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08/06/2011 à 16:58
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Le président Dmitri Medvedev à Moscou le 18 mai 2011. Le président Dmitri Medvedev à Moscou le 18 mai 2011. © AFP/Dmitry Kostyukov

Après avoir lâché Kaddafi, leur "ami de quarante ans", les Russes proposent leur médiation en Libye. L’objectif est clair : préparer l’avenir.

De la part des Russes, c’est plutôt bien joué. Depuis le début du « printemps arabe », ils semblaient hors-jeu. On ne les entendait pas. On les avait presque oubliés. Pourtant, le 27 mai, au G8 de Deauville, en France, Dmitri Medvedev a réussi un joli come-back. Le président russe a lâché publiquement le colonel Kaddafi : « La communauté internationale ne le considère plus comme le leader libyen. » Puis, il a offert ses services comme médiateur dans la crise. Son homologue français, Nicolas Sarkozy, a tiqué : « Il n’y a pas de médiation possible avec M. Kaddafi ; il doit partir. » Mais comment dire non aux Russes, surtout s’ils laissent tomber leur vieil allié libyen ? Obama, Cameron et Sarkozy ont donné leur accord. Les Russes sont médiateurs. C'est un homme du Kremlin - l'arabisant Mikhaïl Marguelov, le haut représentant pour l'Afrique - qui se rendra à Benghazi quelques jours plus tard.

C’est début mars, quand le « Guide » a fait tirer à la mitrailleuse sur son peuple, que Moscou a pris ses distances avec l’ami de quarante ans. De bonne source, au Kremlin, le camp Medvedev a été tenté de dire oui à la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, c’est-à-dire de voter pour des frappes aériennes. Mais le camp de Vladimir Poutine, l’actuel Premier ministre, s’y est vivement opposé.

Clash public

Côté Poutine, Vladimir Tchamov, l’ambassadeur à Tripoli, n’a pas hésité à envoyer un télégramme de désapprobation au Kremlin. Finalement, Medvedev a choisi le compromis. Le 17 mars, lors du vote à New York, le représentant de la Russie s’est abstenu. Quant à l’ambassadeur qui aimait trop Kaddafi, il a été aussitôt limogé pour « incompétence ».

Si le leader de la Jamahiriya est en chute libre, il peut au moins se vanter d’une chose. Il a provoqué un clash public entre les deux chefs de l’exécutif russe. Le 21 mars, Vladimir Poutine a comparé ironiquement le vote de l’ONU à « ces appels médiévaux en faveur des croisades » – une rhétorique chère au numéro un libyen. Le même jour, Dmitri Medvedev a répliqué que ces propos étaient « inacceptables ».

Querelle préélectorale ? Bien sûr. En Russie, la présidentielle est prévue en mars 2012. Si Poutine se porte candidat, Medvedev affirme qu’il ne se représentera pas… Les Russes en doutent. Querelle politique, donc, mais pas seulement. Poutine est logique avec lui-même. Non à l’ingérence internationale, aujourd’hui en Libye comme hier dans le Caucase russe. Surtout, il joue habilement sur le réflexe antioccidental de son opinion. Medvedev n’est pas moins cohérent. Trois ans après son arrivée au Kremlin, il poursuit sa politique de rapprochement avec l’Occident : « reset » avec les Américains, achat de navires de guerre Mistral aux Français… Et il se veut pragmatique. Si Kaddafi tombe, mieux vaut être du bon côté de l’Histoire afin de conserver le marché libyen des armes et du pétrole. Confidence d’un conseiller du Kremlin : « À quoi bon défendre un cadavre politique ? »

Pour le médiateur Medvedev, la marge de manœuvre est étroite. Le Conseil national de transition (CNT) de Benghazi ne veut rien négocier d’autre que les conditions du départ de Kaddafi. Or celui-ci refuse de partir. Mais, dans le camp du « Guide », les défections se multiplient. Dernière en date : celle de Chokri Ghanem, le ministre du Pétrole, le 1er juin. Et l’arrivée sur le front d’hélicoptères de combat français et britanniques est une très mauvaise nouvelle pour l’armée libyenne. D’autant que l’Otan vient d’annoncer qu’elle prolongeait ses opérations militaires jusqu’à la fin de septembre. Sans doute Medvedev (comme Zuma, le président sud-africain) se met-il en position de cueillir, un jour, le « fruit Kaddafi »… quand il sera mûr.

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