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05/08/2011 à 07:15
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Le collectif Y'en a marre en Janvier. Le collectif Y'en a marre en Janvier. © Émilie Régnier pour J.A.

Chef de file de l’agitation sociale au Sénégal, le collectif Y’en a marre a acquis une notoriété internationale. Notamment grâce à Facebook.

Dakar, le 23 juillet. Cinquante mille manifestants, selon les organisateurs – environ 8 000 selon la police –, sont descendus dans la rue afin de pousser Abdoulaye Wade à renoncer à se présenter à l’élection présidentielle de février 2012. Leur slogan : « Y’en a marre ! » Un mot d’ordre qui témoigne de la place prise par les deux rappeurs du groupe Keur Gui de Kaolack et par leur ami journaliste, Fadel Barro, fondateurs du mouvement citoyen éponyme destiné à protester contre « le rationnement systématique imposé à nos foyers dans l’alimentation en électricité ».

Lors de la manifestation, les trois compères ont eu droit à une véritable ovation, signe d’un engouement populaire. Ils doivent pourtant beaucoup à une autre consécration : celle des réseaux sociaux. Outre les manifestants qui les acclament, quelque 5 000 « amis » les accompagnent sur leur profil Facebook, environ 9 000 internautes ont adhéré à leur page et 17 000 autres se retrouvent sur un groupe fermé. Un succès virtuel qui s’est construit à l’étranger, où le mouvement fait des émules, comme au Gabon ou en Italie.

Reconnaissance numérique

Si le groupe est devenu le symbole de la contestation citoyenne sénégalaise, c’est ainsi avant tout grâce à une reconnaissance numérique, laquelle vient en particulier de la diaspora et de la presse étrangère. La page Facebook du groupe est devenue un véritable « portail d’information » et Y’en a marre l’a bien compris : les conférences de presse sont relayées via le fil d’actualités, et les manifestations, notamment celle du 23 juin, sont couvertes en direct.

En s’appuyant sur les réseaux sociaux, très fréquentés par les Européens et les Américains, le mouvement s’offre ainsi une visibilité qu’il aurait été difficile d’acquérir par la communication traditionnelle. Chaque média étranger, de plus en plus attentif aux agitations de la sphère internet depuis la mobilisation en Tunisie, peut accéder aux informations. Et, bien que 450 000 Sénégalais environ utilisent Facebook, ce sont surtout les journalistes et la diaspora qui s’y informent, comme Ismaïl. Ce jeune Sénégalais d’une vingtaine d’années, installé à Paris, avoue se connecter « chaque soir » afin de se « tenir au courant ».

SMS relais

En revanche, au pays, la faiblesse des infrastructures empêche le réseau social d’être pleinement efficace. « On ne comptait pas vraiment sur Facebook comme premier outil de mobilisation, avoue Fadel Barro. Il y a des coupures d’électricité tout le temps et la couverture internet n’est pas assez développée. » Ainsi, seuls 0,54 % des Sénégalais disposent d’un accès internet haut débit contre, par exemple, 4,87 % des Tunisiens*. Les appels à la mobilisation postés sur le réseau social perdent donc de leur efficacité : ils peuvent parfois être vus par l’utilisateur sénégalais avec une semaine de retard. « On utilise surtout les SMS avec des relais dans tout le pays. Je suis moi-même en lien avec 207 ­groupes d’une cinquantaine de personnes. On transmet au chef de file et l’information passe », explique le cofondateur du collectif.

Parler du mouvement sénégalais comme on l’a fait de la contestation tunisienne, qui trouvait dans les réseaux sociaux un moyen de contourner la censure, serait donc une erreur. « Nous n’avons pas les moyens [d’une révolution à la tunisienne, NDLR] », avoue Fadel Barro. « Ni en termes d’infrastructures numériques, explique-t-il, ni même au-delà. L’économie du pays ne supporterait pas une révolution. » Et de conclure, d’un ton grave : « C’est simple, si cela s’embrase, les gens vont mourir de faim. »

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* Chiffres de l'université canadienne de Sherbrooke.

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