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28/09/2011 à 13:02
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Comabattants du PKK, à la frontière turco-irakienne, en 2007. Comabattants du PKK, à la frontière turco-irakienne, en 2007. © Mustapha Ozer/AFP

Entre mi-juillet et début septembre, les armées turque et iranienne ont pilonné sans merci les positions des rebelles kurdes du PKK et du Pjak, y compris dans le nord de l’Irak.

Aux confins de l’Iran, de l’Irak et de la Turquie, un territoire montagneux est, depuis juillet, le théâtre d’une guerre aussi peu médiatisée que sanglante. Du 16 juillet au 5 septembre, les Gardiens de la révolution islamique (GRI, les Pasdarans), armée idéologique de la République d’Iran, ont pilonné à l’artillerie lourde les zones frontalières du Kurdistan irakien. Le 17 août, l’aviation turque est entrée à son tour en action, bombardant la région jusqu’au 4 septembre. Villages détruits, populations en fuite, victimes civiles : malgré les vives protestations des autorités irakiennes, l’armée turque annonce que les opérations se poursuivront « jusqu’à ce que le nord de l’Irak devienne une zone sûre et vivable ». Côté iranien, le colonel des GRI, Hamid Ahmad, déclarait, le 2 septembre, que l’offensive continuerait « jusqu’à ce que la région soit débarrassée des terroristes ».

Depuis les années 1980, le Nord irakien est la base arrière des indépendantistes armés du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) pour leurs opérations en Turquie. Retranché dans la même zone, le Parti pour une vie libre au Kurdistan (Pjak), émanation du PKK, poursuit en Iran les mêmes buts que le PKK en Turquie : la lutte pour l’autonomie par des actions de guérilla et des attentats contre les forces de sécurité. Dès 1991, les puissances turque et iranienne multiplient les opérations militaires pour réduire les organisations rebelles armées. Après la première guerre du Golfe, l’autonomisation de fait du Nord irakien a profité aux mouvements kurdes, dès lors à l’abri de l’impitoyable répression de Saddam Hussein.

Opération terrestre ?

Comme Téhéran, Ankara justifie ses offensives par les nombreux attentats commis sur son territoire. Les deux États dénoncent l’incapacité de Bagdad à assurer l’étanchéité de ses frontières septentrionales. Mais le gouvernement central a peu d’emprise sur le gouvernement régional du Kurdistan, dont le président, Massoud Barzani, refuse d’intervenir par crainte « d’une guerre interkurde ». Un analyste kurde irakien souligne d’ailleurs que Saddam Hussein, malgré une implacable campagne anti-Kurdes qui a fait près de 200 000 morts et des centaines de milliers de déplacés, n’est lui-même jamais parvenu à réduire la guérilla. Extrêmement mobile, celle-ci a établi depuis des années son principal nid d’aigle dans les monts escarpés du Qandil, massif frontalier qui culmine à 3 275 m d’altitude entre l’Iran et l’Irak. C’est sur cette région de transhumance et de contrebande difficilement contrôlable que se sont concentrés les feux des deux armées cet été. Mais d’autres zones ont également été visées : les bombardements turcs ont atteint des objectifs disséminés dans tout le Kurdistan irakien et les GRI ont mené de violentes offensives début septembre à Sardasht, en territoire iranien.

Carte : Le Figaro

La guerre de l’information aussi fait rage. Le 29 août, l’armée turque annonçait avoir tué entre 145 et 160 séparatistes au cours de dizaines de sorties, mais, une semaine plus tôt, le PKK ne déplorait que 3 morts. De son côté, le Pjak annonçait avoir tué 300 soldats iraniens, dont 3 généraux, au cours de l’offensive des GRI du 16 au 31 juillet, et 76 autres les 2 et 3 septembre, chiffre ramené à 2 par les médias iraniens… Rare information concordante, les GRI comme le Pjak confirment l’élimination de Majid Kawiyan, alias Samkou, numéro deux du Pjak, dans un bombardement en Iran, le 3 septembre.

