Le Premier ministre de Guinée-Bissau, Carlos Gomes Junior, offre l’asile à l’ancien dictateur. Au grand dam des Européens, mais avec la bénédiction de ses concitoyens.
Ni assassinat politique ni spectaculaire saisie de drogue. Si, début septembre, la Guinée-Bissau a fait parler d’elle, c’est pour son sens de l’hospitalité. Le 9, le Premier ministre Carlos Gomes Junior a déclaré que Mouammar Kaddafi, s’il le souhaitait, serait le bienvenu dans son pays.
Cette invitation, bien qu’elle n’ait pas été confirmée par la présidence, préférant garder ses distances avec cet « ami » devenu infréquentable, n’est pas passée inaperçue. Elle a suscité en coulisses l’irritation de quelques partenaires occidentaux. On se souvient que, fin 2010, l’Union européenne avait réduit la dette extérieure de la Guinée-Bissau de 1,2 milliard de dollars (905 millions d’euros) et que, en mai dernier, le Club de Paris a annulé une dette de 256 millions de dollars (178 millions d’euros) en valeur nominale.
Kaddafi, le bienfaiteur
Selon un officiel bissau-guinéen, la position du Premier ministre est néanmoins compréhensible, car « la population admire Kaddafi ». « Elle voit en lui un panafricaniste et un ami », dit-il. « Il a apporté la lumière », témoigne un habitant de la capitale qui se souvient qu’un don de gasoil à la centrale électrique alimentant Bissau avait mis fin, pour un moment, aux délestages. Le « Guide » a également financé la construction de deux unités de décorticage de noix de cajou, dans ce petit pays pauvre où 95 % de la population rurale vit de leur culture. Tripoli a en outre entrepris la construction et la réfection d’hôtels ainsi que d’infra-structures militaires.
En 2009, peu après l’assassinat du président João Bernardo Vieira, Mouammar Kaddafi avait même effectué une visite éclair à Bissau. « Il est arrivé à bord d’un jet. Il y avait aussi deux Hercule C-130 chargés de dizaines de berlines françaises destinées aux officiers de l’armée. Il n’est pas sorti de l’aéroport, mais tout le gouvernement s’était déplacé », raconte un diplomate en poste dans la capitale à l’époque.
Après la proclamation officielle de l’indépendance de la Guinée-Bissau, en 1974, la Libye fut l’un des premiers États à y ouvrir une ambassade, ainsi qu’un centre culturel, rapidement fermé. Les autorités reprochaient à ce dernier de verser dans le prosélytisme avec la distribution massive du fameux Livre vert écrit par le chef de la Jamahiriya.

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