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09/07/2011 à 10:27
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Dans l'un des supermarchés de la capitale congolaise. Dans l'un des supermarchés de la capitale congolaise. © Muriel Devey, pour J.A.

Stagnation économique, chômage… Dans son dernier rapport, l’institution pose un regard sans concession sur le pays. Et à Kinshasa, des voix s’élèvent pour que naisse un modèle congolais de développement.

Le dernier rapport de la Banque mondiale sur la République démocratique du Congo (RDC), publié en juin sous l’intitulé « Accélérer la croissance et l’emploi », est clair. Malgré la reprise des secteurs agricole et minier, l’adoption de mesures macroéconomiques et institutionnelles, et l’implantation d’entreprises étrangères, la croissance et l’emploi n’arrivent pas à décoller.

Bien que redevenue positive depuis 2002, avec une moyenne de 5,3 % par an, la croissance n’a pas ramené le pays à son niveau de prospérité du début des années 1960, constate la Banque mondiale. L’inflation a certes fortement diminué, mais elle reste tributaire des mouvements du taux de change du dollar. La pauvreté touche 71 % des 66 millions d’habitants. Les investissements se sont limités aux régions minières et à la capitale, ce qui n’a pas permis de résorber un chômage élevé, notamment parmi les travailleurs qualifiés. « À Kinshasa, plus des deux tiers de la population active est considérée comme sans emploi ou sous-employée », note la Banque mondiale. L’emploi ne s’est en effet accru que dans les grandes entreprises – peu nombreuses – ou dans l’agriculture – qui n’offre pas de débouchés aux jeunes qualifiés.

Il est vrai que les années de conflit en RD Congo ont accéléré un déclin entamé dans les années 1980 et mis à mal les infrastructures de base. Mais la guerre n’explique pas tout. Cette stagnation est aussi à mettre sur le compte de l’absence de vision économique et l’inefficacité de l’État, souligne la Banque mondiale, qui, avec ce rapport, met un bémol aux satisfecit de l’actuel gouvernement sur son bilan et invite l’équipe qui sera issue des élections de novembre 2011 à formuler un programme économique, définir des priorités et coordonner les politiques arrêtées.

« Il faut faire émerger un vrai tissu de PME. Mais pour cela, il faut refonder l’État, le rendre efficace à travers l’adoption de politiques et de lois appropriées et donner un coup d’accélérateur au développement des infrastructures de base dans l’énergie, les transports et les télécommunications », complète Michel Nsomue, administrateur délégué de la Fédération nationale des artisans, petites et moyennes entreprises congolaises (Fenapec).

« Prêt-à-porter ». Si beaucoup de Congolais s’accordent sur l’intérêt de ce rapport – qui comble un vide en réalisant une base de données fiable sur l’économie et le climat des affaires –, ils en soulignent aussi les faiblesses. « La vision de la Banque mondiale s’inscrit dans la mondialisation. Elle favorise le marché international au détriment du marché intérieur, regrette Michel Nsomue. D’où le risque d’une accentuation de l’extraversion de notre économie. Par exemple, le secteur des télécoms, considéré dans le rapport comme un des plus dynamiques, est dans les mains de sociétés étrangères. Ce qui pose le problème de notre souveraineté. »

La balle est dans le camp des Congolais. Dans celui des autorités, d’abord, qui doivent « favoriser l’essor d’un marché intérieur et redéfinir leurs politiques, notamment monétaire et budgétaire », préconise Michel Nsomue. Dans celui de tous les citoyens, également. « On ne peut ni s’en tenir au prêt-à-porter que propose la banque, ni en rester au tête-à-tête entre l’État et les partenaires extérieurs. Il faut que tout le pays s’implique dans les débats et les analyses », martèle Yangu Kiakwama, gérant du centre commercial Maxi Food à Kinshasa et membre de la Convention des démocrates chrétiens (CDC). Il ajoute : « C’est à nous, Congolais, de faire des propositions et de produire notre propre vision. »

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Par Muriel Devey, à Kinshasa

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