12/07/2011 à 11h:10 Par Julien Clémençot
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Une usine de textile à Tanger au Maroc. Une usine de textile à Tanger au Maroc. © Abdelhak Senna/AFP

Autrefois bannie en Afrique, l’élaboration de politiques tournées vers le secondaire revient au goût du jour chez les économistes. Il était temps, car la production manufacturière du continent fait grise mine.

Taboue depuis les années 1980 et les politiques d’ajustement structurel, la nécessité pour les pays africains d’élaborer de véritables stratégies industrielles refait surface dans les institutions internationales. « La crise mondiale de 2008 a changé la vision du rôle de l’État. Et l’industrialisation est l’un des moyens les plus sûrs pour réduire la pauvreté, comme l’a prouvé l’expérience asiatique », explique Robert Lebale, économiste en chef de la division Afrique de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced).

Un chantier où tout, ou presque, reste à faire, la situation tendant même à se détériorer. Entre 2000 et 2008, la contribution de l’industrie au PIB africain est passée de 12,8 % à 10,5 %, alors que la part des articles manufacturés dans les exportations du continent a chuté de 43 % à 39 %. Au plan mondial, l’Afrique ne représente d’ailleurs que 1,1 % de la production industrielle. Bien sûr, les situations sont hétérogènes. Si le Sénégal a vu sa valeur ajoutée manufacturière par habitant baisser de 0,3 % par an entre 1990 et 2010, la Tunisie a augmenté la sienne de 3,4 % par an sur la même période.

Dans son dernier rapport, intitulé « Promouvoir le développement industriel en Afrique dans le nouvel environnement mondial » et réalisé en partenariat avec l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi), la Cnuced trace le cadre de nouvelles politiques pour le secteur secondaire africain – tout en soulignant que celles-ci ne doivent pas se faire au détriment de l’agriculture. « Les États doivent intensifier le dialogue avec le secteur privé pour identifier leurs avantages compétitifs », insiste Robert Lebale. Autrement dit, il faut mieux orienter les soutiens accordés aux entreprises (subventions, aménagements fiscaux…) et en évaluer en permanence l’efficacité. Autant de préconisations que l’organisation présentera à partir de septembre aux États africains dans le cadre d’échanges bilatéraux.

Informel

Reste que de nombreux obstacles – manque d’infrastructures, pénurie d’électricité, faiblesse du commerce intra-africain – hypothèquent les ambitions du continent dans le domaine industriel. Le secteur manufacturier demeure globalement dominé par de petites entreprises informelles, qui, même lorsqu’elles se développent, intègrent rarement le secteur formel. En outre, « le développement des sociétés est limité par le coût de l’accès au crédit, beaucoup plus élevé sur le continent qu’en Asie ou en Amérique du Sud », constate Robert Lebale.

La qualité de la gouvernance des États demeure un critère important pour attirer les capitaux étrangers. Et le continent reste sur ce point à la traîne, bien que, comme l’assure Robert Lebale, « les ministres que nous rencontrons sont convaincus de l’importance de cette question ». Pour financer de grands projets, l’Afrique se tourne de plus en plus vers des acteurs du Sud. « Avec la Chine, il y a peu d’investissements productifs, déplore Robert Lebale. Même si les choses évoluent, par exemple avec le financement de raffineries au Tchad et au Nigeria. » L’économiste salue plus volontiers la percée des groupes indiens, « plus ouverts au transfert de compétences ». 

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