Mission accomplie. C’est ce qu’a déclaré en substance le président américain le 22 juin dans une brève allocution pour justifier le retour de 33 000 soldats d’ici à 2012.
Barack Obama l’avait promis. Il a tenu parole. Et l’a annoncé lors d’une courte adresse à la nation, le 22 juin : le désengagement des troupes américaines d’Afghanistan commencera en juillet. Plus rapide et plus ample que prévu, il se fera en deux temps : 10 000 soldats en 2011, 23 000 d’ici à la fin de l’été 2012. Resteront environ 70 000 soldats américains jusqu’au passage de relais aux forces de sécurité afghanes, prévu en 2014.
Pour Washington, les 30 000 soldats supplémentaires dits du surge – envoyés par Obama, en décembre 2009, à l’issue d’une longue phase de réflexion – ont atteint leurs objectifs dans la lutte contre les talibans et les réseaux d’Al-Qaïda. Avec en point d’orgue, bien sûr, la mort d’Oussama Ben Laden.
« Nous sommes en position de force. Al-Qaïda est aux abois. Il est temps de finir la guerre en Afghanistan, de manière responsable. » Soit un changement stratégique majeur, sonnant comme un désaveu pour le général David Petraeus, commandant actuel des forces alliées en Afghanistan (il prendra début juillet la tête de la CIA, à la place de Leon Panetta, nommé secrétaire à la Défense). Petraeus défendait un retrait de 10 000 soldats, afin de ne pas saper la stratégie dite « contre-insurrectionnelle » poursuivie depuis 2009 et axée sur le nation-building, c’est-à-dire la stabilisation du pays par la construction d’un État afghan fort.
Guerre impopulaire. Ce nation-building n’est plus de mise. Pour une raison simple – au-delà bien sûr du bilan en vies humaines : l’Amérique n’en a plus les moyens. Mille milliards de dollars. C’est le coût avancé par Obama pour les dix ans de guerre en Afghanistan. Trop pour un pays dont la crise économique – déficit record et taux chômage de 9 % – sera au cœur de la présidentielle de 2012. « Je trouve stupéfiant que l’on construise des ponts à Kandahar et non à Baltimore ou Kansas City », a déclaré Antonio R. Villaraigosa, le maire de Los Angeles, qui, lors du 79e Congrès des maires américains, le 18 juin, a appelé au retrait accéléré d’Afghanistan.
Message reçu par Obama. Avec cette phrase, dans un discours confit de l’habituel exceptionnalisme américain : « Il est temps de se consacrer au nation-building de l’Amérique. »
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Par Jean-Éric Boulin, à New York

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