Le petit émirat du Qatar espère tirer bénéfice de son implication politique et militaire en Libye. Une première dans son histoire.
À l’avant-garde de la soixantaine de délégations réunies à Paris, le 1er septembre, pour la conférence internationale de soutien de la Libye nouvelle, le Qatar a savouré son triomphe. Deuxième État à avoir reconnu le Conseil national de transition (CNT) après la France, le 28 mars, il a été le seul pays arabe avec les Émirats arabes unis à se joindre aux opérations militaires de la coalition. Cet engagement résolu a conféré une légitimité régionale et arabe indispensable au vote de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, le 17 mars.
Coincé entre l’Arabie saoudite et l’Iran, cet État du Golfe, grand comme la Gambie, privilégiait jusqu’alors, avec son chéquier, une diplomatie d’influence en coulisses. Liban, Soudan… les médiations ont été nombreuses ces dernières années. Mais cette fois, l’émirat a changé de braquet avec l’usage de sa puissance de feu. Ses Mirage ont bombardé les forces loyalistes et ses conseillers militaires ont participé à la formation express des insurgés, dans le Djebel Nefoussa libyen et les dunes qataries. Pour Christopher Davidson, politologue spécialiste du Golfe de l’université anglaise de Durham, « c’était l’occasion de dynamiser sa stratégie diplomatique en se présentant comme une puissance active et non inféodée aux Saoudiens, comme un État neutre mais pas indifférent ».
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Pour le CNT, le Qatar n’a pas ménagé ses efforts : aides financière et humanitaire, envoi d’armes, organisation de conférences internationales de soutien, sans oublier l’action décisive de la chaîne qatarie Al-Jazira. « Le Qatar y a beaucoup gagné en termes d’image. Il devrait aussi y gagner de nombreux contrats », poursuit Davidson.
Le CNT compte en effet favoriser ses protecteurs pour l’attribution des marchés de l’après-guerre. Qatar Oil et Qatar Gas pourraient rapidement signer leurs premiers contrats, et l’émirat, qui a très tôt choisi de diversifier son économie, devrait également démontrer en Libye ses compétences en matière de construction, d’industrie, de tourisme ou encore de finance.
Parfois qualifié de visionnaire, l’émir Al Thani a certes fait la preuve de sa clairvoyance. Bachar al-Assad, en Syrie, devrait y voir un mauvais augure. Le Qatar a été le premier pays arabe à rompre avec Damas…

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