Extension Factory Builder
25/05/2011 à 15:31
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Vimbayi Kajese a su profiter des ponts jetés entre la Chine et l'Afrique. Vimbayi Kajese a su profiter des ponts jetés entre la Chine et l'Afrique. © Christina Lionnet pour J.A.

Du jamais vu : une Zimbabwéenne à la télévision chinoise ! Embauchée par la chaîne publique CCTV 9, la jeune femme a dû s’adapter au "chinoisement correct".

À la voir ainsi emmitouflée sous trois couches de vêtements par une matinée plutôt tempérée de Pékin, on se dit que la belle Zimbabwéenne a du mal à se faire au climat chinois. Pourtant, la raison de cet accoutrement soigné n’est pas celle que l’on croit. « Cela vous est déjà arrivé d’avoir une extinction de voix alors que vous passez en direct à la télé ? Ou bien de devoir vous moucher pendant un flash de pub et de vous retrouver avec un nez noir au milieu d’un visage poudré ? Moi, oui ! »

Depuis un an, quatre fois par semaine, Vimbayi Kajese traverse Pékin avant l’aube pour venir présenter le premier journal de CCTV 9, la principale chaîne publique chinoise en anglais. Comme plusieurs étrangers avant elle, Vimbayi égrène des nouvelles très « chinoisement correctes ». À deux différences près : elle est la première femme chargée de la nouvelle tranche matinale et elle est africaine !

« Certains m’ont dit que, la première fois qu’ils m’avaient vue à la télé, ils avaient pensé que le réglage des couleurs déraillait ! plaisante-t-elle. Pour les Chinois, un étranger, c’est blond aux yeux bleus. Mais ceux qui m’en parlent ont l’air de trouver ça très bien. C’est pour eux le symbole que leur pays s’ouvre. »

Née à Harare en 1981, venue en 2006 suivre un master en relations internationales et diplomatie à l’Université des affaires étrangères de Pékin, Vimbayi Kajese a su profiter des nouveaux ponts jetés entre la Chine et le continent africain. Un parcours « logique » pour cette fille made in Africa et « élevée par le monde ».

Issus d’une famille de diplomates, Vimbayi, sa sœur et ses deux frères ont partagé leur enfance entre l’Angleterre, le Malawi, la Belgique et les États-Unis. À l’Université du Kansas, elle fait des études en administration des affaires. « J’adorais les États-Unis, mais je ne voulais pas y vivre. Au début, je voulais m’installer à Shanghai ou Hong Kong, mais j’ai été envoyée à Pékin. En fait, j’en suis ravie. C’est le nœud de tout, le cœur historique de la Chine, c’est là que toute la politique se joue. »

La politique, comme les « news », Vimbayi en raffole, au point de s’endormir en écoutant la BBC. En 2009, profitant du buzz africain à la veille du sommet Chine-Afrique, elle commence à travailler pour une agence de presse internationale. C’est de là que lui vient l’envie de devenir présentatrice. Elle inonde les chaînes de CV : le 3 août 2009, elle présente son premier journal.

Les premiers mois, elle a l’impression de marcher sur des œufs. « Je ne savais pas si je serais à la hauteur, alors je n’en ai pas parlé à mes amis. J’ai un copain qui fait du footing en salle tous les matins. La première fois que je suis passée aux news, il a été tellement surpris qu’il est tombé du tapis ! » Au même moment, à Harare, d’autres fans étaient rivés à leur télé : ses parents. « Ils me regardent tous les jours. Du coup, ils apprennent de drôles de trucs, comme le classement des plus grands fleuves de Chine… »

À Pékin, Vimbayi Kajese s’amuse de voir son visage s’inscrire chaque jour un peu plus dans le paysage quotidien chinois. « Dans une échoppe, j’ai trouvé une veste qui me plaisait alors j’ai dit à la vendeuse : « Si tu me donnes un bon prix, je t’en prendrai beaucoup. » À ce moment, une autre vendeuse s’est écriée : « Je la reconnais, c’est la fille de la télé ! Si elle te dit qu’elle va t’en acheter plein, ça veut dire vraiment plein ! » Du coup, toutes les vendeuses ont accouru avec des centaines de vestes. C’était vraiment drôle ! »

Bien que fêtarde, Vimbayi Kajese accepte de bonne grâce les sacrifices d’une vie en décalé. « C’est une vraie fierté d’être la première à savoir et à raconter ce qui se passe dans le monde. » Même vu à travers le prisme du régime ? « Ça ne me pose aucun problème de travailler pour la presse officielle. Mon rôle est de faire état des positions du gouvernement. Que je sois d’accord ou non n’a rien à voir avec ça. »

Du côté des affaires africaines, Vimbayi a parfois un rôle de conseillère. Elle cultive le lien avec le continent en participant à des cercles de réflexion sur les relations sino-africaines, comme le Yaps, le club des jeunes entrepreneurs et étudiants africains de Pékin, dont elle est la conseillère « médias ». « À plus long terme, je veux me consacrer aux relations entre les deux continents, dans la diplomatie ou en créant une émission de télévision. »

« De toute façon, affirme un ami congolais, le DJ Franck Baelongandi, Vimbayi va laisser une empreinte. Elle est de la trempe des femmes dont on parle dans les livres d’histoire. Quand je le lui dis, elle rigole, mais un jour, elle s’en rendra compte. »

Coïncidence ? Le jour de la naissance de Vimbayi, la clinique de Harare a troqué son nom, issu de la période coloniale, pour prendre celui de Mbuya Nehanda, une résistante à la domination britannique. « Elle a été pendue dans une rue pour avoir osé se rebeller. C’est une de mes héroïnes », souligne Vimbayi Kajese, qui ne cache pas son envie de ressembler un peu à sa « bonne étoile ».

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Les sons de la semaine #16 : MR Bongo, The Afrorockerz, Faada Freddy, Cheb Hasni...

Les sons de la semaine #16 : MR Bongo, The Afrorockerz, Faada Freddy, Cheb Hasni...

Bienvenu dans notre d'horizon hebdomadaire des musiques noires ![...]

Ebola au Texas : plusieurs personnes infectées par le patient libérien ?

Aux États-Unis, deux jours après l'identification d'un patient infecté par le virus Ebola, les autorités texanes recherchent toutes les personnes qui auraient pu être contaminées à[...]

France - Edwy Plenel : "La banalisation de la xénophobie n'a pas d'étiquette politique"

Le journaliste et fondateur de "Médiapart", Edwy Plenel, vient de publier un manifeste intitulé "Pour les musulmans". Nous l'avons rencontré.[...]

Immunité routière pour diplomates africains à New York ?

Les Africains occupent une place de choix dans le classement des diplomates qui paient le moins leurs contraventions à New York.[...]

Inde : quand la foule passe à tabac des étudiants africains dans le métro

Trois étudiants africains ont été violemment pris à partie, dimanche 28 septembre, par une foule d’Indiens dans le métro de New Delhi. La scène, filmée par des passants, a[...]

Maroc : pour "l'enfant sans visage", l'espoir renaît grâce à des médecins australiens

Né défiguré suite à une complication prénatale empêchant ses os de se former normalement, le petit Marocain de trois ans surnommé "l'enfant sans visage" va enfin pouvoir[...]

Ebola : un premier cas d'infection diagnostiqué aux États-Unis

Un homme, dont l'identité n'a pas été précisée mais ayant effectué un voyage au Liberia, a été hospitalisé au Texas (sud des États-Unis). Plusieurs[...]

Jean-Luc Parodi : "Sarkozy vainqueur ? Sans doute, mais dans quel état !"

Conseiller pour les affaires politiques à l'Ifop, le politologue Jean-Luc Parodi est convaincu que l'ancien président ne sortira pas indemne de la course d'obstacles qui l'attend jusqu'en 2017.[...]

Francophonie : Jean - De l'Estrac, chaude ambiance...

Dans la course pour le secrétariat génaral de l'OIF, les relations ne sont pas vraiment à la franche cordialité entre la Canadienne Michaëlle Jean et le Mauricien Jean Claude de l'Estrac.[...]

France : Sarkozy peut-il réussir son retour ?

Rien ni personne n'empêchera l'ancien chef de l'État français, Nicolas Sarkozy, de reprendre la présidence de l'UMP, en novembre. Simple hors-d'oeuvre. Primaire de la droite en 2016, puis[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers