Après un parcours maison de vingt et un ans, Laïla Mamou Beqqali a pris en 2004 la tête du leader marocain du crédit à la consommation. En parallèle, elle s’implique dans le Club Entreprendre pour sensibiliser les jeunes et les femmes à l’entrepreneuriat.
Jeune Afrique : Quelle est l’histoire du Club Entreprendre, dont vous êtes vice-présidente ?
Laïla Mamou Beqqali : Il s’est structuré à partir de l’émission télévisée du même nom, diffusée de 1992 à 2009 [sur la chaîne Al-Aoula, NDLR], lors de laquelle des patrons apportaient leur expérience. Quand l’émission s’est arrêtée, il nous a semblé intéressant de continuer nos actions sous la forme d’un club d’entrepreneurs. Aujourd’hui, nous sommes environ 300 membres, venus de tous les secteurs : commerçants, industriels, commissaires aux comptes… Notre président est Mohamed Berrada, ancien ministre des Finances et ex-PDG de Royal Air Maroc.
Qu’est-ce qui vous a poussée à vous impliquer ?
Intervenante dans l’émission sur les thèmes du surendettement et de la protection du consommateur, j’avais beaucoup apprécié cette idée de démystifier le monde de l’entreprise auprès du grand public. Avec le Club, je peux apporter mon expérience et mon expertise pour pousser les jeunes moins favorisés et les femmes à faire émerger des projets. Je me suis d’autant plus facilement impliquée qu’il y avait d’autres femmes au conseil d’administration du Club, dont Latifa Echihabi, directrice de l’Agence nationale pour la promotion de la petite et moyenne entreprise, et Bouthayna Iraqui Houssaini, députée et patronne de Locamed.
Qu’est-ce qui vous différencie du patronat marocain, la CGEM ?
Les organisations sont complémentaires. Le Club vise à promouvoir l’esprit d’entreprise alors que la CGEM est une organisation patronale. La plupart des membres du conseil d’administration du Club sont aussi actifs à la CGEM, tel Aziz Qadiri, président du fonds d’investissement Massinissa, ou Abdeslam Ahizoune, patron de Maroc Télécom.
Pourquoi avoir lancé en 2011 une série d’interventions sur le thème de l’entrepreneuriat au sein des universités de Casablanca ?
C’est au sein du système universitaire public que sont formés la majorité des étudiants du pays. Les écoles de commerce touchent un public plus favorisé et déjà en contact avec le monde de l’entreprise. Il était donc logique de sensibiliser les étudiants de l’université en premier. Plusieurs patrons se sont mobilisés avec moi pour animer des ateliers, dont Abdelkader Masnaoui, du cabinet Mazars au Maroc, ou l’industriel Karim Tazi, avec l’idée de casser les barrières sociales et de favoriser l’égalité des chances.
Quels retours avez-vous de la part des étudiants ?
Ils comprennent que la création d’entreprise peut les concerner, qu’elle n’est pas réservée aux 3 % de l’élite de « Casa-Rabat », qu’ils peuvent construire des projets ambitieux et faire avancer le pays. Beaucoup m’écrivent après les ateliers pour me demander des conseils de lecture sur le management, sur leurs projets. Les filles sont particulièrement assidues à nos interventions, elles sentent qu’elles ont un rôle à jouer, et elles ont de l’ambition.
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Propos recueillis par Christophe Le Bec.
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