Une chose est sûre : malgré le déluge de bombes qui s’est abattu sur elle, la guérilla est encore active, et l’objectif annoncé par les Turcs et les Iraniens n’est pas atteint. Le 11 septembre, à Semdinli, localité turque frontalière avec l’Irak, des commandos du PKK ont attaqué un commissariat et une caserne de gendarmerie, tuant 3 civils et 2 membres des forces de sécurité. Pourtant, depuis le 5 septembre, les bombardements turcs et iraniens semblent avoir baissé d’intensité en Irak. Une accalmie avant la tempête ? C’est ce que laisse présager le ministre turc de l’Intérieur, qui a déclaré, le 13 septembre : « Une opération terrestre pourrait être menée à tout moment. » Depuis quelques semaines, les troupes turques ont été considérablement renforcées sur la frontière irakienne. Alors que le cessez-le-feu proposé le 5 septembre à l’Iran par le Pjak a été rejeté.

Ennemi commun

Y a-t-il eu coordination entre Ankara et Téhéran ? De nombreux médias le supposent, mais les autorités militaires ne se sont pas exprimées sur ce point, et certains commentateurs avancent qu’une telle coordination est aujourd’hui peu probable. Force est toutefois de constater la synchronisation des attaques en Irak. Sans échanges de renseignements, les pilotes turcs auraient pu confondre les forces iraniennes avec des troupes rebelles. Enfin, s’il est peu probable qu’un état-major mixte ait été formé pour l’occasion, les deux puissances avaient tout intérêt à partager leurs informations pour donner la chasse à l’ennemi commun.

Assad leur fait les yeux doux

En Syrie, le Printemps arabe mobilise-t-il les Kurdes ? « La jeunesse et la population participent en masse aux manifestations, alors que les chefs politiques et tribaux appellent au calme », explique le politologue libanais Ziad Majed. Ces derniers semblent avoir modéré leurs revendications devant la menace de conflit communautaire brandie par le régime, mais aussi après les concessions faites par celui-ci. En avril, le président Assad a ainsi octroyé la nationalité syrienne aux « étrangers de Hassakeh », 300 000 Kurdes qu’un recensement très superficiel en 1962 a laissés sans état civil. Le pouvoir cherche ainsi à gagner le soutien d’une communauté qui avait massivement manifesté son rejet du système baasiste en 2004 et 2005, malgré une répression féroce. Les chefs ont acquiescé, mais les aspirations de la jeunesse kurde sont les mêmes qu’à Deraa. Avec une dimension supplémentaire : ils souhaitent que la « République arabe syrienne » devienne la « République syrienne ». Saladin, le plus grand héros national, n’était-il pas kurde ?

À cheval sur l’Iran, l’Irak, la Turquie et la Syrie, le Kurdistan est un enjeu essentiel depuis les guerres qui ont opposé la Perse safavide et l’Empire ottoman dès le XVIe siècle. Réprimés par les autorités locales, les indépendantistes kurdes ont souvent été instrumentalisés par les puissances voisines en conflit. Avant de le pourchasser, l’Iran a longtemps aidé le PKK et ses alliés contre l’ennemi commun en Irak, Saddam Hussein. En 1998, la Turquie avait failli déclarer la guerre à la Syrie, qui soutenait alors le PKK. À l’opposé, l’entente entre États s’est toujours faite au détriment des mouvements kurdes : le traité de Saadabad conclu en 1937 entre l’Irak, l’Iran et la Turquie, comme les accords d’Alger de 1975 entre le chah et Saddam Hussein, visaient à coordonner la lutte contre les indépendantistes. Aujourd’hui, les relations plutôt apaisées entre les quatre États sont de mauvais augure pour les mouvements rebelles, comme l’illustrent les opérations récentes.

Le traité de Sèvres de 1920 avait prévu la création d’un État kurde. Trois ans plus tard, le traité de Lausanne redessinait le Moyen-Orient, octroyant ces territoires à la Turquie kémaliste. Les Kurdes – 25 à 35 millions de personnes réparties sur 503 000 km² – sont aujourd’hui la plus grande des « nations sans État ». Si la plupart d’entre eux n’espèrent plus l’indépendance, ils rêvent de pouvoir un jour vivre librement sur leur terre. Mais un peuple qui utilise trois alphabets, parle trois dialectes, compte de nombreuses minorités religieuses et une multitude de partis politiques soumis à toutes les influences peut-il créer un ensemble homogène ? Du reste, la voie prônée aujourd’hui par le Pjak, le PKK et la plupart des Kurdes est celle d’une autonomie régionale au sein des États existants. Combinée à une modernisation de la langue sur le modèle de l’arabe et à la libre circulation des biens et des personnes, cette autonomie pourrait être le fondement d’une unité retrouvée.

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