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19/07/2011 à 16:02
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Vue de la place Tahrir du Caire. Vue de la place Tahrir du Caire. © Pedro Ugarte/AFP

Depuis le début de l’année, les investisseurs étrangers se détournent de l'Afrique du Nord, au détriment des gestionnaires de fonds locaux. C’est le contrecoup du "printemps arabe".

Les révolutions passent, et les sous se font rares. Des investisseurs étrangers avaient promis de placer leur argent auprès de gestionnaires de fonds au Caire et à Tunis ? Ils se sont rétractés face aux événements. Et même Stephen Murphy, directeur général de Citadel Capital, le premier capital-investisseur égyptien (il gère près de 3 milliards d’euros d’actifs dans le nord et l’est de l’Afrique), les comprend : « Tant que la situation ne s’améliore pas en Égypte, nous ne pouvons pas demander aux investisseurs de s’engager sur le long terme. »

Cela ressemble à de la résignation, surtout que Citadel est dans une mauvaise passe. Ahmed Heikal, le patron, s’est vu interdire de quitter le territoire pour une affaire de corruption dans l’achat d’une entreprise de ciment. Le gestionnaire de fonds, coté en Bourse depuis 2009, dément. Mais le cours de l’action s’est effondré, quatre investisseurs ont reporté leur voyage au Caire, et Citadel a déjà repoussé par deux fois le closing, désormais prévu pour la fin de l’année, d’une levée de fonds de 350 millions d’euros à investir au Moyen-Orient, au Maghreb et en Afrique subsaharienne. « Tous ces retards paralysent l’investissement direct à l’étranger et, de façon générale, l’Égypte », souligne Stephen Murphy.

De son côté, le fonds panafricain Emerging Capital Partners (ECP), qui a misé 22 % de ses capitaux en Afrique du Nord, a suspendu un investissement de 350 millions d’euros dans une société égyptienne. « Si vous ne pouvez pas céder votre participation à des acteurs internationaux, vous réduisez fortement votre spectre d’opportunités », explique Vincent Le Guennou, président d’ECP. Des introductions en Bourse ont aussi été repoussées : Citadel a reporté à la fin de l’année la cotation sur la place du Caire de sa filiale énergétique Taqa Arabia.

Les bouleversements politiques en Afrique du Nord ne font en fait qu’accentuer un essoufflement né avec la crise financière mondiale : les placements des sociétés de capital-investissement dans la région ont ainsi chuté de 2,4 milliards d’euros en 2008 à 0,6 milliard en 2010, selon l’Emerging Markets Private Equity Association (EMPEA).

Émissaires

Pour l’instant, le Maroc s’en tire bien. Les fonds locaux, qui avaient levé 7,3 millions d’euros en 2009, ont attiré 51,5 millions d’euros en 2010, d’après un rapport de Grant Thornton pour l’Association marocaine des investisseurs en capital. En 2000, une vingtaine d’entreprises du royaume avaient fait appel au capital-investissement ; dix ans plus tard, elles sont près de 140. Avec des success-stories, comme la vente à l’américain International Paper, en 2005, des 14 % du capital de la Compagnie marocaine des cartons et des papiers (CMCP) détenus par trois fonds, Accès Capital (filiale de la Caisse de dépôt et de gestion), Marocinvest (groupe Tuninvest) et Capital Invest (groupe BMCE).

Mais désormais les fonds se tournent davantage vers les investisseurs du Golfe. Tuninvest-Africinvest a ainsi envoyé deux émisssaires à Bahreïn et au Koweït pour lever 200 millions de dollars pour son fonds Maghreb III. Aziz Mebarek, le cofondateur, espère réaliser un premier closing de près de 80 millions d’euros d’ici à la fin juin. « Les investisseurs institutionnels locaux ne vont pas arrêter d’investir parce qu’il y a une guerre en Libye ou parce qu’il y a des troubles dans la région. Ils investissent car c’est une alternative », assure son confrère marocain Omar Chikhaoui, directeur général de Capital Invest.

Mais si la situation tardait à se débloquer au Nord, l’ensemble du continent servirait alors de terrain de chasse. Capital Invest prépare le closing d’un troisième fonds de 85 millions d’euros pour la fin de l’année. Le premier à intégrer l’Afrique de l’Ouest.

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