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03/08/2011 à 17:50
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Manifestation devant le Parlement à Dakar, le 23 juin 2011. Manifestation devant le Parlement à Dakar, le 23 juin 2011. © Moussa Sow/AFP

Le chef de l’État du Sénégal, Abdoulaye Wade, sait que les nouvelles générations pourraient faire basculer le résultat de la présidentielle, en 2012. Et que cela ne jouera pas forcément en sa faveur…

C’est passé presque inaperçu. Le 14 juillet, lors de sa première sortie publique depuis les émeutes des 23 et 27 juin à Dakar, Abdoulaye Wade n’a pas seulement confirmé sa candidature à la présidentielle de 2012. Le chef de l’État a aussi annoncé la mise en place d’un Haut Conseil pour l’emploi et la formation, qui aura pour mission rien de moins que de résorber le chômage des jeunes. Il a également promis la création de 100 000 emplois, toujours pour les jeunes.

Ce n’est pas la première fois que « le Vieux » drague ouvertement les nouvelles générations. Le 19 mars, lors de la célébration du onzième anniversaire de son arrivée au pouvoir, il leur avait consacré une grande partie de son discours. « Cheikh Tidiane Sy [ministre de la Justice, NDLR] et moi, nous sommes les seuls à ne pas être des jeunes dans le gouvernement », s’était-il enorgueilli en exagérant à peine.

Ces clins d’œil à répétition ne sont pas fortuits. Wade le sait, ses opposants aussi : en février 2012, ce sont les jeunes qui feront le futur président. Selon les estimations officielles, près de six millions de Sénégalais seront en âge de voter en février prochain. Mais ils ne sont pour l’heure que cinq millions à être inscrits sur les listes électorales. Le million restant, ce sont ces bataillons de jeunes qui ont atteint la majorité (18 ans) depuis la présidentielle de 2007.

Jusqu’à récemment, ces nouveaux venus n’étaient pas un problème : peu d’entre eux envisageaient de participer au scrutin. En décembre dernier, seuls 12 % des 18-22 ans s’étaient inscrits sur les listes… « Les jeunes ne font plus confiance aux partis politiques. La plupart n’envisageaient pas de voter en 2012 », confirme Cheikh Fadel Barro, l’un des fondateurs du mouvement Y’en a marre, qui prône « la révolution démocratique » par la « conscientisation des jeunes ».

Mais la donne a changé et Barro n’y est pas étranger. Depuis le 16 avril, les membres de Y’en a marre, forts de leur popularité, se sont mis en tête d’inciter les jeunes à s’inscrire sur les listes. « Tous les jours, on va dans les quartiers et on fait du porte-à-porte », explique-t-il. Objectif : « Faire comprendre aux jeunes que c’est en votant qu’on est maître de son destin. »

Barrières

Cette campagne, dénommée Daas Fanaanal (« se prémunir » en wolof), a porté ses fruits. Selon Barro, plus de 300 000 jeunes auraient suivi le mot d’ordre ces dernières semaines. Une estimation approximative, très éloignée des données officielles – le gouvernement n’en comptabilisait que 105 000 le 8 juillet. De quoi alimenter la polémique : depuis plusieurs semaines en effet, Y’en a marre et l’opposition dénoncent « les barrières de l’administration ». Celle-ci freinerait des quatre fers les nouvelles inscriptions. « Longtemps, dans certains bureaux, on n’a accepté d’inscrire que 20 nouveaux électeurs par jour. Dans d’autres, on les faisait attendre trois, quatre heures, avant de leur dire de revenir le lendemain, en leur expliquant qu’il n’y avait plus de papier. » Longtemps aussi, de nombreux Sénégalais n’ont pu retirer leur carte d’identité, indispensable à l’obtention de la carte d’électeur. Officiellement, les machines étaient en panne…

Un bilan en demi-teinte

Le bilan du président en direction de la jeunesse est mitigé, explique le politologue Babacar Justin Ndiaye. « Il a réalisé des écoles, des stades… » Il a également mis en place de nombreuses structures visant à favoriser l’intégration des jeunes dans le marché de l’emploi : le Front national de promotion de la jeunesse, l’Agence nationale pour l’emploi des jeunes, l’Office pour l’emploi des jeunes de la banlieue… Mais les résultats se font attendre. « Ce sont des coquilles vides », dénonce Cheikh Fadel Barro, un des fondateurs du mouvement Y’en a marre. Wade a également initié le plan Reva (Retour vers l’agriculture), pour encourager le retour des jeunes vers le travail de la terre. Il a revu à la hausse les bourses des étudiants. Mais, comme le rappelle Ndiaye, « aujourd’hui, ce que réclament les jeunes, c’est du travail. Sur ce point, il a échoué ». Si officiellement le taux de chômage avoisine les 15 % dans les banlieues de Dakar, il se situe en fait bien au-delà.

Aujourd’hui, « tout est rentré dans l’ordre », jure Serigne Mbacké Ndiaye, porte-parole du gouvernement. Mais c’est trop tard : la date butoir pour les inscriptions sur les listes électorales a été fixée au 31 juillet. Y’en a marre demande à ce qu’elle soit repoussée à octobre. Le Mouvement du 23 juin, qui réunit une soixantaine de partis et d’organisations de la société civile, aussi. Mais le gouvernement ne l’entend pas de cette oreille. « Si on recule la date, on risque de ne pas pouvoir organiser l’élection à la date prévue », explique Ndiaye. Pour Moustapha Niasse, l’un des chefs de file de l’opposition, Wade a tout simplement « prémédité » cette impasse : « Ces jeunes électeurs l’effraient. »

Car cela aussi, Wade le sait : il y a peu de chances pour que les nouveaux électeurs votent pour lui. « En 2000, c’était mon premier vote, témoigne Thiat, un autre des fondateurs de Y’en a marre. J’ai voté pour le changement, pour Wade. En 2012, c’est le même cycle qui revient. Les jeunes voteront pour le changement. La plupart n’ont connu que Wade. Et ils savent qu’il n’a pas tenu ses promesses. »

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