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19/07/2011 à 12h:45
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Les problèmes de diffusion et de distribution sont permanents, faute de librairies dignes de ce nom Les problèmes de diffusion et de distribution sont permanents, faute de librairies dignes de ce nom © Baudouin Mouanda

Publier un livre au Congo n’est pas une mince affaire. C’est pour rendre ce rêve possible qu’a été créée la maison d’édition Hemar. Malgré les difficultés, son directeur a une foi inébranlable.

Mukala Kadima-Nzuji est convaincu d’une chose : il n’y a pas de marché du livre, ni à Brazzaville ni à Kinshasa. D’aucuns expliquent cela par l’attachement à la tradition orale. D’autres mettent en avant la pauvreté et l’absence de politiques culturelles efficaces. « On a beau parler d’oralité pour expliquer le manque d’intérêt pour le livre, je n’y crois pas. Nous devons aller vers le livre, car c’est l’une des clés du développement », rétorque Mukala Kadima-Nzuji.

À 64 ans, l’homme est un véritable passionné. Originaire du Congo-Kinshasa, il enseigne la littérature à l’université Marien-Ngouabi de Brazzaville depuis 1983. Il a également une expérience du monde de l’édition. Expérience acquise d’abord à Kinshasa et à Lubumbashi où, encore étudiant, il participe à la création, avec Valentin-Yves Mudimbe, des éditions du Mont Noir, qui publieront la plupart des jeunes écrivains de l’époque. Il y édite sa propre poésie. Ensuite à Paris, chez Présence africaine, où il sera, tour à tour, pendant près de dix ans, lecteur d’édition, secrétaire de rédaction de la revue éponyme, puis directeur littéraire. Chez cet éditeur, Mukala Kadima-Nzuji signera un essai sur l’œuvre du poète malgache Jacques Rabemananjara et un roman.

L’aventure des Éditions Hemar a commencé à Brazzaville, en 1989. « Nous étions quatre amis et nous nous sommes demandé s’il ne fallait pas créer une structure destinée à publier tous ces auteurs dont les manuscrits, adressés à des éditeurs européens, étaient systématiquement rejetés pour des raisons obscures », se souvient Kadima-Nzuji. Le premier titre paraît en avril 1990. Mais la situation politique et militaire du Congo à cette époque n’est pas propice à un travail serein. Elle conduit à l’interruption de l’activité, qui ne reprendra qu’en… 2000. Lors de ce redémarrage, l’ambition est encore modeste : sortir trois titres par an. Onze ans plus tard, Hemar en est à un livre par mois. Tirage moyen : mille exemplaires, avec un maximum de trois mille. Pourtant, les problèmes de diffusion et de distribution sont permanents, faute de librairies dignes de ce nom à Kinshasa et à Brazzaville, ainsi que de structures adéquates dans toute l’Afrique centrale. Pour continuer d’exister, Hemar a tout essayé : dépôts dans les quelques librairies « fréquentables », colportage… Face à ces démarches hasardeuses, Kadima-Nzuji projette d’ouvrir une librairie pour soutenir l’activité éditoriale.

Malgré toutes ces difficultés, certains livres du catalogue ont récolté un certain succès. Un de ses auteurs, Henri Djombo, est enseigné au Cameroun. Les écrivains maison ont trois types de contrats : le contrat à compte d’éditeur (Hemar engage ses propres fonds) ; le contrat de participation pour quelques livres « difficiles » (l’éditeur contribue à hauteur de 50 %) ; le contrat à compte d’auteur. Dans ce dernier cas, l’auteur reçoit 80 % du tirage, qu’il peut revendre lui-même au prix du catalogue ou un peu plus cher. « Quel que soit le type de contrat, nous ne sommes pas en mesure de payer les droits d’auteur faute de marché du livre », constate amèrement Mukala Kadima-Nzuji.

Impression

Attaché à la qualité de ses produits, le directeur d’Hemar a décidé de faire imprimer les livres à Louvain-la-Neuve (Belgique). « Il n’y a pas d’imprimeurs aguerris à Brazzaville et à Kinshasa. Un ouvrage imprimé en Belgique nous coûte moins cher, port compris, qu’à Kinshasa et Brazzaville, c’est-à-dire 4 000 euros. » Pour avoir une visibilité internationale, il est diffusé par Présence africaine et L’Harmattan, à Paris. Il a également signé un accord avec la Galerie Congo, toujours dans la capitale française. En attendant, Mukala Kadima-Nzuji garde l’espoir. « L’avenir est prometteur », dit-il avec le sourire.

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