Extension Factory Builder
17/10/2011 à 14:25
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Manifestation de demandeur d'emploi devant le Capitole, le 5 octobre. Manifestation de demandeur d'emploi devant le Capitole, le 5 octobre. © Jason Reed/Reuters

L’élection historique de 2008 aux États-Unis semblait de bon augure pour les Africains-Américains. Or, non seulement leur sort ne s’est pas amélioré, mais ils sont les premières victimes de la crise.

Le triomphe, et puis… plus rien. S’il y a une communauté pour laquelle la « révolution Obama » a fait long feu, c’est bien celle des Africains-Américains. Depuis l’élection du premier président noir de l’histoire des États-Unis, rien n’a changé. Et les perdants sont toujours les mêmes.

Pas une journée qui n’apporte son lot de mauvaises nouvelles ou de faits navrants, comme cette initiative des étudiants républicains de Berkeley qui ont vendu des muffins à des prix variant en fonction de l’appartenance ethnique de l’acheteur. Là où un Blanc payait 1,25 dollar, un Noir ne payait que 75 cents…

Taux de pauvreté de 27 %, en hausse de deux points depuis 2009 (contre 10 % pour les Blancs), taux de chômage de 16 %, en augmentation constante (la moyenne nationale est de 9 %)… Obama ou pas, les voyants socioéconomiques des Noirs sont dans le rouge. À New York, la situation est si préoccupante que Michael Bloomberg, son richissime maire, a sorti 30 millions de dollars (22,3 millions d’euros) de sa poche pour financer un programme d’urgence de retour à l’emploi, destiné aux jeunes Noirs et Latinos.

À Washington, en revanche, ce n’est pas la priorité de l’administration Obama. L’heure de la politique d’Affirmative Action semble passée. Désormais jugée ringarde, elle se heurte de surcroît aux réticences de la Cour suprême.

Des faits divers récents ont également ramené l’Amérique à des heures bien sombres. En juin, dans le Mississippi, un quadragénaire noir agressé par une bande d’adolescents blancs aux cris de « white power! » est mort écrasé par la voiture de l’un d’eux. Le principal suspect, 19 ans, encourt la peine capitale. L’exécution de Troy Davis, le 21 septembre, a rappelé le racisme latent du système judiciaire américain, quand il n’est pas assumé, comme lors de cette condamnation à mort d’un Noir au Texas, en 1997, où un psychologue avait affirmé à la barre que « la race de l’accusé » était « un facteur de dangerosité ».

Menteur

Dénonçant la proportion record des Noirs parmi les 2,3 millions de détenus, l’historienne Michelle Alexander, dans un livre polémique*, n’hésite pas à y voir le résultat « de nouvelles lois Jim Crow » – du nom des lois ségrégationnistes en vigueur jusque dans les années 1960 – empêchant toujours l’accès des Noirs à la citoyenneté. Avec, à l’appui, ce constat qui fait froid dans le dos : il y a aujourd’hui davantage de Noirs sous contrôle judiciaire – avec un statut de quasi-parias, puisqu’ils sont notamment privés du droit de vote – qu’il n’y avait d’esclaves en 1850…

L’Amérique postraciale que promettait l’élection historique d’Obama apparaît comme un mirage. Certes, cette fiction a permis son accession à la Maison Blanche, mais aujourd’hui plus personne ne s’y trompe, la color line n’est pas près de s’effacer. Pour beaucoup d’observateurs, elle expliquerait la férocité de l’opposition au Congrès, nombre de républicains nourrissant une animosité viscérale, mâtinée de racisme, à l’égard d’Obama. Le parlementaire qui, en 2009, l’a interrompu en plein discours en le traitant de menteur aurait-il agi de même avec un président blanc ? Probablement pas.

Qu’en pense le principal intéressé ? Pas grand-chose, à vrai dire. Soucieux d’apparaître comme le président de tous les Américains, échaudé par la polémique qui avait précédé son élection – son amitié avec Jeremiah Wright, un révérend noir aux positions radicales –, Obama reste quasi muet sur la question. Il ne s’est départi de cette neutralité qu’une seule fois, lors de la polémique opposant Henry Louis Gates, un éminent professeur noir de Harvard, à un policier blanc qui l’avait arrêté sur le seuil de sa propre maison, le prenant pour un cambrioleur… Le président avait alors souligné la persistante surreprésentation des Noirs dans les arrestations (86 % des cas à New York), avant de réunir les deux hommes à la Maison Blanche pour clore l’incident autour d’une bière.

Bonne fille

Les rares fois où il s’est exprimé à ce sujet, Obama a exhorté la communauté noire à se prendre en charge. En juillet 2009, il incitait les parents « à ranger les consoles de jeu, à coucher les enfants à une heure raisonnable et à prendre leur destin en main ». Même discours le 24 septembre dernier devant le Black Caucus, l’association des élus noirs au Congrès : « Ôtez vos pantoufles, s’est-il exclamé, mettez vos chaussures de marche. Secouez-vous. Arrêtez de vous plaindre, de ronchonner, de pleurer. Nous allons faire avancer les choses… »

Jusque-là bonne fille, la communauté noire donne de sérieux signes de lassitude : selon un sondage ABC-Washington Post du 18 septembre, 58 % de ses membres disent avoir une opinion favorable du président, contre 83 % au mois d’avril dernier. À Bedford-Stuyvesant, le quartier noir historique de Brooklyn, les affiches de la campagne de 2008 trônent pourtant toujours dans les devantures des barber shops et des supermarchés, au côté des portraits de Malcolm X et de Martin Luther King. Peu expriment ouvertement de la déception. « Que pouvait faire Obama avec le fardeau dont il a hérité ? Moi, je suis toujours fier qu’il y ait un Noir à la Maison Blanche », explique un homme croisé dans une librairie communautaire.

Il n’empêche : des voix discordantes se font entendre. Comme celle de Cornel West, grande figure intellectuelle noire, qui dans un cinglant éditorial du New York Times écrit que Martin Luther King se retournerait dans sa tombe s’il voyait l’Amérique d’Obama.

Le président a tenté de répondre à ces attaques le 16 octobre, en prenant la parole lors de l’inauguration du mémorial Martin Luther King à Washington. « Notre travail, le travail du Dr King, n'est pas terminé (...) aujourd'hui, tirons notre force des combats passés », a-t-il clamé.

* The New Jim Crow : Mass Incarceration in the Age of Colorblindness, The New Press, 2010.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

ONU : le sommet sur le climat s'ouvre à New York

ONU : le sommet sur le climat s'ouvre à New York

Des représentants de plus de 120 pays se rencontrent mardi à New York pour un sommet de l'ONU sur le climat. Objectif : donner un nouvel élan aux négociations internationales à venir sur le r&eac[...]

Syrie : premières frappes américaines et premières victimes parmi l'État islamique

Les premières frappes menées mardi avant l'aube en Syrie par la coalition dirigée par les États-Unis ont fait plus de 20 morts parmi les combattants de l'État islamique (EI), selon le premier[...]

"Fessemania" : l'avant-garde de l'arrière-train africain

Les tenants de l’ordre esthétique mondial ont décidé que les grosses fesses étaient désormais à la mode. L’Afrique n’a pas attendu leur diktat…[...]

Ebola : le missionnaire rapatrié en Espagne est dans un "état grave"

Un missionnaire catholique espagnol contaminé par le virus Ebola en Sierra Leone a été rapatrié dans la nuit de dimanche à lundi à Madrid. Selon les services médicaux, il est[...]

L'État islamique appelle à tuer des civils français et américains

Le porte-parole de l'État islamique a appelé lundi ses partisans à riposter aux frappes lancées par la France et les États-Unis dans le nord de l'Irak en s'en prenant à leurs [...]

France : Nicolas Sarkozy estime qu'il n'a pas le choix et qu'il doit revenir en politique

Nicolas Sarkozy a plaidé dimanche avoir non seulement "envie" mais surtout ne pas avoir "le choix" : il doit revenir en politique face au PS et au FN et s'est livré à un véritable[...]

Angelina Jolie va diriger un film sur la lutte contre le trafic d'ivoire

Angelina Jolie va diriger une "épopée" sur le paléo-archéologue kényan Richard Leakey et sa lutte contre le trafic d'ivoire, a indiqué vendredi la maison de production[...]

France : Nicolas Sarkozy annonce son retour et brigue la présidence de l'UMP

Vendredi, l'ancien président français a annoncé son retour dans la vie politique, via un texte publié sur Facebook et Twitter. Dans la posture du sauveur, Nicolas Sarkozy indique son intention de [...]

Union européenne : une Lady Pesc chasse l'autre

C'est l'Italienne Federica Mogherini qui, à partir du 1er novembre, dirigera la politique étrangère et de sécurité commune en lieu et place de la Britannique Catherine Ashton.[...]

Argentine : des narcos à la Casa Rosada

Pourquoi des trafiquants de drogue appelaient-ils périodiquement au téléphone le siège de la présidence argentine ? La police a mis en évidence des complicités au plus au[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex