Tchiakoullé, le village natal de la plaignante, sur les hauteurs du Fouta-Djalon.
© Cellou Diallo/AFP
Originaire d’un hameau perdu de Guinée, la jeune femme de chambre que l’ex-patron du FMI aurait sexuellement agressée est, selon les premiers témoignages, une personne réservée et discrète.
« Des nuées de journalistes, plusieurs camions de télévision, des cordons de policiers. Je pensais qu’une star américaine logeait à l’hôtel », se souvient D.L.*, un designer camerounais qui séjournait au Sofitel de New York quand a éclaté « l’affaire Dominique Strauss-Kahn », le 14 mai. Il se souvient aussi de la jeune femme de chambre, croisée à plusieurs reprises dans les couloirs et avec laquelle il avait fini par échanger quelques mots, mélangeant français et anglais. « J’ai vu Diallo sur son badge et je lui ai demandé d’où elle venait, comment ça allait… Bref, les questions que posent tous les Africains qui se croisent dans un pays étranger. Elle était sympathique, mais assez timide », raconte-t-il à propos de Nafissatou Diallo, cette Guinéenne de 32 ans qui accuse l’ex-directeur du Fonds monétaire international (FMI) de l’avoir violée. D.L. décrit une femme de taille moyenne, les formes cachées par son uniforme de travail, qui rechigne à « papoter » avec les clients.
Depuis l’arrestation de DSK et le début de la procédure judiciaire, Nafissatou est surprotégée par la police new-yorkaise. Aucune information n’a filtré sur la présumée victime. À chacun de ses déplacements, elle est recouverte d’un drap blanc.
Pieuse
Des limiers ont réussi à remonter sa trace jusqu’à Tchiakoullé, sur les hauteurs du Fouta-Djalon, à huit heures de route et de marche de Conakry, en Guinée. Dans ce hameau au cœur du pays peul, ni électricité ni eau courante. Quelques plants de maïs, des vaches, une dizaine de cases en terre battue et une seule maison « en dur ». Celle des Diallo, construite grâce à la générosité de Hassanatou, la sœur aînée de Nafissatou, qui vit aussi aux États-Unis. « Dans cette région, les gens vivent selon des codes moraux qui peuvent paraître dépassés aujourd’hui », explique le journaliste guinéen Mouctar Bah. « Ma sœur est très pieuse, elle ne se fâche jamais, ne crie jamais. J’ai très mal pour elle », renchérit Mamadou Dian, le frère de la jeune femme.
"Salie à jamais"
Mariée à l’âge de 17 ans à un cousin, Abdoul, Nafissatou a eu deux filles, dont l’une est décédée avant son deuxième anniversaire. À la mort de son mari, elle quitte Tchiakoullé avec son enfant et s’installe chez Mamadou Dian, à Conakry. Là, elle vit d’expédients, apprend la couture et finit par gérer une cafétéria. Elle reste chez son frère pendant presque un an, avant de s’envoler seule pour les États-Unis, en 2002, où l’attend Hassanatou. Elle obtient assez vite le statut de réfugiée politique et une green card. Désormais résidente légale, elle fait venir sa fille.
Washington a toujours fait preuve d’une certaine bienveillance envers la communauté peule depuis la mort en détention, en 1977, de Diallo Telli, premier secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine, interné dans le sinistre Camp Boiro sur ordre du président guinéen Ahmed Sékou Touré. Cibles d’une succession de pogroms, les Peuls n’ont longtemps eu d’autre choix que l’exil. Et même si ce point reste sujet à caution, Souleymane Diallo, président de la section new-yorkaise de l’association Pottal Fii Bhantal (Union pour le développement du Fouta-Djalon), assure qu’« aujourd’hui encore, [les Peuls sont] victimes de violences ethniques ». S’il n’a jamais rencontré Nafissatou, il compte bien la soutenir dans cette épreuve. Comme les milliers de Peuls – on les estime à 5 000 – de New York. La soutenir, mais pas trop quand même. « Quelle que soit l’issue de cette histoire, Nafissatou est salie à jamais, maugrée-t-il. Elle ne pourra plus jamais se marier dans la communauté. »
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* Notre interlocuteur souhaite garder l'anonymat.

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