22/05/2011 à 12h:02 Par Constance Desloire
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Omar el-Béchir au Parlement, à Khartoum, le 4 avril 2011. Omar el-Béchir au Parlement, à Khartoum, le 4 avril 2011. © Ebrahim Hamid/AFP

Après le Sud-Soudan et le Darfour, une nouvelle menace pèse sur Khartoum : la vague de soulèvements dans le monde arabo-musulman.

Que l’on ne s’y trompe pas. Si le président El-Béchir a accepté les résultats en janvier du référendum d’autodétermination au Sud-Soudan, cela ne signifie pas qu’il s’apprête à lâcher du lest. Le Sud-Soudan sera officiellement indépendant le 9 juillet. En attendant, le président soudanais tente d’obtenir les meilleurs arrangements économiques et sécuritaires possible, notamment sur la question du partage des revenus pétroliers.

Interrompues le 12 mars, les laborieuses discussions n’ont repris que le 1er avril. Juba soupçonne Khartoum de ne pas jouer franc-jeu. Depuis janvier, des violences entre l’armée du Sud-Soudan et divers groupes rebelles ont causé la mort d’au moins un millier de personnes. Le 14 mars, le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM, au pouvoir dans le Sud) a rendu publics des documents qui prouveraient le soutien de Khartoum à ces milices. Le régime d’El-Béchir, qui n’a pas intérêt à la reprise d’un conflit, a nié. Mais il semble bien vouloir quand même affaiblir le SPLM, accusé d’aider les rebelles du Darfour. 

Fini les pourparlers

Car, dans l’Ouest, le Darfour est une deuxième vis à resserrer au plus vite. Hors de question, pour Omar el-Béchir, de perdre le contrôle d’une autre partie du territoire national. Il a d’ailleurs annoncé, le 29 mars, la tenue d’un référendum, qui devrait se tenir le 1er juillet, sur un nouveau statut administratif de la province. Le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM) et le Mouvement pour la libération et la justice (LJM), les deux principaux mouvements rebelles, ont rejeté cette décision unilatérale. Même ton à Washington. Or, après avoir conditionné la levée des sanctions américaines à la bonne tenue du référendum dans le Sud, l’administration Obama exige des progrès sur la question du Darfour… Dans le palais présidentiel, rue du Nil-Bleu, El-Béchir passe outre. « Nous n’avons plus le temps d’engager d’autres pourparlers », a-t-il répondu alors qu’une conférence internationale doit se tenir à Doha du 18 au 23 mai pour adopter un accord de paix.

En fait, El-Béchir est pressé : les États du Nil-Bleu et du Sud-Kordofan (régions pétrolifères et autrefois hôtes de rébellions sudistes) contestent également de plus en plus son autorité.

Tension palpable à Khartoum aussi

Le Parti du congrès national (NCP), du président, au pouvoir depuis vingt-deux ans, affronte une mobilisation politique qui s’inspire ouvertement des révolutions tunisienne et égyptienne pour revendiquer un changement de régime. Des manifestations sont réprimées violemment. Un footballeur a même été arrêté comme un dangereux contestataire après avoir clamé dans un stade : « À bas Inqaz ! » – le nom de l’équipe adverse mais aussi l’ancien nom du NCP…

Autre signe de raidissement dans les allées du pouvoir : en janvier dernier, l’opposant historique et leader islamiste, Hassan el-Tourabi, a été arrêté pour incitation « à la sédition dans la rue ». Remis en liberté, le 2 mai, ce vétéran de la politique soudanaise, âgé de 79 ans, n’a pas désarmé. « J’appelle le peuple soudanais à lancer sa propre révolution contre la corruption », a-t-il lancé à des journalistes invités à son domicile de Khartoum. En janvier, il avait jugé « probable » un soulèvement dans son pays.

Conscient de cette menace, le régime a ouvert des discussions avec certains partis d’opposition sur une modification de la Constitution intérimaire, caduque à partir du 9 juillet. « Le pouvoir veut faire des changements a minima pour apaiser les contestations et en contrôler tout le processus », estime Fouad Hikmat, de l’International Crisis Group. Pas sûr cependant qu’El-Béchir ait les bons outils pour la nouvelle maison nord-soudanaise : les aspirations démocratiques grandissent jusque dans les rangs du NCP…

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