25/10/2011 à 16h:43 Par Stéphane Ballong
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Un appareil de la compagnie aérienne Afriqiyah. Un appareil de la compagnie aérienne Afriqiyah. © Reuters

Après sept mois de conflit, la zone d’exclusion aérienne est partiellement levée en Libye. Plusieurs transporteurs étrangers placent déjà leurs pions, mais beaucoup reste à faire pour reconstruire les infrastructures aéroportuaires.

Relancer l’économie, et vite ! Tel est le leitmotiv des nouvelles autorités libyennes. Le 13 octobre, la zone d’exclusion aérienne imposée depuis mars a été partiellement levée. « Une partie de l’espace aérien est à présent ouverte aux vols commerciaux », a annoncé Anwar al-­Fitouri, ministre des Transports de la transition, après une rencontre avec des responsables de l’Otan.

Une étape importante pour le Conseil national de transition (CNT), qui estime que le décollage économique passera notamment par la réouverture des vols réguliers entre Tripoli et le reste du monde. Et donc par les deux compagnies nationales, Libyan Airlines et Afriqiyah, dont l’avenir reste à définir. La première a perdu trois avions dans les affrontements, la seconde, un A320 vieux d’à peine un an (environ 80 millions de dollars, soit plus de 58 millions d’euros, au prix catalogue). Onze autres appareils d’Afriqiyah ont été touchés par des projectiles. L’estimation des dégâts n’a pas été communiquée, mais ceux-ci pourraient atteindre plusieurs centaines de millions de dollars.

Les nouveaux dirigeants libyens envisagent de supprimer toutes les petites compagnies opérant dans le pays et de fusionner Libyan Airlines, qui assurait les vols internes et les liaisons avec les capitales voisines, avec Afriqiyah, qui reliait les pays occidentaux à l’Afrique via son hub de Tripoli. Leur ambition est de créer une seule compagnie, dotée initialement d’une flotte d’une vingtaine d’appareils. Dix-sept moyens et longs-courriers, commandés par Afriqiyah et Libyan Airlines à Airbus avant le début de la crise, devraient venir renforcer ce nouveau transporteur.

Une longueur d’avance

Avant même que celui-ci ne soit opérationnel, il doit déjà faire face à la concurrence des acteurs étrangers, qui avancent leurs pions pour être les premiers sur les liaisons internationales avec la Libye. À ce jeu, Turkish Airlines a pris une longueur d’avance. Si Tunisair, Egyptair et Royal Jordanian desservent, comme elle, la ville de Benghazi, la compagnie turque a été la première à poser, le 1er octobre, un avion commercial, avec une quarantaine de passagers à son bord, sur l’aéroport de Mitiga, à 8 km de Tripoli. Turkish Airlines annonce quatre rotations Istanbul-Tripoli par semaine ; la compagnie devrait passer à des dessertes quotidiennes d’ici à la fin de ce mois. Il faut dire que les liens économiques entre les deux pays sont forts. Les investissements des sociétés turques en Libye avant le conflit sont estimés à plus de 15 milliards de dollars.

Outre Turkish Airlines, Alitalia devrait reprendre ses vols vers Tripoli à partir du 2 novembre. Quant à Lufthansa, qui opérait des vols quotidiens entre Francfort et la capitale libyenne, il tâte le terrain. Le groupe allemand a récemment envoyé une délégation pour évaluer les conditions sur place et prendre des contacts avec les nouveaux dirigeants du pays. « Mais nous ne rouvrirons [nos liaisons avec] Tripoli que quand nous aurons toutes les garanties pour la sécurité de nos vols », indique-t-on à la direction. Selon Anwar al-Fitouri, Air France, Egyptair, Royal Jordanian, Tunisair et Austrian Airlines ont déjà déposé des demandes pour desservir la capitale.

Mais avant un retour à la normale dans le ciel libyen, qui devrait conduire à une redistribution des cartes entre les transporteurs, les installations doivent être largement rénovées, voire reconstruites. En démilitarisant, le 10 octobre, l’aéroport international de Tripoli, le CNT a indiqué que « ce lieu stratégique [devait] reprendre son rôle dans les plus brefs délais ». Mais sept mois de guerre ont laissé des traces. L’aéroport a été au cœur du champ de bataille. Selon le Financial Times, ses appareils de communication ont été sérieusement endommagés et leur remise en marche pourrait prendre plusieurs semaines… D’après le ministre des Transports, l’aéroport international ne devrait rouvrir qu’en novembre.

Début octobre, des experts de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) française et d’Air France Consulting ont effectué une mission d’évaluation des infrastructures et soumis un certain nombre de recommandations aux autorités libyennes. Aucun détail n’a filtré, ni sur l’ampleur des dégâts, ni sur le coût estimé de la remise à niveau. Mais d’après Jean-Pierre Delpech, le président de Quali-Audit, filiale à 100 % d’Air France Consulting, « il est clair que les problèmes de la certification des installations et des appareils aux normes internationales de sécurité et de sûreté ainsi que de la formation du personnel technique vont se poser ».

Nouveaux terminaux

Cepen­dant, les spécialistes étrangers restent optimistes : « Le middle-management de l’industrie aérienne du pays est resté actif et a maintenu le contact avec les partenaires pendant le conflit », indique un industriel français. Ce qui devrait faciliter la reprise des chantiers et des projets lancés avant le début de la crise. D’ailleurs, les nouvelles autorités envisagent de reprendre rapidement le projet d’agrandissement de l’aéroport de Tripoli, lancé en 2007. La construction de deux nouveaux terminaux devrait permettre d’accueillir 20 millions de passagers par an à partir de l’année prochaine, contre 3 millions actuellement. Montant total de l’investissement : plus de 2 milliards de dollars. 

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