Extension Factory Builder
10/10/2011 à 18:57
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Les Saoudiennes doivent demander la permission à leurs tuteurs pour pouvoir étudier, travailler... Les Saoudiennes doivent demander la permission à leurs tuteurs pour pouvoir étudier, travailler... © Fahad Shadeed/Reuters

Sur décision du roi Abdallah, le royaume wahhabite a enfin accordé aux femmes le droit de vote et l’éligibilité. Mais la condition féminine laisse encore beaucoup à désirer…

Révolution de satin au royaume des Saoud : le 25 septembre, le roi Abdallah a octroyé aux femmes le droit de vote et l’éligibilité aux élections municipales – le seul type de scrutin que connaît le pays –, et celui de siéger au Majlis al-Choura, le Conseil consultatif. « Une modernisation équilibrée, conforme à nos valeurs islamiques, qui défendent le droit, une exigence importante de ce siècle », a plaidé le souverain saoudien.

La mesure était attendue, l’ultraconservatrice Arabie saoudite étant le dernier État au monde – si l’on excepte le Vatican, où l’on ne vote pas – à exclure les femmes des suffrages. Lors des municipales de 2005, de nombreux intellectuels et membres de l’élite libérale avaient réclamé la participation de leurs concitoyennes, mais les autorités avaient prétexté l’absence de bureaux de vote séparés pour différer la décision, laissant toutefois entendre qu’elles seraient autorisées à participer aux élections suivantes, qui se sont tenues le 29 septembre… sans elles. Malgré la campagne nationale engagée à cet effet en mars 2010 par des associations et des militants, les isoloirs féminins – ou les esprits – n’étaient toujours pas prêts et les Saoudiennes devront donc patienter encore quatre ans.

Eternelles mineures

Bouleversement politique ou concession symbolique ? « La portée du droit de vote des Saoudiens est limitée : les conseils municipaux sont consultatifs, seule la moitié des membres est élue et les partis politiques sont interdits », rappelle Amélie Le Renard, spécialiste de l’Arabie saoudite à l’Institut d’études politiques de Paris. La faible participation au scrutin de 2005 avait du reste démontré le peu d’intérêt suscité par ce nouveau droit. Mais, dans un pays où le rigorisme wahhabite régente depuis le XVIIIe siècle tous les aspects de la vie religieuse, politique et sociale, ce geste constitue un réel progrès. Considérées comme des éternelles mineures, traitées en citoyens de seconde catégorie, les Saoudiennes doivent demander une permission à leurs tuteurs masculins pour se déplacer, étudier, travailler, voyager, se marier, se faire soigner, si bien que l’amélioration de leur condition est devenue l’un des grands enjeux des réformes sociales entreprises à partir du début des années 2000 et renforcées par le roi Abdallah après son accession au pouvoir en 2005.

En 2001, l’Arabie saoudite avait en effet ratifié la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes. En 2008, une loi ouvre le monde du travail aux Saoudiennes. L’année suivante, une femme, Noura al-Fayez, est nommée vice-ministre de l’Éducation, tandis que le monarque inaugure l’Université des sciences et technologies du roi Abdallah, seule institution éducative mixte du royaume, provoquant l’ire des conservateurs. Pour les observateurs, ces maigres concessions sociales étaient surtout un gage donné à la communauté internationale et une diversion pour faire oublier ceux qui, à l’intérieur, réclament de véritables réformes politiques. Avec les distributions de primes et de rentes prélevées sur les revenus pétroliers, elles sont un autre moyen de calmer la contestation qui avait commencé à poindre au début de l’année dans l’est du royaume à la faveur du Printemps arabe.

Sur Facebook, des Saoudiennes avaient lancé la campagne Women2Drive pour réclamer le droit de conduire.

Le seul mouvement de la société civile à avoir perduré et touché la capitale était d’ailleurs une initiative féminine : sur Facebook, des Saoudiennes avaient lancé la campagne Women2Drive pour réclamer le droit de conduire, appelant même leurs concitoyennes à passer à l’acte. Certaines d’entre elles, prises sur le fait, ont écopé de quelques jours de prison. Le 26 septembre, au lendemain de l’annonce historique du monarque, l’une d’elles a été condamnée à recevoir dix coups de fouet. Une condamnation opportunément annulée par le roi Abdallah deux jours plus tard. Dès 2005, ce dernier s’était d’ailleurs déclaré favorable à la levée de l’interdiction faite aux femmes de conduire. Peut-on espérer qu’en 2015 les Saoudiennes pourront se rendre aux urnes au volant de leur voiture ? 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Moyen-Orient

Gaza - Hamas : Mohamed Deif, le 'chat aux neuf vies'

Gaza - Hamas : Mohamed Deif, le "chat aux neuf vies"

En échappant au missile israélien qui le visait à Gaza, le chef militaire du Hamas a encore justifié son surnom. Sa famille a eu moins de chance.[...]

Gaza - ONU : Schabas, juge et partisan ?

Le choix du Canadien William Schabas pour prendre la tête de la Commission d'enquête sur les violations du droit international à Gaza lors du dernier conflit suscite une levée de boucliers à[...]

Irak : la politique de la terre brûlée selon l'État islamique

Des jihadistes ont mis le feu jeudi à un champ pétrolier qu'ils contrôlaient dans le nord de l'Irak, avant de battre en retraite alors que les forces kurdes les attaquaient dans le même secteur.[...]

Gaza : un cessez-le-feu permanent met fin à la guerre entre Israël et Palestiniens

Israël et les Palestiniens ont annoncé mardi un accord pour un cessez-le-feu permanent dans la bande de Gaza. En cinquante jours, cette guerre a fait plus de 2 100 morts palestiniens et 70 côté[...]

Gaza : les Palestiniens annoncent un cessez-le-feu permanent avec Israël

Un accord pour un cessez-le-feu permanent a été trouvé mardi au Caire pour mettre fin à cinquante jours de guerre entre le Hamas et Israël dans la bande de Gaza.[...]

Syrie : libération d'un otage américain enlevé il y a deux ans par Al-Qaïda

Le secrétaire d’État américain John Kerry a annoncé dimanche la libération de Peter Theo Curtis, un ressortissant américain enlevé il y a deux ans par la branche[...]

État islamique : 5 pays arabes s'unissent pour lutter contre les jihadistes

L'Arabie saoudite, le Qatar, l’Égypte, les Émirats arabes unis et la Jordanie ont convenu dimanche de la nécessité de lutter contre les jihadistes de l'État islamique (EI).[...]

Gaza : le Hamas exécute dix-huit "collaborateurs" d'Israël

Dix-huit hommes accusés d’avoir "collaboré" avec Israël ont été exécutés vendredi dans la bande de Gaza selon la télévision du Hamas.[...]

Gaza : ce que le Sud-Africain Desmond Tutu a dit à Israël

L'archevêque sud-africain Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix en 1984, appuie sa plume là où ça fait mal. Pourfendeur de la guerre à Gaza, il a signé une tribune dans le quotidien[...]

Le convoi braqué à Paris était celui du fils "favori" de feu le roi Fahd d'Arabie saoudite

Le prince saoudien dont le convoi a été attaqué dimanche soir à Paris n’est autre que Abdelaziz ben Fahd, richissime playboy de 41 ans et "fils favori" du roi défunt. Les[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex