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12/07/2011 à 11:55
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Max Guazzini et Bernard Laporte, reçus le 23 juin par la ministre des Sports, Chantal Jouanno. Max Guazzini et Bernard Laporte, reçus le 23 juin par la ministre des Sports, Chantal Jouanno. © Min. de la Santé et des Sports

Un agent d’affaires lyonnais, un diacre haïtien, un pasteur libérien, deux Camerounais… Le Stade français, emblématique club parisien, est au cœur d’un imbroglio judiciaire international.

L’affaire a de quoi déconcerter : que vient faire une fondation canadienne dédiée à l’enfance dans la reprise d’un club parisien de rugby en difficulté ? Le profil des acteurs est tout aussi disparate : un ancien secrétaire d’État français aux Sports, un agent d’affaires lyonnais, un diacre haïtien, un pasteur libérien, deux ressortissants camerounais… Drôle d’attelage, qui s’est désarticulé à la suite d’une cascade de plaintes déposées devant des tribunaux français, britanniques et canadiens.

Tout est parti d’un projet de Bernard Laporte, ancien sélectionneur du XV de France et ex-secrétaire d’État aux Sports, qui se propose de sauver le Stade français, dont il fut l’entraîneur, de la relégation (synonyme de faillite). La Direction nationale d’aide et de contrôle de gestion (DNACG) de la Ligue nationale de rugby (LNR) exige en effet 12,6 millions d’euros pour maintenir le club parisien au sein du Top 14.

Apprentis sauveurs

L’ancien membre du gouvernement Fillon a un plan et cherche des investisseurs. Le 10 mai, sur les conseils de l’agent d’affaires lyonnais Stéphane Benhamou, Laporte prend contact avec la Fondation pour l’amélioration des conditions de l’enfance dans le monde (Facem), basée à Montréal.

Créée en 2002 par Job Ariste, homme d’affaires d’origine haïtienne et diacre de l’Église baptiste, la Facem mêle finance et humanitaire. Elle met des investisseurs en relation avec des porteurs de projets et se rémunère à hauteur de 5 % des bénéfices engrangés. Les sommes récoltées sont ensuite reversées à des œuvres en faveur de l’enfance. En France, cette structure qui entretient la discrétion multiplie les projets. Elle est impliquée dans la construction d’un golf dans le Sud, aurait été approchée pour une éventuelle prise de participation au capital du Racing Club de Lens et travaille au montage d’une télévision panafricaine.

Pour « sauver » le Stade français, les deux partenaires – l’ex-secrétaire d’État et la fondation – créent, le 24 mai, la société Rugby développements, détenue à 49 % par Laporte, à 51 % par la Facem, représentée pour l’occasion par le Camerounais Armand Hugolin Kongo. Elle est censée apporter 12 millions d’euros d’investissement. Le problème, explique le promoteur haïtien, c’est que « Laporte était dans une urgence extrême » et pressait ses partenaires de débloquer l’argent avant la fin de l’ultimatum fixé par la DNACG au 20 juin. Pour la fondation, ce délai est impossible à tenir car elle n’avait pas d’argent disponible avant le 24 juin.

Vite fait mal fait

Job Ariste appelle alors à la rescousse Radd International LLC, une société basée aux États-Unis, à Covington (près d’Atlanta), au domicile de Dennis Doboyouh, un ancien pasteur libérien. C’est elle qui fournit une lettre de capacité bancaire, censée apporter la preuve que l’argent est disponible. Mais le document est un faux. Et est immédiatement dénoncé par la banque londonienne HSBC, qui porte plainte. Laporte, qui avait déjà payé 175 000 euros à la Facem au titre de frais de virement, tombe de haut et porte plainte à son tour… contre inconnu. Une plainte visant l’ancien pasteur libérien est également déposée au Canada, le 25 juin, par l’avocat de la fondation québécoise.

Happy end pour l'équipe

Le conseil supérieur de la DNACG a accepté le 27 juin le plan de reprise du Stade français présenté par un groupe d’investisseurs et porté par la famille Savare (46e fortune de France, à la tête du groupe Oberthur Technologies), qui assure que l’intégralité des fonds réclamés (12,6 millions d’euros) sera versée. Max Guazzini, historique président du club parisien, a cédé son poste à Thomas Savare, fils du fondateur d’Oberthur. C. M.

Pour sa défense, Doboyouh explique n’avoir jamais été intéressé par l’achat d’un club de rugby et explique que la lettre incriminée avait été délivrée à la Facem lors d’une précédente transaction portant sur un achat de marchandises en Europe. « Mensonge ! s’insurge Sylvain Maier, l’avocat français de la fondation, joint par Jeune Afrique. La Facem lui a avancé une part de l’argent versé par Laporte, soit 80 000 dollars canadiens [57 000 euros, NDLR]. Nous allons d’ailleurs restituer le reste [à Laporte, NDLR]. »

En attendant, le Lyonnais Stéphane Benhamou et les Camerounais Armand Hugolin Kongo et Christophe Nyanga (vice-président et secrétaire général de la Facem) sont mis en examen, depuis le 24 juin, pour « escroquerie en bande organisée » et « faux et usage de faux » par un juge français.

 

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