Paniers percés, les militaires ? Au Niger, l'inspection générale d'Etat a décidé de passer au crible la gestion des affaires publiques par les militaires qui ont quitté le pouvoir en avril. Conclusions : plusieurs milliards de F CFA auraient disparu.
Opération mains propres au Niger. Pour la première fois, la gestion de la junte militaire, au pouvoir entre février 2010 et avril 2011, est passée au crible. L’Inspection générale d’État réalise actuellement un audit de cette période et, selon ses premières conclusions, près de 30 milliards de F CFA (près de 46 millions d’euros) auraient été illégalement sortis des caisses publiques quand le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD) de Salou Djibo était aux affaires.
Mais l’ère Tandja est également étudiée de près. Trois hauts fonctionnaires des Finances ont été limogés – une décision annoncée en Conseil des ministres, le 22 juin, après la découverte d’un détournement de 1,5 milliard de F CFA. Les faits remontent à 2008 : Amadou Ganda Hamidou, directeur général du Budget, Moumouni Mounkaïla, payeur général du Trésor, et Bassirou Adamou, contrôleur financier du ministère des Finances, sont soupçonnés d’avoir participé à la mise en place d’un système de fausses factures dans le cadre d’un marché de fourniture d’équipements sanitaires au ministère de la Santé. Selon le ministre de la Justice, Marou Amadou, des poursuites judiciaires devraient être décidées dans les prochains jours.
Si ces responsables sont les premiers épinglés pour malversations financières par l’administration Issoufou, ils ne seront probablement pas les derniers. L’Inspection générale d’État s’interrogerait ainsi sur le rôle joué, dans cette même affaire, par le ministre de l’Économie et des Finances de l’époque, Badamassi Annou, ordonnateur des dépenses, et du trésorier général, Abdoulaye Beidi.
Pots-de-vin
Le ministère du Plan est également dans le viseur des inspecteurs de l’État pour un détournement de quelque 3 milliards de F CFA des fonds versés par l’Union européenne et la coopération japonaise. Cette nouvelle affaire implique à la fois l’administration Tandja et la junte militaire.
Le CSRD avait lui-même mis sur pied une vaste opération d’assainissement de la vie publique, via une commission de lutte contre la corruption. Une vague d’interpellations était survenue, dès mars 2010, touchant notamment des proches de l’ancien président Mamadou Tandja. Son fils, Hadia Toulaye Tandja, et son ex-ministre des Mines, Mohamed Abdoulahi, avaient été arrêtés pour trafic d’influence, perception de pots-de-vin et blanchiment de capitaux lors de l’attribution de contrats miniers. Actuellement en liberté provisoire, ils attendent leur procès.
Le nouveau régime est d’autant plus déterminé à conduire cette opération mains propres qu’il s’agit d’une exigence des bailleurs de fonds. Un nouvel organisme de lutte contre la corruption devrait voir le jour dans les prochaines semaines.

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