13/09/2011 à 17h:25 Par Rémi Carayol
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Abdoulaye Wade a longtemps soupçonné Yahya Jammeh de soutien aux rebelles hostiles à son régime. Abdoulaye Wade a longtemps soupçonné Yahya Jammeh de soutien aux rebelles hostiles à son régime. © Seyllou Diallo/AFP

Autrefois difficiles, souvent tendues, les relations entre Dakar et Banjul sont aujourd’hui au beau fixe. Retour sur un rapprochement inattendu, à quelques mois des scrutins présidentiels.

Abdoulaye Wade a perdu un ami en lâchant Mouammar Kaddafi. Mais il en a retrouvé un autre en se rappelant au bon souvenir de Yahya Jammeh. Alors que les relations entre leurs deux pays ont oscillé, depuis onze ans, entre fortes tensions et timide coopération, les présidents sénégalais et gambien ont récemment effectué un spectaculaire rapprochement.

Il y a d’abord eu cet intense ballet diplomatique : le séjour à Dakar de la vice-présidente gambienne, en février ; les missions à Banjul de plusieurs ministres sénégalais, en avril et en mai… Puis il y a eu l’annonce de la mise en place d’un secrétariat permanent sénégalo-gambien destiné à « booster » la coopération entre les deux États. Et enfin la venue de Wade en personne à Banjul, le 16 août.

Ce jour-là, au palais de Yahya Jammeh, le président sénégalais n’a pas caché la raison de sa visite : « J’ai fait ma part pour mettre fin à la crise en Casamance, en vain. Le Sénégal et la Gambie sont un seul peuple, c’est pourquoi je veux que mon frère, le président Jammeh, intervienne pour qu’il y ait la paix en Casamance. » À ses côtés, le président gambien pouvait pavoiser. Pour celui qui avait été écarté comme un malpropre des négociations avec le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) dès l’arrivée de Wade au pouvoir, en 2000, c’est une belle revanche.

Cargaisons d’armes

Ce rapprochement s’est accéléré à la suite de l’affaire des armes iraniennes. L’histoire avait défrayé la chronique en octobre 2010, après que les autorités portuaires du Nigeria avaient découvert des cargaisons d’armes en provenance d’Iran et destinées à la State House Kanilaye – le palais de Jammeh. Cette nouvelle aurait pu entraîner le gel des relations diplomatiques entre Dakar – où l’on croit dur comme fer que ces armes étaient destinées aux rebelles du MFDC – et Banjul. Mais c’est finalement avec Téhéran que les deux États « frères » ont rompu.

Paradoxalement, l’enjeu de ce réchauffement diplomatique est à chercher dans la politique intérieure des deux pays. À un moment où les deux présidents remettent en jeu leur mandat – le 24 novembre pour Jammeh, le 26 février pour Wade –, la question casamançaise devient en effet urgente.

Depuis deux ans, les attaques rebelles se sont multipliées et la stratégie de Wade est un échec. « Il a écarté la Guinée-Bissau et la Gambie des pourparlers, explique le politologue Babacar Justin Ndiaye, spécialiste du conflit casamançais. Aujourd’hui, il est obligé de revoir sa stratégie. Il a besoin des voisins pour trouver la paix et entrer dans l’Histoire. »

Le temps presse. La Casamance pourrait peser sur les résultats de l’élection présidentielle. Depuis plusieurs mois, les rebelles menacent d’empêcher les électeurs de se rendre aux urnes le 26 février. Or, pour « Gorgui », la Casamance, un des rares bastions du Parti démocratique sénégalais (PDS), est un pion essentiel. En 2009, Ziguinchor est la seule grande ville à avoir élu un de ses hommes – et pas n’importe lequel : Abdoulaye Baldé, qui fut secrétaire général de la présidence durant huit ans et qui est un proche de Karim Wade.

À Dakar, de nombreux observateurs s’irritent de cette soudaine collaboration. « Comment peut-on faire confiance à Jammeh ? dénonce un ancien diplomate sénégalais. Tout le monde sait qu’il aide la rébellion. » Dans l’entourage de Wade, on rappelle cependant que, depuis son rapprochement avec Jammeh, les troupes de Salif Sadio – que le président gambien est accusé d’héberger – se font plus discrètes. « Normal, explique un spécialiste. Jammeh aussi, à l’approche de l’élection, a besoin d’un retour au calme. » Pour lui, qui règne d’une main de fer sur le pays, la victoire ne fait guère de doute. « Mais il a besoin de la reconnaissance de la communauté internationale, poursuit un diplomate. Il doit montrer patte blanche pour obtenir leur imprimatur. »

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