Sucre, farine et ciment… Les trois principales filiales du groupe nigérian ont longtemps fait miroiter de spectaculaires taux de croissance. Mais depuis leur entrée en Bourse, elles affichent des performances décevantes.
Le Nigérian Aliko Dangote sait ce que le marché financier peut lui apporter. S’il est aujourd’hui le plus riche entrepreneur d’Afrique, il le doit en partie à l’introduction en Bourse de trois de ses filiales : Dangote Sugar (sucre), Dangote Flour Mills (farines et pâtes) et Dangote Cement (ciment), dernier entré sur la place de Lagos, fin 2010. Ces trois actifs pèsent 12,7 milliards de dollars (environ 8,8 milliards d’euros), et leurs introductions en Bourse ont directement rapporté près de 600 millions de dollars au groupe.
Un beau succès que certains regrettent aujourd’hui, tant les parcours boursier et financier de ces filiales déçoivent. Dangote Sugar, coté depuis le début de 2007, n’a jamais atteint les objectifs qu’il s’était fixés. En 2010, son chiffre d’affaires (580 millions d’euros) s’est établi 8 % en dessous de celui prévu pour… 2008 ! Ses bénéfices ont reculé de près d’un tiers en quatre ans, tout comme ses dividendes. Même déception pour Dangote Flour Mills, qui a fait son entrée sur le marché financier début 2008, ou pour Dangote Cement, entré en Bourse à la faveur de la fusion avec Benue Cement Company, en 2010.
Si ces filiales ont longtemps fait miroiter de spectaculaires taux de croissance, c’est parce que le cocktail stratégique du groupe est bien étudié : des produits de consommation courante bien positionnés pour profiter de la hausse du pouvoir d’achat ; des secteurs d’activité protégés et profitant de subventions ; et d’importants projets de développement. Si les premières composantes de la stratégie Dangote sont encore en place, c’est du côté du dernier élément que le bât blesse. Le ralentissement, voire la suspension de plusieurs projets, semble avoir jeté le doute, dans la communauté des affaires, sur la sincérité des engagements des filiales de Dangote.
Ainsi, l’annonce de développements majeurs dans le ciment dans treize pays subsahariens, du Sénégal à l’Afrique du Sud (près de 4 milliards de dollars d’investissements), n’a pas provoqué l’enthousiasme attendu. « Si le marché ne réagit pas très positivement, c’est parce qu’il y a quelques incertitudes sur la façon dont Dangote va financer des dépenses et que, de surcroît, les marchés visés n’ont pas le même potentiel que le marché nigérian », estime un analyste.
Marges en baisse
Autre facteur d’inquiétude : la montée de la concurrence. Sur ses terres, le cimentier dispose d’un sérieux compétiteur : le français Lafarge qui, malgré un endettement très lourd, entend augmenter de 2 millions de tonnes sa capacité au Nigeria d’ici à la fin de l’année. Dans la minoterie, Dangote Flour Mills doit aussi désormais compter avec le singapourien Olam, qui a acquis en 2010 Crown Flour Mills, un concurrent direct.
Du côté des marges, la situation n’est guère réjouissante. Le prix du blé, même s’il semble en baisse après avoir doublé en 2010, reste à l’un de ses niveaux les plus élevés. Fin juillet, celui du sucre se situait 70 % au-dessus de son cours enregistré un an plus tôt. Une situation difficile à gérer pour des sociétés dépendantes des importations de ces produits agricoles et qui maîtrisent mal l’amont. Quant à Dangote Cement, même s’il maîtrise mieux son approvisionnement, il reste confronté à la hausse de certains coûts, notamment celui de l’énergie, sans certitude sur l’avenir des prix de vente du ciment. Selon la banque d’investissement Renaissance Capital, ceux-ci pourraient baisser de 5 % par an.

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