Extension Factory Builder
27/10/2011 à 10:30
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le groupe guadeloupéen Voukoum. Le groupe guadeloupéen Voukoum. © Hugo Irieson pour J.A.

En exposant ensemble masques africains et accessoires festifs antillais, le musée Dapper (Paris) dégage de subtiles résonances entre l'Afrique et les caraïbes.

Quels rapports existe-t-il entre les sorties de masques en Afrique subsaharienne et les folies carnavalesques des sociétés caribéennes ? À l’occasion de l’Année des outre-mer en France, le musée Dapper (Paris) s’est posé la question. Sa réponse a pris la forme d’une exposition, « Mascarades et carnavals », ouverte jusqu’en juillet 2012.

Ce que propose la commissaire Christiane Falgayrettes-Leveau, c’est d’abord un voyage dans le temps et l’histoire entre deux continents. Le visiteur curieux commence par découvrir les masques, les costumes et leurs fonctions dans différentes sociétés africaines, au Congo, en Angola, au Cameroun, au Nigeria, au Sénégal et en Guinée-Bissau. Puis, comme quelque 15 millions de déportés arrachés à l’Afrique entre le XVe et le XIXe siècle, il franchit le « passage du milieu » et se retrouve projeté dans l’ambiance populaire des carnavals de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane…

« Nous n’avons pas mélangé la présentation des deux pratiques, cela aurait été prétentieux, affirme Falgayrettes-Leveau. Nous avons plutôt cherché à montrer les résonances qui existent entre elles. On n’a pas de preuves tangibles, sauf peut-être dans la musique, qui relieraient les sorties de masques aux carnavals. » Cela n’est pas pour surprendre. Comme l’écrit l’anthropologue Jean-Luc Bonniol dans le catalogue de l’exposition : « À partir du moment où le futur esclave mettait le pied sur le navire négrier, il laissait à terre la culture africaine au sein de laquelle il avait jusque-là été inséré, car il ne retrouverait plus jamais les bases écologiques, économiques et sociales sur lesquelles elle reposait. […] Une fois arrivé aux Antilles, les pans de culture que l’esclave portait se trouvaient pulvérisés : seuls pouvaient subsister certains éléments immatériels auxquels il avait encore la possibilité de se raccrocher. »

Le carnaval créolisé

Pourtant, des années d’oppression et de privations ne peuvent détruire une culture. « Du point de vue spirituel, il y a de l’Afrique là-dedans ! » s’exclame Christiane Falgayrettes-Leveau en évoquant les carnavals. C’est sans nul doute ce que pensait le poète martiniquais Aimé Césaire lorsqu’il confia à son ami Léopold Sédar Senghor, alors qu’il lui rendait visite en Casamance, à quel point le masque ejumba porté au Sénégal lors de l’initiation traditionnelle (le bukut) lui rappelait le diable rouge, figure emblématique du carnaval antillais.

Masques en feuilles de bananier rappelant ceux du Burkina Faso, marches en rythme, références fréquentes au monde animal, symbolisé, notamment, par l’utilisation des cornes de bœuf : les résonances africaines sont nombreuses dans cette fête pourtant très chrétienne et très occidentale qu’est le carnaval. Elle est aujourd’hui à la fois européenne, africaine, américaine, nourrie d’influences multiples et différentes selon que l’on se trouve en Guyane, en Martinique ou en Guadeloupe.

Pour reprendre l’expression de l’écrivain martiniquais Raphaël Confiant, la manifestation s’est totalement créolisée. En particulier dans les années 1970, quand les groupes impliqués, portés par les indépendances africaines et l’émulation intellectuelle qui les accompagne, sont « partis à la recherche d’une partie d’eux-mêmes ». L’exposition « Mascarades et carnavals » n’est qu’un début : nul doute, comme le prouve les diverses contributions réunies dans le catalogue, qu’il y a là matière à de futures et passionnantes recherches. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Milliardaires africains : l'argent ne fait pas le bonheur... des pauvres

Milliardaires africains : l'argent ne fait pas le bonheur... des pauvres

La récente étude du Wealth Report sur la multiplication des milliardaires africains et le nouveau rapport du PNUD sur les mauvais résultats du continent en terme de développement humain ne sont pas con[...]

L'analyse des boîtes noires du vol AH 5017 pourrait prendre "plusieurs semaines"

Selon Frédéric Cuvillier, secrétaire d'État français aux transports, l'analyse des boîtes noires de l'avion d'Air Algérie qui s'est écrasé jeudi dernier au Mali[...]

Ramadan 2014 : Aïd mabrouk !

Un peu partout dans le monde, les musulmans ont commencé à fêter l’Aïd el-Fitr, la fête de la fin du mois sacré de ramadan. Si certains ont débuté les festivités[...]

Vol AH 5017 : les deux boîtes noires transférées à Paris

Les deux boîtes noires de l'avion d'Air Algérie qui s'est écrasé au Mali ont été transférées dimanche soir de Bamako à Paris, où elles doivent être[...]

Vol AH 5017 : les enquêteurs au travail

Les experts enquêtant sur le crash d'un avion d'Air Algérie dans le nord du Mali poursuivaient dimanche leur travail dans une zone d'accès difficile où l'appareil s'est désintégré[...]

Football : indignation suite aux propos racistes de Carlo Tavecchio

Le monde du ballon rond en Italie est en pleine effervescence après des propos racistes tenus en fin de semaine par le favori au poste de président de la fédération italienne de football, Carlo[...]

Vol AH 5017 : rien que des débris sur la scène du crash

Une vision à peine soutenable sur la scène du crash de l'avion d'Air Algérie au Mali : "des petits morceaux, pas grand-chose pour reconnaître un avion", lance un Burkinabè,[...]

Gaza : l'armée israélienne annonce la fin de la trêve

L'armée israélienne a annoncé dimanche matin la fin de la trêve humanitaire et la reprise de ses opérations militaires dans la bande de Gaza en réplique aux "tirs incessants de[...]

Vol AH 5017 : Blaise Compaoré reçoit une délégation des familles des victimes

Blaise Compaoré et son chef d'état major, le général Gilbert Dienderé, se sont rendus vendredi après-midi au Mali, sur la zone du crash du vol AH 5017. Une délégation des[...]

Crash du vol AH5017 : la deuxième boîte noire retrouvée, les enquêteurs attendus sur place

Au lendemain de la découverte de la première boîte noire de l'avion d'Air Algérie qui s'est écrasé dans le nord du Mali, des experts de l'ONU ont retrouvé la seconde samedi sur le[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers