27/09/2011 à 11h:09 Par Julien Clémençot
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Karim Sy, fondateur de JokkoLabs. Karim Sy, fondateur de JokkoLabs. © Élise Fitte-Duval pour J.A.

Google et Microsoft ont implanté leurs bureaux à Dakar. L’État veut en faire un centre régional d’innovation. Et des incubateurs de start-up s’y épanouissent. Voyage au cœur d’une capitale connectée.

Juin dernier. Réuni dans un hôtel du quartier huppé des Almadies, à Dakar, le microcosme des télécoms africains réfléchit à son avenir. À la tribune, Ahmed Faroukh, patron du sud-africain MTN pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, met en garde : « D’ici cinq à dix ans, les communications seront gratuites. » Tout le monde le sait : compte tenu de la concurrence, l’assertion n’est pas improbable. Et seule la démocratisation d’internet pourra offrir un relais de croissance aux opérateurs. Problème : les échanges de données représentent moins de 10 % de leurs revenus. La situation serait due au manque de contenus locaux, indispensables pour doper l’audience.

Une préoccupation partagée par les entreprises de l’électronique et de l’informatique, qui voient aussi dans l’essor du web un passage obligé pour élargir leur marché. D’ailleurs beaucoup, comme Microsoft ou Samsung, annoncent des actions de soutien aux nouvelles technologies, en appuyant ici une université, là une jeune entreprise. Autant d’initiatives encore naissantes et finalement trop modestes pour provoquer l’émergence de start-up de premier plan.

Challenges

Reste que, à Dakar, l’effervescence autour des technologies de l’information et de la communication (TIC) est palpable. Plusieurs groupes de classe mondiale – Nokia, Microsoft, Google et IBM en tête – y ont installé leur bureau régional. Arrivé en 2009, Google constitue sans doute l’acteur le plus médiatique de la place. Le géant américain montre la voie. Bien décidée à accélérer la maturation du marché, son équipe multiplie challenges et sessions de formation à destination des petits génies de l’informatique sénégalais.

Critiqué pour son absence de stratégie en matière de TIC, l’État tente lui aussi de profiter de cette dynamique. Son objectif : faire du Sénégal un centre d’innovation capable d’irriguer la sous-région. Une place à prendre avant que la Côte d’Ivoire, qui sort d’une longue crise politique, ne devienne un concurrent direct. Avec l’appui des industriels et de bailleurs internationaux, les pouvoirs publics ont inauguré, au printemps, Ctic, une pépinière spécialisée.

« Notre philosophie est d’aider des entreprises existantes à faire éclore leurs projets. Nous nous rémunérons en prélevant entre 7 % et 9 % de leur chiffre d’affaires », explique le directeur général, Omar Cissé. Accès à internet via des lignes spécialisées, salles de réunion… Les jeunes entrepreneurs bénéficient en plus d’un accompagnement sur mesure grâce à la consultation d’experts détachés par certains partenaires, comme Orange. Avec 183 000 euros de budget annuel, la pépinière est une première étape « avant la création d’un technopôle, d’ici trois ou quatre ans », espère Omar Cissé.

Vitalité

En marge des initiatives officielles et de l’industrie, d’autres expériences démontrent la vitalité des TIC au Sénégal. C’est le cas de la Villa ACT, dont le promoteur, Vincent Lagoeyte, a écumé le monde culturel avant de bifurquer vers l’univers des nouvelles technologies. « À partir de 2005, il apparaissait clairement qu’il fallait changer la donne dans la distribution musicale et qu’internet était la clé », se souvient-il.

Le lieu, installé dans une maison du quartier résidentiel de la Patte d’oie, a démarré ses activités en mai. Il est notamment articulé autour de Soon, une start-up à la fois éditrice de solutions internet et web agency. Preuve de sa créativité, cette dernière vient de réaliser une plateforme de vidéos à la demande spécialisée dans le cinéma africain (africafilms.tv), mettant à disposition plus de mille heures de programmes. « Pour débuter, elle s’adresse au public européen et à la diaspora, mais d’ici quelques années, grâce à des technologies comme Android [utilisé par les smartphones et les tablettes numériques, NDLR], le public africain suivra », s’enthousiasme Vincent Lagoeyte. Financièrement indépendant des multinationales, cet ancien de l’École des hautes études commerciales (HEC), à Paris, n’exclut pas, à terme, des partenariats avec des industriels.

Tribus

Indépendant, c’est aussi le qualificatif qui pourrait être accolé au parcours et à la vision de Karim Sy. Fils de bonne famille, ingénieur formé au Canada, ce quadra est surtout connu au Sénégal pour avoir fondé la société d’ingénierie informatique Opensys. Un confort abandonné pour mieux se consacrer à la promotion de l’innovation. « Voir les TIC comme un nouveau secteur est une erreur, cela va devenir le cœur de l’économie », affirme ce patron qui s’inscrit dans la mouvance de l’entrepreneuriat social.

On y organise même, comme à Paris ou à New York, les fameux Mobile Monday.

Lancé en octobre 2010, son JokkoLabs est, en moins d’un an, devenu un rendez-vous incontournable pour les tribus de développeurs dakaroises aux noms étranges, de Mozilla Tech à Drupal. On y organise même, comme à Paris ou à New York, les fameux Mobile Monday, pendant lesquels une communauté de passionnés partage les dernières tendances de la mobilité. Installé dans un appartement aux murs colorés du quartier Liberté, l’incubateur héberge une quinzaine de start-up. Un lieu entièrement financé sur fonds propres par son créateur, soit une mise de départ de 23 000 euros. Mais l’appétit de Karim Sy n’est pas encore rassasié. C’est désormais un fonds d’investissement qu’il veut initier pour accélérer la mutation de l’économie sénégalaise. Et faire de Dakar la nouvelle Mecque du web ?

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Julien Clémençot, envoyé spécial à Dakar.

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