20/06/2011 à 14h:22 Par Constance Desloire
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La guerre est ouverte entre les deux courants conservateurs. La guerre est ouverte entre les deux courants conservateurs. © HO/AFP

Depuis la mi-avril, la guerre fait rage entre les partisans du Guide suprême et les alliés du président. Sur fond d’accusations de sorcellerie…

Longtemps fervent soutien de Mahmoud Ahmadinejad, dont il a validé la réélection contestable en 2009, Ali Khamenei, Guide suprême depuis 1989, est aujourd’hui à couteaux tirés avec le président dans ce qui s’apparente à une guerre ouverte entre deux courants conservateurs – les réformateurs étant hors jeu depuis 2009. En point de mire, les législatives de 2012 et la présidentielle de 2013.

Tout a commencé à la mi-avril, quand Ahmadinejad obtient la démission du ministre des Renseignements, Heydar Moslehi, qu’il soupçonne d’espionner son directeur de cabinet et ami de trente ans, Esfandiar Rahim Mashaie. Dès le lendemain, Khamenei rejette la démission de Moslehi, un allié précieux à la tête d’un ministère dont l’une des fonctions est d’affaiblir des adversaires politiques. Pendant plus d’une semaine, à la fin d’avril, Ahmadinejad s’emmure dans le silence et envisage même de démissionner. Le 1er mai, le président finit par renouveler son allégeance à Khamenei, mais en des termes soigneusement choisis : « J’obéis au Guide suprême comme un fils à son père. » Une formule insidieuse qui ramène Khamenei au rang de simple mortel…

"Pas à l'abri du printemps arabe"

Le 15 mai – alors que Téhéran assure la présidence tournante de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) –, le président contre-attaque en annonçant qu’il va prendre provisoirement la tête du ministère du Pétrole (60 % du PIB), dont il limoge le titulaire. Jugeant cette initiative contraire à la Constitution, le Parlement, dominé par les pro-Khamenei, décide de saisir l’autorité judiciaire. Cédant aux pressions, Ahmadinejad nomme, le 2 juin, Mohammad Aliabadi, l’un de ses proches, ministre du Pétrole par intérim. Les menaces de poursuites judiciaires brandies par le Parlement ont payé.

Les députés sont tellement remontés contre la présidence qu’Ali Khamenei, craignant sans doute une crise de régime, se sent obligé d’intervenir en personne pour appeler à « l’amitié entre le Parlement et le gouvernement ». Pour le politologue allemand Matthias Küntzel, « la chute du président avant 2013 perturberait un régime déjà en proie à une crise économique et qui n’est pas à l’abri du “printemps arabe” .»

Mais les parlementaires ont aussi et surtout dans leur viseur Esfandiar Rahim Mashaie, dont la fille a épousé le fils d’Ahmadinejad et qui fut un premier vice-président éclair en 2009, avant que Khamenei n’obtienne sa tête, comme il a obtenu, en avril, sa démission du poste de directeur de cabinet de la présidence. Mais Mashaie est resté conseiller spécial d’un président qui l’« aime pour mille raisons ». Millénariste appelant les Iraniens à se préparer à la venue imminente de l’imam caché (le Mahdi), Mashaie concentre sur lui la haine des religieux, qui le soupçonnent de vouloir les mettre à l’écart et l’accusent d’utiliser des pouvoirs occultes. Ils lui reprochent également son tropisme nationaliste, qu’ils qualifient de « déviationnisme ».

Sueurs froides

En prônant un certain libéralisme vis-à-vis des femmes et en déclarant, en 2008, que « l’Iran est l’ami du peuple israélien », Mashaie avait déjà excédé les ultraconservateurs et une partie de l’opinion publique. La possibilité qu’il soit candidat – ou pis, élu – à la présidentielle de 2013 donne des sueurs froides à Khamenei et à ses alliés, qui ont fait arrêter plusieurs proches d’Ahmadinejad. Ce dernier n’ayant pas le droit d’effectuer un troisième mandat consécutif, il aurait pu s’appuyer sur Mashaie pour rester dans le cercle du pouvoir dans la perspective d’une candidature… en 2017.

Les deux prochaines élections ayant toutes les chances d’être truquées, « Khamenei ne craint pas un mouvement d’en bas, mais plutôt un coup d’État rampant qui remettrait en question son statut au sein de la République islamique », estime le sociologue Farhad Khosrokhavar. Nul doute que les partisans du Guide suprême maintiendront la pression sur le camp d’Ahmadinejad pour l’empêcher de parvenir à ses fins. Il y va de leur avenir. Et de celui d’une théocratie désormais menacée de ­l’intérieur.

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