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12/10/2011 à 14:49
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Le prix Nobel de la paix avait déjà attaqué le chef de l'État à plusieurs reprises. Le prix Nobel de la paix avait déjà attaqué le chef de l'État à plusieurs reprises. © Allison Joyce/Reuters

Habitué des polémiques, Desmond Tutu accuse le régime sud-africain de Jacob Zuma d’être "pire que l’apartheid". Motif ? Pretoria n’a pas accordé de visa au dalaï-lama, invité à l’anniversaire de l’archevêque.

La voix de Desmond Tutu est « parfois véhémente, souvent tendre, jamais peureuse et rarement dénuée d’humour », avait dit de lui Nelson Mandela, l’autre icône de la lutte contre le régime de l’apartheid. Lorsque, il y a tout juste un an, l’archevêque émérite du Cap avait annoncé son retrait de la vie publique, les Sud-Africains avaient craint la disparition de cette parole.

C’était mal connaître cet éternel agitateur. À 80 ans, ses déclarations n’ont rien perdu de leur tranchant. Au mois d’août, il a ainsi choqué les nationalistes afrikaners en proposant la création d’une « taxe sur la richesse » des Blancs qui ont « tous bénéficié de l’apartheid ». En mars, c’est le président sud-africain qui s’était retrouvé dans son collimateur. Le pays « sera tiré en arrière et vers le bas par la corruption, qui est parfois flagrante », avait lancé l’archevêque anglican, après avoir évoqué les poursuites judiciaires auxquelles Jacob Zuma – qu’il n’a jamais vraiment apprécié – avait échappé peu avant son élection.

Ces piques étaient toutefois sages en comparaison de son coup de griffe du 4 octobre. Ce jour-là, il apprend que son ami le dalaï-lama, lauréat comme lui du prix Nobel de la paix, ne pourra pas honorer l’invitation à son anniversaire, le 7 octobre. Deux jours avant le voyage du leader spirituel tibétain et plus d’un mois après le dépôt de sa demande de visa, son passeport n’a toujours pas été tamponné. Le dalaï-lama préfère donc jeter l’éponge, se disant « convaincu » de la « gêne » de Pretoria – référence pudique aux pressions exercées à chacun de ses déplacements par la Chine, premier partenaire commercial de l’Afrique du Sud.

Desmond Tutu convoque la presse, et s’emporte : « Notre gouvernement est pire que celui de l’apartheid. Au moins, à l’époque, on pouvait s’attendre à ces comportements. […] Monsieur Zuma, vous et votre gouvernement ne me représentez pas. Et je vous préviens : un jour, nous allons commencer à prier pour la défaite de l’ANC [Congrès national africain, le parti au pouvoir depuis 1994]. » La critique est à l’évidence disproportionnée. Mais venant d’un héros de la lutte de libération des Noirs, dont le passeport avait été confisqué par le régime de l’apartheid, la charge est rude.

Prémédité ?

Fort de la profonde affection que lui portent les Sud-Africains, avait-il prémédité ce coup d’éclat en envoyant son invitation à Dharamsala ? C’est possible. Contrairement à ceux des autres convives attendus, le nom du dalaï-lama n’avait pas été tenu secret. Or celui-ci s’était déjà vu refuser l’entrée en Afrique du Sud il y a deux ans (alors qu’il avait obtenu des visas sous Nelson Mandela puis Thabo Mbeki, les deux prédécesseurs de Zuma).

Tutu « a dit toutes ces choses sous le coup de l’émotion et parce qu’il était en colère », a réagi le porte-parole de l’ANC, Jackson Mthembu. La tentative de minimiser la portée des déclarations de la « conscience morale » de la nation Arc-en-Ciel est évidente. Mais il y a sans doute une part de vérité dans cette remarque. Lors de sa conférence de presse, Desmond Tutu s’est ainsi indigné : « J’ai écouté [Jacob Zuma] rendre hommage à toutes sortes de gens qui ont aidé à amener la démocratie dans ce pays. Ce président n’a mentionné aucun leader religieux. Il faut dire à l’ANC qu’ils ne peuvent pas nous balayer comme cela. » Même un Prix Nobel de la paix peut se sentir blessé dans son orgueil. 

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