter des victoires dans leurs « fiefs » respectifs, les cadres du RDPC sont souvent prêts à tout. Comme pris d’amnésie collective, certains oublient que nombreux sont les membres du parti aujourd’hui emprisonnés. Dans cette assemblée impitoyable, on a banni les « camarades » tombés pour avoir confondu caisses publiques et cassette personnelle.

Édith Kah Walla, sixième avec 0,72 %, très présente sur les réseaux sociaux, n’a finalement pas eu plus de consistance qu’une bulle médiatique.

Socle branlant

Dans l’opposition, l’argent a cruellement manqué. Les budgets étaient maigres et les financements publics (40 000 euros) insuffisants. Ce qui explique les échecs successifs, mais en partie seulement. Les erreurs des opposants comptent aussi beaucoup dans la victoire du président sortant. Ils ont cette fois encore considéré à tort le scrutin présidentiel comme un référendum pour ou contre Biya. Les résultats les ont détrompés : le patron du Social Democratic Front (SDF), John Fru Ndi, est arrivé deuxième avec 10,71 % des voix et trône désormais sur un socle branlant. Il a perdu sa capacité à mobiliser l’électorat populaire en faveur du « changement », son thème de campagne maintes fois recyclé. Adamou Ndam Njoya, quatrième avec 1,53 % des suffrages, voit s’effilocher son emprise sur sa base ethnorégionale du Noun, sur laquelle comptait son parti, l’Union démocratique du Cameroun (UDC). Cinglant camouflet aussi pour Jean-Jacques Ekindi, du Mouvement progressiste, neuvième avec 0,46 % des voix. Polytechnicien au style amphigourique, il n’a jamais su parler qu’aux populations urbaines, oubliant les ruraux, pourtant plus nombreux à voter. Même la jeune Édith Kah Walla, sixième avec 0,72 %, très présente sur les réseaux sociaux, n’a finalement pas eu plus de consistance qu’une bulle médiatique.

Impardonnables

Entre tauliers de l’opposition, on se déteste cordialement. Ndam Njoya n’a toujours pas pardonné à Fru Ndi d’avoir maintenu sa candidature après avoir rejeté le verdict qui le désignait lui, Njoya, comme candidat unique de l’opposition en 2004. Garga Haman Adji (troisième avec 3,21 %) a beau être le seul ministre à avoir claqué la porte du gouvernement par conviction, il n’a jamais trouvé grâce aux yeux des ténors qui le suspectent, non sans mauvaise foi, de rouler pour le pouvoir – même s’il est vrai que ce natif de Maroua caresse le rêve de ravir aux anglophones le poste de Premier ministre…

Les vétérans de l’opposition sont d’autant plus impardonnables qu’ils savaient ce qui les attendait. Rivalités et replis ethniques ont empêché l’émergence d’une coalition. Or, aucune formation politique n’avait les moyens humains, financiers et logistiques de se déployer sur l’étendue du territoire, ni d’être représentée dans les 24 000 bureaux de vote et de surveiller la régularité du scrutin. « Ils étaient quasiment absents des zones rurales du Grand Nord. Mauvais calcul, ils ont tout misé sur les grandes villes où l’abstention était malheureusement très importante », déplore Guibaï Gatama, directeur de l’hebdomadaire régional L’Œil du Sahel. Pourtant, les trois régions du Grand Nord constituent le tiers de l’ensemble des électeurs. Mais plutôt que de faire appel aux technocrates et autres professionnels des luttes électorales, ils ont préféré s’entourer de membres de leurs familles et multiplié les erreurs. Mal préparés, ils ont perdu la bataille de la crédibilité et ouvert un boulevard au président sortant. Pour la quatrième fois consécutive.

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