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04/10/2011 à 09:06
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Un manifestant à Casablanca le 3 juillet 2011. Un manifestant à Casablanca le 3 juillet 2011. © AFP

Empêtré dans ses contradictions, otage de ses composantes extrêmes, au Maroc, le Mouvement du 20 février semble donner des signes d’essoufflement.

Né dans le sillage des révolutions tunisienne et égyptienne, le Mouvement du 20 février faisait sa rentrée sociale et politique le 11 septembre. À Rabat, Casablanca et Tanger, les manifestants ont de nouveau chanté « dignité, liberté et justice sociale ! » et appelé à l’arrêt du « cumul entre richesse et pouvoir ». Mais les observateurs n’ont pas manqué de noter que le mouvement avait perdu de sa superbe. À Rabat, moins d’un millier de personnes se sont déplacées. À Casablanca, où les responsables du mouvement avaient choisi de défiler dans le quartier populaire de Sidi Moumen, ils étaient entre 2 000 et 3 000. Plus de six mois après sa création, le Mouvement donne-t-il des signes d’essoufflement ?

Pour ses militants, l’heure est au bilan, voire au mea-culpa. « C’est vrai, on a eu quelques petits problèmes, reconnaît pudiquement une membre de la coordination de Marrakech. Mais tout cela va vite se régler. » Oussama El Khlifi, figure de proue du Mouvement, a fait le tour des médias pour reconnaître que « des erreurs avaient été commises », s’inquiétant notamment du rôle des islamistes d’Al Adl Wal Ihsane (Justice et Bienfaisance). Alors que se préparent les législatives du 25 novembre, et après un référendum sur la réforme de la Constitution qui a vu une écrasante victoire du oui, le Mouvement se retrouve isolé et décontenancé. Le pouvoir a imposé son calendrier et son rythme de réformes, prenant de court les militants. « La difficulté majeure pour ces activistes se trouve du côté du régime, qui a su répondre avec un grand sens politique et fait des gestes substantiels », explique le chercheur Jean-Pierre Filiu, auteur de La Révolution arabe, dix leçons sur le soulèvement démocratique (Fayard). « Il faut se rendre à l’évidence : le pouvoir nous a opposé une fin de non-recevoir, puisque notre revendication principale était la monarchie parlementaire », clame au contraire la militante Zineb El Rhazoui.

Lassitude

Si le Mouvement peut se prévaloir d’avoir fait réagir les autorités et d’avoir brisé de nombreux tabous, il doit aujourd’hui se renouveler et s’adapter à la réactivité du régime. « Nous avons eu le mérite d’ouvrir le débat sur la monarchie, se félicite El Rhazoui. Mais, aujourd’hui, si on escamote les questions de fond, comme la séparation des pouvoirs ou le régime institutionnel, on est voué à n’être qu’une coquille vide.

Très hétérogène, le Mouvement rassemble des militants d’extrême gauche, des apolitiques et les islamistes d’Al Adl Wal Ihsane. Sans chef, sans structure, sans même d’idéologie dominante, il n’a qu’un seul ressort : la rue. Mais ce qui était sa force est en train de se retourner contre lui. « À force de vouloir manifester trop fréquemment, ils ont pris le risque de se banaliser, voire de lasser la population », note Jean-Pierre Filiu. À l’approche des élections, que la majorité d’entre eux veut boycotter, la question de leur intégration dans le jeu politique se pose. En la rejetant, ils protègent leur indépendance, mais limitent leur capacité d’action. En l’acceptant, ils prennent le risque de passer pour des opportunistes dans un pays où les hommes politiques ont une image désastreuse. « Une autre solution serait d’y aller sous leur propre couleur, comme cela a été le cas en Égypte », conclut Filiu.

« Les positions radicales du Mouvement, dominé par les laïcs d’extrême gauche et les islamistes d’Al Adl, font qu’il n’est pas audible pour une grande partie de la société marocaine, très attachée à la fois à la religion et à la monarchie », analyse Younes Boumehdi, directeur de Hit Radio et organisateur de débats avec les militants du Mouvement. La présence des salafistes pose en tout cas un problème de fond. « Le jeu avec les islamistes est très dangereux. Comment des féministes et des militants des droits de l’homme peuvent-ils s’allier avec un mouvement aux yeux duquel hommes et femmes doivent manifester séparément ? » s’interroge El Rhazoui. « Nous sommes un mouvement de société qui respecte la démocratie, permet à tous de participer et de donner son avis », proteste Youssef, de la section de Rabat.

Classe moyenne

Composé essentiellement de membres de la classe moyenne, d’étudiants et de salariés, le Mouvement veut mobiliser la classe populaire, dont il défend le droit à la dignité. Sans grand succès pour le moment. « Je rencontre des gens de milieux défavorisés qui me disent : “On est heureux. Avec les élections qui approchent, on va avoir un mouton gratuit !” On va revenir à l’ancien système comme si rien ne s’était passé », déplore Omar Balafrej, président de la Fondation Abderrahim Bouabid. La faute en revient peut-être à l’absence de réactivité de la classe politique. Après s’être sentis menacés, plusieurs partis, dont le Rassemblement national des indépendants (RNI) et l’Union socialiste des forces populaires (USFP), ont tenté de débaucher des membres du Mouvement. « Grâce au 20 Février, on a vu pour la première fois des ministres débattre à la télévision avec un jeune militant. Cette fois, la jeunesse pourrait être prise au sérieux par le personnel politique », s’enthousiasme Boumehdi.

« Le 20 Février est un mouvement spontané, composé de jeunes qui ont conscience des problèmes que connaît la société, mais qui n’ont pas les clés pour la changer, tempère Omar Balafrej. Il aurait fallu que les partis prennent le relais, mais la classe politique manque terriblement de lucidité. » Depuis deux ans, Balafrej veut d’ailleurs créer un mouvement politique composé de sociaux-démocrates pour incarner cette demande de changement et proposer de vraies solutions.

Face à une classe politique autiste et devant l’ampleur des inégalités sociales, le Mouvement a l’intention de continuer à manifester, sur le modèle des Indignés d’Europe. « Le risque, c’est que le noyau dur, qui est pacifique et mesuré, laisse la place aux extrêmes, qui croient au grand soir et à la révolution. C’est pour cela qu’il faut agir vite », conclut Balafrej.

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