Extension Factory Builder
31/08/2011 à 11:38
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
L'armée et les jeunes activistes sont désormais à couteaux tirés. L'armée et les jeunes activistes sont désormais à couteaux tirés. © AFP

Le 25 janvier, le peuple descendait dans la rue pour réclamer « du pain, de la liberté et de la dignité ». Mais six mois plus tard, ceux qui ont chassé Moubarak du pouvoir ne parlent plus du tout d’une seule voix.

« Je ne regrette rien. Sauf une chose. Nous n’aurions pas dû quitter la place, le 11 février, avant que toutes nos demandes aient été satisfaites », explique Lina Megahed, jeune manifestante de la place Al-Tahrir. Six mois après la chute de Hosni Moubarak, la révolution égyptienne laisse à certains de ses héros un goût d’inachevé. De nouvelles revendications ont fait leur apparition. Les manifestants exigent désormais, entre autres, la prise en charge des victimes de la répression et la mise en place de salaires minimum et maximum. Tout comme ils réclament la démission d’un grand nombre de responsables compromis par leurs liens avec l’ancien régime. Surtout, ils désapprouvent la manière dont le Conseil suprême des forces armées gère la transition démocratique. Et le font savoir haut et fort.

Il y a eu le scandale des tests de virginité. Puis le jugement de civils par des tribunaux militaires (plus de 10 000, selon Human Rights Watch). Mais l’armée est passée à la vitesse supérieure en s’en prenant directement au mouvement Kefaya («Ca suffit !») et au Mouvement du 6 avril. Déjà très actives sur le plan politique avant la révolution, les deux associations ont été accusées par un général du Conseil suprême de recevoir des financements de l’étranger. Dans son décret no 69, promulgué le 23 juillet, l’institution militaire reproche également au Mouvement du 6 avril de vouloir « diviser le peuple et l’armée ».

Durcissement

« Ils ont commencé par jouer les protecteurs de la révolution, mais le ton s’est durci. Aujourd’hui, ils n’hésitent plus à nous attaquer et se justifient en disant que nous sommes des criminels », s’insurge Lina Megahed. De fait, l’armée semble s’être définitivement désolidarisée des jeunes activistes. À preuve, la brutalité avec laquelle les manifestants de la place Al-Tahrir ont été dispersés le 1er août.

Si vingt-six associations ont accepté de mettre fin au sit-in le temps du mois de ramadan, des militants et des familles de « martyrs » ont décidé au contraire de poursuivre l’occupation de la place. C’est sous les hourras et les encouragements des habitants du quartier du centre-ville qu’ils ont été délogés par les militaires, qui tiraient en l’air et arrêtaient ceux qui leur tombaient sous la main. « Certains militants ont des exigences exorbitantes, très éloignées de celles de la majorité silencieuse », explique Rana Farouk, porte-parole de l’une des nombreuses associations de jeunes de la révolution qui ont vu le jour après la chute de l’ancien régime. Cette même majorité silencieuse semble donc souhaiter la fin des manifestations, qu’elle juge responsables de l’instabilité économique et politique du pays.

La division mine aussi les partis politiques. Tous essaient de s’approprier la révolution en prétendant s’exprimer au nom des Égyptiens. Les accusations de trahison et de manipulation fusent de toutes parts. Le vendredi 29 juillet avait été décrété « vendredi de la volonté du peuple ». Ce jour-là, les différentes formations politiques devaient se rassembler et porter les mêmes revendications, laissant de côté leurs divergences. Mais les salafistes se sont rétractés, préférant investir la place pour dénoncer un projet de norme supraconstitutionnelle (garantissant la liberté de conscience) et appeler à l’instauration d’un État islamique, obligeant une trentaine de formations séculières à se retirer en signe de protestation.

Quid des élections ?

