Extension Factory Builder
01/07/2011 à 16:03
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le prix Olof Palme 2008 a été décerné au gynécologue congolais Denis Mukwege. Le prix Olof Palme 2008 a été décerné au gynécologue congolais Denis Mukwege. © AFP

Depuis dix ans, dans son hôpital de Bukavu en RDC, Denis Mukwege soigne gratuitement les victimes de violences sexuelles. Formé en Europe, il a été plusieurs fois récompensé pour son travail. Portrait.

Il ne pose pas de questions, il préfère leur laisser le temps. Denis Mukwege est un homme patient. Des jours, parfois même des semaines passent avant que les femmes du Sud-Kivu (dans l’est de la République démocratique du Congo, RDC) acceptent de lui raconter leurs douleurs. Celles de leur corps meurtri par les coups. Celles de leurs parties génitales, détruites par des balles, des produits chimiques ou des tessons de bouteille. Des femmes victimes de violences sexuelles, ce gynécologue réputé en reçoit une dizaine par jour dans son hôpital de Panzi, à Bukavu, la capitale de la province du Sud-Kivu. « Emmenées comme esclaves sexuelles dans la forêt, elles ont réussi à s’échapper et à retrouver le chemin du village, raconte-t-il. Souvent grièvement blessées, elles sont prises en charge par des équipes médicales qui les orientent ici. »

Dans cette province en proie à la violence depuis plus de quinze ans, les bandes armées continuent de semer la terreur dans les campagnes. Les viols massifs et collectifs – auxquels l’entourage de la victime est souvent forcé d’assister – font fuir les villageois. En s’en prenant aux femmes, les combattants anéantissent des générations entières et brisent l’économie des villages. Une fois la terre libre, ils s’emparent de ces zones riches en ressources minières. « Le viol est devenu une arme à faible coût, dont les conséquences sont au moins aussi lourdes que celles de la guerre classique », explique Denis Mukwege.

Le viol est devenu une arme à faible coût.

Ce « tableau macabre », l’homme de 56 ans aux fines lunettes et à la voix grave l’a découvert alors qu’il s’orientait vers la pédiatrie. Né dans le Sud-Kivu, il est le troisième d’une fratrie de neuf enfants. Plus jeune, il accompagnait son père pasteur au chevet des malades. « Je lui avais fait remarquer que lorsqu’il priait il ne donnait pas de médicaments, se souvient-il. J’ai décidé de devenir médecin pour soigner tous ces malades. La vocation était déjà en moi. »

Bloc opératoire

Après des études de médecine au Burundi, il travaille au sein d’un hôpital rural à Lemera, à 100 km de Bukavu. Il découvre avec stupeur la mortalité maternelle due au manque de soins adaptés chez des femmes souvent très jeunes. Denis Mukwege étudie alors la gynécologie et l’obstétrique en France (à Angers), avant de retourner à Lemera. Quand son hôpital est détruit lors de la première guerre civile (1996-1997), il se réfugie à Bukavu. Là, il constate que même en ville les difficultés liées à l’accouchement sont monnaie courante et que rien n’est prévu pour pratiquer des césariennes. En 1999, l’hôpital public de Panzi, équipé d’une maternité avec bloc opératoire, ouvre ses portes. « J’ai découvert les barbaries de la guerre, dit-il. Face à l’urgence, nous avons fait venir des médecins éthiopiens, spécialisés en reconstruction vaginale, et nous en avons formé d’autres. »

J’ai découvert les barbaries de la guerre.

Dix ans plus tard, l’équipe du docteur Mukwege compte 260 personnes, dont 34 médecins et 12 chirurgiens. En moyenne, 3 600 femmes y sont soignées gratuitement chaque année pour des traumatismes liés à des violences sexuelles. Pour son combat, il a reçu le prix Olof-Palme et celui des droits de l’homme des Nations unies en 2008, ainsi que le prix international Roi-Baudouin pour le développement, le 24 mai dernier.

Ces récompenses sont l’occasion pour lui de dénoncer le silence de la communauté internationale. « Ces femmes martyrisées ont aussi droit à une protection, revendique Mukwege. Il y a une incroyable disproportion entre l’horreur de la situation et les efforts fournis. » Lui-même père de cinq enfants, il reçoit régulièrement des lettres de menaces, mais dit ne pas vouloir renoncer. « Je suis parfois révolté et je me pose beaucoup de questions sur l’homme. On ne s’habitue jamais à la souffrance. » 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

RD Congo

RDC - Nord-Kivu : au moins deux policiers morts dans des affrontements avec des militaires

RDC - Nord-Kivu : au moins deux policiers morts dans des affrontements avec des militaires

Au moins deux policiers ont été tués dans la nuit de mercredi à jeudi dans des affrontements avec des militaires congolais dans le Nord-Kivu, dans l'Est de la RDC.[...]

RD Congo : y a-t-il un pilote à la Gécamines ?

Scandale de surfacturation, ingérence de l'État, explosion des coûts... Rien ne va plus dans la grande entreprise minière publique du Katanga, qui attend la nomination d'un nouveau dirigeant.[...]

RDC : l'Église congolaise réitère sa volonté de voir Kabila partir en 2016

Après différentes rencontres à Rome avec le pape François, la conférence épiscopale de RDC a publié dimanche une lettre dans laquelle elle réaffirme son opposition à[...]

RDC : Kengo wa Dondo met en garde contre une modification de la Constitution

Léon Kengo wa Dondo, le président du sénat de la RDC, a mis en garde lundi contre un "changement de Constitution" qui pourrait, selon lui, "menacer" la paix et la cohésion[...]

RDC : Kabila gracie le pasteur Kuthino

Le président congolais Joseph Kabila a gracié dimanche, au nom de la "cohésion nationale", le pasteur Ferdinand Kuthino, chef d'une Église évangélique condamné à[...]

RDC : la police disperse une manifestation d'opposition à Kinshasa

La police congolaise a dispersé samedi matin une manifestation d'opposition dans le centre de Kinshasa, interpellant plusieurs personnes dont un journaliste vidéaste de l'AFP.[...]

RDC : Jean-Bertrand Ewanga condamné à un an de prison ferme pour "offense au chef de l'État"

L'opposant Jean-Bertrand Ewanga a été condamné jeudi soir par la justice congolaise (RDC) à un an de prison ferme pour outrage au chef de l'État. Une sentence qui tombe moins de quarante-huit[...]

Ebola a fait 37 morts en RDC

Distincte de celle qui frappe l'Afrique de l'Ouest, l'épidémie d'Ebola progresse dans le nord-ouest de la RDC. Le dernier bilan fait état de 37 décès. En Guinée, les autorités[...]

RDC - Omar Kavota : "Au Nord-Kivu, le désarmement avance à pas de tortue"

Dans l'est de la RDC, la rentrée scolaire a été perturbée en début de semaine. La faute à une insécurité tenace, liée aux groupes rebelles et à des bandits[...]

Youssouf Mulumbu : "Ibenge sélectionneur de la RDC, c'est un très bon choix !"

Capitaine de la RDC et attaquant de West Bromwich Albion (Angleterre, Premier League), Youssouf Mulumbu évoque pour "Jeune Afrique" la situation des Léopards avec la nomination de Florent Ibenge à[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex