Mise en faillite à la fin de juillet, la compagnie nationale ivoirienne s’apprête à redécoller avec le soutien d’Air France.
Le retour en force de la France dans le business ivoirien se confirme dans tous les secteurs d’activité, y compris dans l’aérien. Les autorités viennent en effet de faire appel à Air France pour fonder une nouvelle compagnie nationale qui, opérationnelle au début de 2012, succédera à Air Ivoire. Handicapée par une dette colossale (plus de 50 millions d’euros) et par des effectifs pléthoriques (environ 400 employés pour une flotte de trois avions en service, là où la profession recommande un effectif inférieur à 200 personnes), la compagnie a cessé ses activités en mars et déposé son bilan à la fin de juillet.
En mai, le Consortium des financiers ivoiriens (CFI Aérien), filiale du Groupe Atlantique, qui possédait 50,50 % des parts (l’État détenant les 49,50 % restants), avait sollicité Air France pour élaborer un plan de restructuration censé permettre à Air Ivoire de trouver un second souffle. Mais la situation financière critique de l’entreprise et ses problèmes d’organisation ont empêché ce projet d’aboutir.
D’où l’idée de créer une nouvelle entité, avec Air France aux commandes. Jean-Cyril Spinetta, le président de son conseil d’administration, a fait un voyage éclair à Abidjan le 21 juillet. Objectif : rencontrer le chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara, afin d’arrêter le tour de table des actionnaires. « Le président nous a fait confiance pour que, en liaison avec l’État et des investisseurs privés ivoiriens, nous puissions lancer une nouvelle compagnie d’ici l’an prochain », a-t-il expliqué.
Plan B
Au passage, CFI Aérien y perd la majorité des parts au profit de l’État, et Air France se retrouve actionnaire. « L’État sera majoritaire, Air France aura une minorité de blocage et nous compterons des actionnaires privés ivoiriens », précise Gaoussou Touré, le ministre ivoirien des Transports. Car entre-temps, le dossier a pris un tour politique. Il n’est pas dans la tradition de la compagnie française de prendre une participation dans le capital d’un transporteur aérien qui compte un État pour actionnaire majoritaire, mais l’Élysée a fait pression pour qu’Air France s’entende avec les autorités ivoiriennes.
De son côté, Koné Dossongui, le patron du Groupe Atlantique, qui a discuté des conditions de la dissolution d’Air Ivoire avec le ministre des Transports, est sur un siège éjectable. L’homme d’affaires pourrait payer son soutien à Laurent Gbagbo. Le général Abdoulaye Coulibaly, ancien pilote du président Houphouët-Boigny et actuel conseiller d’Alassane Ouattara chargé de l’aéronautique, manœuvre avec Patrice Koné, pilote d’Air Ivoire, pour sortir Atlantique du capital de la future société. Pour l’instant, CFI Aérien, qui avait initialement ouvert des négociations avec la nigériane Arik Air pour en faire un partenaire stratégique avec Air France, n’a pas abandonné cette option. Mais Dossongui a son plan B : créer une compagnie aérienne concurrente au cas où on le pousserait vers la sortie.
En attendant, la stratégie de la nouvelle Air Ivoire reste à définir. L’accent sera mis sur le développement d’un réseau régional et interrégional en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale – où la concurrence est rude. L’aéroport d’Abidjan, qui est le hub naturel de l’ex-Air Ivoire, est très convoité. Sénégal Airlines ambitionne d’en faire son deuxième hub après Dakar et a ouvert six dessertes hebdomadaires. Asky Airlines, Air Burkina et Air Mali sont aussi sur les rangs. Pour la nouvelle entité, la tâche ne sera pas plus aisée que pour sa défunte aînée.

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