Dans ce contexte, personne ne semble se préoccuper des législatives, dont les préparatifs commenceront à la fin du mois de septembre. Mais la loi électorale, rendue publique le 20 juillet, a été unanimement rejetée par les partis. En cause : la possibilité donnée aux indépendants de briguer 50 % des sièges de l’Assemblée. « Ce mode de scrutin encourage l’achat des voix et le recours aux baltagias [voyous payés par le pouvoir] », explique Imad Gad, l’un des fondateurs du Parti social-démocrate égyptien. Là encore, un seul responsable, le Conseil suprême, qui n’a absolument pas pris en compte le projet de loi rédigé par les partis, déplore Imad Gad : « Il ne voit pas la révolution comme un changement en profondeur, mais comme une simple réforme de surface. »

Le 3 août, cependant, l’ouverture du procès de Hosni Moubarak, de ses deux fils, Alaa et Gamal, et de son ministre de l’Intérieur a fait retomber la tension. Et si quelques manifestants ont protesté contre le jugement de l’ancien raïs, l’écrasante majorité de la population a regardé avec stupeur et émotion le dictateur déchu et sa progéniture pénétrer dans le box des accusés. Le temps de quelques heures, le peuple a retrouvé son unité, celle-là même qu’il avait découverte place Al-Tahrir, quand il exigeait d’une seule voix la chute du régime.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Egypte

Gaza : vers un accord a minima entre Israël et les Palestiniens ?

Gaza : vers un accord a minima entre Israël et les Palestiniens ?

Israéliens et Palestiniens se sont mis d'accord lundi soir sur la prolongation de vingt-quatre heures du cessez-le-feu en vigueur à Gaza. Cette décision adoptée in extremis, peu avant l'expiration de la[...]

Égypte : trois morts dans des heurts en marge de manifestations pro-Morsi

Trois personnes ont péri vendredi en Égypte dans des heurts en marge de manifestations des partisans du président déchu Mohamed Morsi, a affirmé un responsable de la sécurité, au[...]

Égypte : trois morts dans la répression de la commémoration des massacres de 2013

Au moins trois personnes ont été tuées jeudi au Caire en marge de manifestations des partisans du président déchu Mohamed Morsi qui ont peiné à mobiliser à l'occasion du[...]

Fatma, survivante de Rabaa : "Il y avait du sang partout"

Il y a un an, les autorités égyptiennes dispersaient dans le sang deux sit-ins en soutien à Mohamed Morsi, sur les places Nahda et Rabaa. Une répression d’une rare violence que HRW a[...]

Sissi et le massacre de Rabaa al-Adawiya, le Tian'anmen égyptien

Selon l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, la tuerie de Rabaa al-Adawiya, perpétrée il y a tout juste un an contre des partisans des Frères musulmans, est[...]

Gaza : prolongation de la trêve pendant cinq jours

Après de nouveaux raids aériens sur Gaza en riposte à des tirs de roquettes, l'Égypte a annoncé mercredi soir la prolongation pour une durée de cinq jours de la trêve entre[...]

Égypte : un an après, Sissi veut tourner la page des massacres d'août 2013

Le 14 août 2013, une répression terrible s’est abattue sur les partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi. Un an après, le maréchal au pouvoir, Abdel Fattah al-Sissi, veut[...]

Répression des Frères musulmans : deux dirigeants de HRW interdits de séjour en Égypte

L'ONG Human Rights Watch (HRW) a annoncé lundi que deux de ses directeurs ont été interdits d'entrer en Égypte où ils devaient présenter un rapport sur la sanglante répression[...]

DP World en pleine tourmente sur le continent

Alors qu'il aligne les bonnes performances à travers le monde, en Afrique, le troisième opérateur portuaire mondial collectionne les ennuis et les scandales. Le dernier en date, à Djibouti,[...]

L'Égypte finit d'éradiquer les Frères musulmans de la scène politique

L'Égypte a achevé samedi d'éradiquer les Frères musulmans de la scène politique en prononçant la dissolution de leur branche politique plus d'un an après que l'armée a[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers