Extension Factory Builder
23/05/2011 à 12:52
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Les hommes de Mokhtar Belmokhtar et leur arsenal, en novembre 2010. Les hommes de Mokhtar Belmokhtar et leur arsenal, en novembre 2010. © Mohamed Sifaoui/Sipa

Avec la mort d'Oussama Ben Laden, les djihadistes sahéliens ont perdu leur chef charismatique. Si certains prédisent leur affaiblissement progressif, dans l’immédiat, ils pourraient se radicaliser davantage.

La mort d’Oussama Ben Laden est-elle un coup dur pour Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ? Sans aucun doute. En septembre 2006, les djihadistes algériens ont fait allégeance à Ben Laden. Aujourd’hui, ils sont groggy et s’en cachent à peine. Le 8 mai, dans un communiqué diffusé sur internet, Aqmi lance : « Ne pleurez pas le cheikh [Ben Laden, NDLR]… Levez-vous plutôt et marchez sur ses pas… Levez-vous et contrecarrez l’agression américaine sioniste injuste avec toute votre puissance et votre énergie. »

Dans ce communiqué, Aqmi se console en disant : « Les événements qui secouent le monde arabe ne sont qu’un fruit parmi les fruits que le djihad a récoltés, et dans lequel le cheikh a joué un rôle de premier plan. » Sous-entendu : Ben Laden a lancé le printemps arabe. Il meurt au bon moment. En réalité, pour Aqmi, la mort de Ben Laden tombe très mal. Six mois plus tôt, le 27 octobre 2010, le chef d’Al-Qaïda faisait un geste important à l’égard du mouvement d’origine algérienne. Pour la première fois, il le citait dans l’une de ses déclarations. Mieux, il reprenait à son compte la dernière action terroriste d’Aqmi – l’enlèvement, le 16 septembre, de sept expatriés à Arlit, au Niger.

Succession

Ce jour d’octobre, l’émir algérien d’Aqmi, Abdelmalek Droukdel, a dû crier victoire. Après sept années d’efforts, il obtenait enfin la reconnaissance personnelle de Ben Laden, le chef charismatique. Aujourd’hui, tout s’écroule. Comme l’explique le spécialiste du monde arabe Mathieu Guidère*, « la mort de Ben Laden, c’est la perte par Aqmi de la dimension politique et internationale de ses actions terroristes ».

Bien sûr, Al-Qaïda va se donner un nouveau leader. Si c’est l’Égyptien Ayman al-Zawahiri, les liens avec Aqmi vont perdurer, car Zawahiri et Droukdel correspondent depuis plusieurs années. Si le Libyen Abu Yahya al-Libi prend du poids au sein du nouvel appareil d’Al-Qaïda, Droukdel ne pourra que s’en réjouir. Al-Libi a suivi des études coraniques à Nouakchott et a épousé une Mauritanienne. Mais Ben Laden ne sera pas facile à remplacer. C’était un symbole. Et par son charisme, il fédérait. Quand il adoubait quelqu’un, il déléguait son autorité. Droukdel en a profité. Aujourd’hui, les vieilles divisions du temps du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) – l’ancêtre d’Aqmi – risquent de resurgir. Pronostic d’un ex-négociateur : « En fait, la mort de Ben Laden va affaiblir Aqmi progressivement. »

Pour l’heure, Aqmi est sous le choc, mais n’est pas affaiblie, loin de là. Au contraire, à Bamako, le nouveau ministre des Affaires étrangères, Soumeylou Boubèye Maïga, redoute à présent une « fuite en avant » et une « autoradicalisation » du groupe (Le Monde, 4 mai). À Paris, le chef de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini, craint une « surenchère » des djihadistes et précise : « Aqmi est passée en deux ans de 150 à 400 hommes, avec un cercle logistique de 150 à 200 hommes » – sans doute parle-t-il de la branche saharienne du mouvement, celle que dirigent Abdelhamid Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar dans le nord du Mali.

De fait, depuis huit mois, Aqmi multiple les coups d’éclat : sept expatriés capturés à Arlit en septembre – trois ont été libérés en février –, deux Français pris à Niamey en janvier – tous deux sont morts dans l’accrochage qui a suivi avec un commando français –, et une tentative d’attentats à la bombe à Nouakchott en février – les terroristes voulaient faire exploser 1,7 tonne d’explosifs près de la présidence et de l’ambassade de France ! Le conseiller sécurité d’un président sahélien confie : « Après la mort de Ben Laden, les gens d’Aqmi vont certainement tenter quelque chose de spectaculaire. »

Un nouveau raid terroriste sur une capitale africaine ? « Pas sûr qu’Aqmi puisse encore le faire, estime notre conseiller. Depuis que les avions français et les satellites américains observent tout ce qui bouge dans la zone, c’est plus compliqué pour eux. L’échec des attentats de février, c’est grâce à la main de Dieu – l’un des véhicules chargés d’explosifs s’est ensablé pendant deux heures à 15 km de Nouakchott –, mais c’est aussi grâce aux écoutes des conversations entre djihadistes. »

Missiles

Le plus grand sujet d’inquiétude, à l’heure actuelle, c’est l’arrivée éventuelle de missiles sol-air dans les stocks d’Aqmi. Le président tchadien est sûr « à 100 % » que les islamistes en ont déjà. « Ils ont profité du pillage des arsenaux libyens par les rebelles [de Benghazi] ». Le conseiller sécurité est moins catégorique : « Les missiles, je n’ai pas la preuve de leur présence chez Aqmi. Mais il est vrai que, depuis la guerre en Libye, les islamistes achètent des armes à tour de bras. Ils passent par des trafiquants toubous et touaregs qui se servent chez les rebelles anti-Kadhafi, mais aussi dans les arsenaux de Kadhafi lui-même, grâce à la complicité de mercenaires. » En janvier, lors de la tentative de libération des deux otages capturés à Niamey, un hélicoptère français a été touché, mais a réussi à se dégager. Demain, si les terroristes sont équipés de missiles…

Autre source d’inquiétude : la mise en circulation d’un nouveau type d’explosif, beaucoup moins lourd que celui utilisé lors de l’opération ratée de Nouakchott, mais tout aussi puissant. D’après un spécialiste, « si les terroristes parviennent à s’en procurer, ils n’auront plus besoin de se déplacer en véhicules et seront plus difficiles à repérer ».

Au total, la crise libyenne renforce les capacités opérationnelles d’Abou Zeid et de Mokhtar Belmokhtar. « Mais attention, tempère un haut diplomate français, à force de s’équiper et de se surarmer, les islamistes du désert menacent l’Algérie. Et celle-ci va peut-être enfin se mobiliser contre eux. » Longtemps, la mésentente entre Alger et les pays sahéliens a profité aux djihadistes du nord du Mali. Ces derniers mois, Alger a même reproché à ses voisins du Sud d’accueillir des militaires, des avions et des hélicoptères français sur leur sol. Confidence d’un sécurocrate du Sahel : « Jusqu’à présent, les Algériens ont traîné des pieds parce qu’ils voulaient le leadership dans la sous-région, sans la moindre présence américaine ni française. Le problème, c’est qu’ils n’ont pas les mêmes capacités d’écoute et d’observation que les Occidentaux. J’espère qu’ils vont finir par ouvrir les yeux. »

Il reste la question clé : le sort des quatre otages français, enlevés en septembre à Arlit, et de l’otage italienne, capturée en février dans le sud de l’Algérie. Après la mort d’Oussama Ben Laden, leurs proches sont partagés. D’un côté, ils craignent que leurs ravisseurs se vengent sur eux. De l’autre, ils espèrent que les négociations vont devenir plus faciles. Du vivant de Ben Laden, Aqmi réclamait le retrait des forces françaises d’Afghanistan. Aujourd’hui, les discussions pourraient prendre un tour moins politique. Pour la libération des quatre Français, l’organisation réclamerait 100 millions d’euros… En février, leurs trois compagnons de captivité – deux Africains et une Française – ont été relâchés. Une première bonne nouvelle après des mois de guerre ouverte entre Aqmi et la France, depuis l’assassinat de l’otage Michel Germaneau en juillet 2010 jusqu’à l’accrochage meurtrier de janvier dernier. Surtout, ces trois libérations prouvent qu’un contact a été établi avec les ravisseurs et que des intermédiaires peuvent agir. « Aqmi a besoin d’argent, affirme un spécialiste. La “chance” des otages, c’est qu’ils ont une valeur marchande. »

__

* Mathieu Guidère, auteur du Choc des révolutions arabes, éd. Autrement, 2011.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Afrique Subsaharienne

Nigeria : T.B. Joshua, prophète de malheur

Nigeria : T.B. Joshua, prophète de malheur

Sous le feu des critiques après l'effondrement d'un bâtiment abritant son Église, l'évangélique nigérian crie au complot.[...]

Niger : mandat d'arrêt contre Hama Amadou

La justice nigérienne a émis un mandat d'arrêt à l'encontre du président de l'Assemblée nationale, Hama Amadou.[...]

Criminalité au Togo : série noire de braquages meurtriers à Lomé

En moins de deux mois, plusieurs braquages sanglants ont secoués Lomé. Ce qui relance la question de l’insécurité grandissante dans la capitale togolaise.[...]

Sénégal - Procès Wade : en attendant Bibo Bourgi

Au Sénégal, le procès de Karim Wade reste suspendu à l'état de santé d'Ibrahim Aboukhalil, alias Bibo Bourgi.[...]

Plus de 3 000 migrants ont péri en Méditerranée depuis début 2014

La traversée de la Méditerranée reste le voyage le plus meurtrier pour les migrants clandestins. Depuis début 2014, plus de 3 000 d'entre eux ont ainsi péri en chemin, selon l'Organisation [...]

Mali : Casques bleus tchadiens excédés

Le 18 septembre, cinq Casques bleus tchadiens de la Minusma ont été tués au passage de leur véhicule sur un engin explosif dans les environs d'Aguelhok. C'est la troisième attaque[...]

Gouvernance en Afrique : votre pays est-il performant, selon l'indice Mo Ibrahim 2014 ?

La fondation Mo Ibrahim a publié, lundi 29 septembre, son indice annuel sur la gouvernance en Afrique. Bilan : l'Afrique progresse globalement, notamment grâce aux questions des droits de l'homme et de la[...]

Guinée - Koutoub Moustapha Sano : "Jusqu'en juillet, l'Arabie était prête à accueillir nos pèlerins"

Conakry a accepté l'interdiction faite à ses ressortissants de se rendre à La Mecque. Et espère que les quotas seront augmentés l'an prochain.[...]

Satan is back

Même si l'on reproche aux journalistes - souvent à raison - de ne parler de l'Afrique subsaharienne que sous l'angle de ses échecs, lesquels masquent le foisonnement de ses réussites[...]

Congo : faible affluence aux élections locales

Près de 2 millions de Congolais étaient appelés dimanche 28 septembre aux urnes pour élire les conseillers départementaux et municipaux. Boycotté par une partie de l’opposition, le[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers