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26/10/2011 à 09:11
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Jacob Zuma, tantôt populiste débonnaire, tantôt dur. Jacob Zuma, tantôt populiste débonnaire, tantôt dur. © Reuters

Après avoir défendu, envers et contre tous, Gbagbo et Kaddafi, Pretoria avance ses pions au sein de l’Union africaine avec une candidature contre Jean Ping. Une ambition assumée, un volontarisme affiché… Mais la cohérence n’est pas toujours au rendez-vous.

Desmond Tutu, qui ne décolère pas depuis que son invité vedette, le dalaï-lama, s’est vu privé de visa pour venir souffler avec lui au Cap les quatre-vingts bougies de son anniversaire, et Jean Ping, tout ébaubi encore de se retrouver face à une concurrente déclarée – qui n’est autre que l’ex-épouse de Jacob Zuma – à la présidence de la Commission de l’Union africaine, ne sont pas les seuls à se demander si la politique extérieure de l’Afrique du Sud a encore une substance et une cohérence. Depuis le début de 2011, les deux pôles opposés entre lesquels navigue la diplomatie de Pretoria sont à l’image de l’homme qui l’impulse et la dirige : Zuma le charmeur, populiste et débonnaire, et Zuma le dur, ancien chef d’une unité secrète du Congrès national africain (ANC) chargée de traquer les espions du pouvoir pâle.

Des bombardements ont eu lieu en Libye alors que nous avions les moyens pacifiques de régler le conflits. Les puissants ont dit de manière arbitraire : "nous devons imposer la paix."

Jacob Zuma, le 4 mai 20111

Deux pôles, donc. D’un côté, la défense pied à pied de la souveraineté nationale et de la non-ingérence – y compris chez les dictateurs. De l’autre, la proclamation d’un « objectif primordial : contribuer aux idéaux de démocratie, de justice et des droits de l’homme », ainsi que le réitère à chaque occasion le successeur de Thabo Mbeki.

Dans la pratique, cette schizophrénie diplomatique se traduit par des prises de position manifestement contradictoires. Jacob Zuma a ainsi très vite surfé sur la vague du Printemps arabe en exigeant le départ de Moubarak et en se félicitant de celui de Ben Ali. Mais il aura jusqu’au bout cherché à sauver les soldats Gbagbo et Kaddafi (tout en votant en faveur de la résolution 1973, avant de se rétracter), et il ne cache pas son hostilité aux sanctions internationales contre le régime syrien. Très en pointe pour condamner les généraux birmans et applaudir à la libération de l’opposante Aung San Suu Kyi, le président sud-africain ferme obstinément les yeux sur les violations des droits de l’homme à ses propres portes, au Swaziland – dernière monarchie d’Afrique subsaharienne – et bien sûr au Zimbabwe, dont il n’a jamais critiqué en public l’autocrate octogénaire.

Il n’y a pas plus réactif que lui sur le continent pour fustiger la politique d’Israël vis-à-vis du peuple palestinien – au point de rappeler son ambassadeur à Tel-Aviv. Mais il n’y a guère plus compréhensif à l’égard de la Chine (pas de visa pour le dalaï-lama, refus de féliciter le Prix Nobel de la paix Liu Xiaobo), ni plus hésitant vis-à-vis de la Cour pénale internationale, dont l’Afrique du Sud a pourtant ratifié les statuts : un jour pour, un jour contre. Complexe comme une danse zouloue, à géométrie variable, la diplomatie sud-africaine est aussi déroutante que le sont les humeurs de son principal inspirateur. Nicolas Sarkozy, qui avait cru pouvoir vanter les mérites d’un axe Paris-Pretoria après avoir fraternisé avec son ami Jacob, avant que ce dernier ne qualifie de « néocoloniale » l’intervention de la France en Côte d’Ivoire, en sait quelque chose.

Contrepoids à l’Occident

Derrière ces lignes brouillées, souvent imprévisibles et parfois incompréhensibles, se dessine pourtant une logique forte : l’Afrique du Sud se veut une grande nation qui n’a de comptes à rendre à personne. Depuis avril 2011, le pays de Nelson Mandela a rejoint les Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine), avec lesquels il forme maintenant les Brics, autour d’un objectif majeur : faire contrepoids à la domination occidentale sur les mécanismes de la gouvernance mondiale – en particulier le Conseil de sécurité de l’ONU et la Banque mondiale. Sur le continent, cette posture volontariste se traduit par l’affirmation répétée de Jacob Zuma selon laquelle il faut des « solutions africaines aux problèmes africains ».

En Côte d'Ivoire, il n'y a pas eu d'élection. Les rebelles n'ont pas déposé les armes... Des citoyens ont été empêchés de voter... Si vous appelez cela une élection alors c'est Laurent Gbagbo qui a gagné.

Jacob Zuma, le 21 mars, sur CNN

Le président a ainsi ressenti comme un camouflet le fait que le groupe de médiation des chefs d’État dont il faisait partie pour négocier une sortie de crise en Libye ait été systématiquement marginalisé par les puissances blanches de l’Otan. Et il ne faudrait pas sous-estimer le caractère répulsif, aux yeux des dirigeants sud-africains, de la présence de soldats français dans les rues d’Abidjan – avant Zuma, Thabo Mbeki avait déjà exprimé sa stupeur devant pareil spectacle. Plus généralement, l’ANC au pouvoir à Pretoria estime n’avoir aucune leçon de défense des droits humains à recevoir de la part de pays qui ne l’ont pas soutenu à l’époque de l’apartheid : « Pendant que nous luttions, vous vendiez des armes à Vorster et à Botha, alors que Kaddafi, lui, nous aidait », expliquait il y a peu Nkosazana Dlamini-Zuma, la rivale de Jean Ping, à un diplomate français en poste à Pretoria.

La rhétorique peut paraître simpliste, mais elle est claire. Et sans doute est-ce pour donner à une Union africaine humiliée du côté de Tripoli, de Benghazi et de la lagune Ébrié la place qui lui revient dans le concert des continents que Jacob Zuma a jeté son dévolu sur la présidence de la Commission. Quitte à être soupçonné de velléités hégémoniques par des chefs d’États frères pour lesquels il n’a, au fond, qu’une assez piètre estime.

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