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08/06/2011 à 11:10
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Obama avant son discours devant l'Aipac, le puissant groupe de pression pro-israélien, le 22 mai. Obama avant son discours devant l'Aipac, le puissant groupe de pression pro-israélien, le 22 mai. © Mandel Ngan/AFP

Incapable de tenir tête à Benyamin Netanyahou, un Premier ministre israélien avide de territoires, Barack Obama a amèrement déçu l’opinion arabe et musulmane. Et conforté sa conviction que Washington est vendu aux intérêts israéliens.

Annoncé comme un geste d’amitié envers la vague démocratique arabe, le discours prononcé par le président américain le 19 mai a été accueilli dans la région avec indifférence ou dérision. Le processus de paix israélo-arabe est maintenant considéré comme moribond.

La démarche timorée d’Obama a alarmé certains dirigeants européens, qui se demandent si le temps n’est pas venu pour eux, au nom de la défense de leurs propres intérêts sécuritaires, de rompre les rangs avec Washington et d’adopter une position plus sévère à l’égard d’Israël.

En affirmant dans son discours que le tracé des frontières entre Israël et la Palestine « doit avoir pour base les lignes de démarcation de 1967 avec des échanges territoriaux mutuellement consentis », Obama a jeté un os aux Palestiniens. Mais, après les furieuses objections de Netanyahou, il a repris l’os : le 22 mai, s’adressant au Comité des affaires publiques américano-israélien (Aipac), Obama a corrigé ce qui, selon lui, aurait été une mauvaise interprétation de ses paroles. « Des échanges mutuellement consentis », a-t-il dit, signifie que « les parties elles-mêmes – Israéliens et Palestiniens – allaient négocier une frontière différente de celle qui existait le 4 juin 1967 ». En d’autres mots, le tracé de la frontière sera le fruit d’une négociation entre un lion et une souris.

Aucune allusion à une quelconque initiative américaine en faveur de la solution de deux États existant côte à côte dans la paix et la sécurité. Ses propos ont, au contraire, été largement perçus comme une illustration supplémentaire de la manière dont les intérêts israéliens ont pris le contrôle de la politique américaine au Moyen-Orient. Il est maintenant évident, pour la plupart des observateurs indépendants, que Netanyahou veut des territoires, et non la paix. Lui et les idéologues du Grand Israël, dont il partage la vision, ne céderont pas à la persuasion. Seules de sérieuses pressions – ou même des menaces de sanctions – pourraient donner un résultat. Plus de 500 000 Israéliens vivent au-delà des frontières de 1967, et les constructions de colonies dans les territoires occupés se poursuivent à un rythme accéléré. La veille même de la visite de Netanyahou à Washington, Israël a annoncé, sur un ton de défi, la construction de 1 500 nouveaux logements à Jérusalem-Est.

En campagne pour sa réélection, Obama a visiblement décidé qu’il ne pouvait pas dilapider un capital politique chèrement gagné sur la cause impopulaire de la Palestine. Dans son écrasante majorité, le Congrès est pro-israélien ; l’Aipac et l’Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient (Winep), son organisation jumelle, constituent de puissants groupes de pression, et les Juifs américains contribuent largement au financement des campagnes du Parti démocrate.

Obama ayant offert à l’Égypte 1 milliard de dollars de remise de dette, assortie d’une garantie d’emprunt de 1 milliard de dollars, Le Caire est la seule capitale arabe où son discours a suscité des commentaires favorables. Mais, comme le remarquait aigrement le journal anglophone saoudien Arab News le 20 mai : « Si Obama veut notre confiance et notre amitié, alors il doit travailler sur le seul domaine où il a échoué si honteusement à tenir parole – la Palestine. […] Nous ne voulons pas des pots-de-vin américains. Il peut garder son argent. L’économie américaine en a davantage besoin que nous. »

Qu’a dit au juste Obama dans ses discours des 19 et 22 mai ? Vis-à-vis d’Israël, il a pris les importants engagements suivants :

– « Aucune paix ne peut être imposée. » Ce qui est un raccourci pour dire qu’Israël ne fera face à aucune pression américaine en faveur de l’émergence d’un État palestinien.

– « Les actions symboliques visant à isoler Israël à l’ONU ne créeront pas un État indépendant. […] Toute tentative de délégitimer Israël sera vouée à l’échec. » Par ces mots, il annonçait son opposition au projet des Palestiniens de proclamer leur État lors de la prochaine Assemblée générale de l’ONU, en septembre. Ainsi les États-Unis continueront-ils d’user de leur droit de veto en faveur d’Israël – comme ils l’ont fait de manière surprenante en février contre une résolution du Conseil de sécurité condamnant l’expansion des colonies, la position défendue par Washington jusque-là !

– Devant l’Aipac, Obama a qualifié l’accord Fatah-Hamas d’« énorme obstacle à la paix », faisant siennes les objections d’Israël : « On ne peut attendre d’aucun pays qu’il négocie avec une organisation terroriste qui a juré sa destruction. »

– Obama a répété que « [leur] engagement pour la sécurité d’Israël est inébranlable ». Il a réitéré l’engagement américain à garantir le seuil de qualité militaire d’Israël (qualitative military edge), c’est-à-dire sa capacité à affronter et défaire une menace arabe. Il n’a pas mentionné la sécurité des Palestiniens ni même celle du Liban, qui a subi des agressions et des invasions israéliennes répétées. Tout futur État palestinien, a-t-il dit, devra être « démilitarisé ». Il est donc clair, dans la vision d’Obama, qu’aucun des voisins d’Israël n’a le droit de se défendre.

– À propos de l’Iran, il a réaffirmé l’opposition de l’Amérique à son « programme nucléaire illicite et à son soutien au terrorisme » – remarques tout droit sorties du manuel de propagande israélien.

Obama a énuméré ce qu’il considère comme les intérêts fondamentaux de l’Amérique au Moyen-Orient. Tout d’abord, « faire échec au terrorisme ». Mais c’est son soutien à Israël, les interventions brutales des États-Unis en Irak, en Afghanistan, au Pakistan et au Yémen qui en sont les causes principales. « Stopper la prolifération d’armes nucléaires. » C’est là un engagement que les Arabes vont interpréter comme la consécration du monopole régional d’Israël en matière d’armement nucléaire. « Assurer la libre circulation des biens et préserver la sécurité de la région. » Arabes et Iraniens vont demander qui, à part Israël, pourrait menacer la sécurité de la région. « Défendre la sécurité d’Israël. » Un intérêt américain évidemment fondamental. « Œuvrer à la paix israélo-arabe. » Jusqu’ici, un échec total des États-Unis.

S’adressant au monde arabe, Obama a déclaré : « Nous savons que notre avenir est lié à la région par les forces de l’économie, de la sécurité, par l’Histoire et par la foi. » Mais il n’a pas, dans ses propos, offert aux Arabes et aux musulmans la plus mince assurance des bonnes intentions américaines.

Sur l’Irak, il a déclaré : « Nous avons achevé notre mission de combat », mais il n’a fait aucune allusion aux troupes qu’il envisageait de maintenir sur place. Sur l’Afghanistan, il a affirmé : « Nous avons brisé l’élan des talibans. » Mais les attaques toujours plus meurtrières de ces derniers suggèrent plutôt le contraire. Il s’est enorgueilli de l’élimination d’Oussama Ben Laden, « meurtrier de masse » engagé dans « le massacre d’innocents ». Mais il a omis de rappeler que les victimes innocentes des guerres américaines – mais aussi d’Israël – sont infiniment plus nombreuses que les hommes et les femmes tués par Al-Qaïda.

Si Obama désire réellement avoir de meilleures relations avec les jeunes gens et les jeunes femmes qui ont fait le « printemps arabe », il ferait mieux de se raviser. 

Netanyahou savoure son triomphe

Après avoir provoqué un « réajustement » des positions exprimées par Barack Obama le 19 mai, Benyamin Netanyahou est allé, le 24 mai, savourer son triomphe devant un Congrès majoritairement composé de républicains acquis à sa cause. S’exprimant « au nom du peuple juif et de l’État juif », le Premier ministre israélien a présenté sa vision de la paix, suscitant pas moins de vingt-six ovations. Sur la question des frontières israélo-palestiniennes, il a affirmé que la plupart des colonies juives de Cisjordanie seraient « incorporées définitivement à Israël » et que l’État hébreu « maintiendrait une présence militaire à long terme le long du Jourdain ». « Jérusalem doit rester la capitale unifiée d’Israël » et les réfugiés palestiniens auront droit au retour « dans un État palestinien, ce qui signifie que ce problème […] sera résolu hors des frontières d’Israël ». Enfin, au président Abbas, Netanyahou a lancé cette injonction : « Déchirez votre pacte avec le Hamas ! », ajoutant qu’Israël ne négociera jamais avec « la version palestinienne d’Al-Qaïda ».

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